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Sujets de l'EAF bac 2002 séries générales, ES, S, métropole, session septembre

bac 2002

 

 
 

Objet d'étude, le biographique avec Jean Jacques Rousseau et Giacomo Casanova. Sujet national de la session de septembre

Sujets de l'EAF, 2002, séries ES et S. 

Sujets nationaux de la session de septembre 

 

 

Objet d'étude : le biographique.
 

Corpus de textes
 Jean-Jacques Rousseau, extrait de « Sujet et forme de cet écrit », in Rousseau juge de Jean-Jacques (édition posthume, 1789).
 Jean-Jacques Rousseau, extrait de « Histoire du précédent écrit », in Rousseau juge de Jean-Jacques.
Giacomo Casanova, extrait de l'Avant-propos de l'Histoire de ma fuite des Plombs (1788).
 Giacomo Casanova, extrait de la Préface de l'Histoire de ma vie (première édition, posthume : 1826-1838, édition Laforgue, texte expurgé, partiellement réécrit; première édition du texte original : 1960-1962).

 

 

 Jean-Jacques Rousseau, « Sujet et forme de cet écrit », (Rousseau juge de Jean-Jacques, 1789).

[Rousseau (1712-1778), auteur des Confessions (publiées après sa mort en 1781 et 1788), introduit par ce texte sa nouvelle œuvre autobiographique, Rousseau juge de Jean-Jacques (publiée en 1789), et en justifie la forme.]

     Celui qui se sent digne d'honneur et d'estime et que le public défigure et diffame à plaisir, de quel ton se rendra-t-il seul la justice qui lui est due ? Doit-il parler de lui-même avec des éloges mérités, mais généralement démentis ? Doit-il se vanter des qualités qu'il sent en lui, mais que tout le monde refuse d'y voir ? Il y aurait moins d'orgueil que de bassesse à prostituer ainsi la vérité. Se louer alors, même avec la plus rigoureuse justice, serait plutôt se dégrader que s'honorer, et ce serait bien mal connaître les hommes que de croire les ramener d'une erreur dans laquelle ils se complaisent, par de telles protestations. Un silence fier et dédaigneux est en pareil cas plus à sa place, et eût été bien plus de mon goût; mais il n'aurait pas rempli mon objet, et pour le remplir il fallait nécessairement que je dise de quel œil, si j'étais un autre, je verrais un homme tel que je suis. [...]
     J'ai dit à peu près ce que j'avais à dire : il est noyé dans un chaos de désordre et de redites, mais il y est : les bons esprits sauront l'y trouver. Quant à ceux qui ne veulent qu'une lecture agréable et rapide, ceux qui n'ont cherché, qui n'ont trouvé que cela dans mes Confessions, ceux qui ne peuvent souffrir un peu de fatigue ni soutenir une attention suivie pour l'intérêt de la justice et de la vérité, ils feront bien de s'épargner l'ennui de cette lecture; ce n'est pas à eux que j'ai voulu parler, et loin de chercher à leur plaire, j'éviterai du moins cette dernière indignité que le tableau des misères de ma vie soit pour personne un objet d'amusement.
     Que deviendra cet écrit ? Quel usage en pourrai-je faire ? Je l'ignore, et cette incertitude a beaucoup augmenté le découragement qui ne m'a point quitté en y travaillant. Ceux qui disposent de moi1 en ont eu connaissance aussitôt qu'il a été commencé, et je ne vois dans ma situation aucun moyen possible d'empêcher qu'il ne tombe entre leurs mains tôt ou tard. Ainsi selon le cours naturel des choses toute la peine que j'ai prise est à pure perte. Je ne sais quel parti le Ciel me suggérera, mais j'espérerai jusqu'à la fin qu'il n'abandonnera point la cause juste. Dans quelque main qu'il fasse tomber ces feuilles, si parmi ceux qui les liront peut-être il est encore un cœur d'homme, cela me suffit, et je ne mépriserai jamais assez l'espèce humaine pour ne trouver dans cette idée aucun sujet de confiance et d'espoir.

1. Rousseau s'estime, au sein du camp philosophique, victime d'une cabale.

 Jean-Jacques Rousseau, « Histoire du précédent écrit » (Rousseau juge de Jean-Jacques, 1789).

  [« Ne pouvant [se] confier à aucun homme qui ne [le] trahît », Rousseau se propose de déposer une copie de ses trois dialogues, réunis sous le titre Rousseau juge de Jean-Jacques, dans l'autel de Notre-Dame de Paris. Voici le texte qui l'accompagne.]

Dépôt remis à la Providence1

     « Protecteur des opprimés, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt que remet sur ton Autel et confie à ta providence un étranger infortuné, seul, sans appui, sans défenseur sur la terre, outragé, moqué, diffamé, trahi de toute une génération, chargé depuis quinze ans à l'envi de traitements pires que la mort et d'indignités inouïes jusqu'ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause. Toute explication m'est refusée, toute communication m'est ôtée, je n'attends plus des hommes aigris par leur propre injustice qu'affronts, mensonges et trahisons. Providence éternelle, mon seul espoir est en toi; daigne prendre mon dépôt sous ta garde et le faire tomber en des mains jeunes et fidèles, qui le transmettent exempt de fraude à une meilleure génération; qu'elle apprenne en déplorant mon sort comment fut traité par celle-ci un homme sans fiel et sans fard, ennemi de l'injustice, mais patient à l'endurer, et qui jamais n'a fait, ni voulu, ni rendu de mal à personne. Nul n'a droit, je le sais, d'espérer un miracle, pas même l'innocence opprimée et méconnue. Puisque tout doit rentrer dans l'ordre un jour, il suffit d'attendre. Si donc mon travail est perdu, s'il doit être livré à mes ennemis et par eux détruit ou défiguré, comme cela paraît inévitable, je n'en compterai pas moins sur ton œuvre, quoique j'en ignore l'heure et les moyens, et après avoir fait, comme je l'ai dû, mes efforts pour y concourir, j'attends avec confiance, je me repose sur ta justice, et me résigne à ta volonté. »
     Au verso du titre et avant la première page était écrit ce qui suit :
     « Qui que vous soyez que le Ciel a fait l'arbitre de cet écrit, quelque usage que vous ayez résolu d'en faire, et quelque opinion que vous ayez de l'Auteur, cet Auteur infortuné vous conjure par vos entrailles humaines et par les angoisses qu'il a souffertes en l'écrivant, de n'en disposer qu'après l'avoir lu tout entier. Songez que cette grâce que vous demande un cœur brisé de douleur, est un devoir d'équité que le Ciel vous impose. »

1. Expression de la sagesse divine gouvernant le monde. Parfois synonyme de destin.

 Giacomo Casanova, extrait de l'Avant-propos de l'Histoire de ma fuite des Plombs, 1788.

 [La prison des Plombs se trouve à Venise. Personne, avant Casanova (1725-1798), n'avait réussi à s'en évader. Ce texte narre les conditions extraordinaires de cette aventure, qui contribua à son immense célébrité. Casanova écrivit ce récit et l''Histoire de ma vie directement en français.]

    Vous devez me vouloir du bien, mon cher lecteur, car sans nul autre intérêt que celui de vous amuser, et sûr de vous plaire je vous présente une confession. Si un écrit de cette espèce n'est pas ce qu'on appelle une véritable confession il faut le jeter par la fenêtre, car un auteur qui se loue n'est pas digne d'être lu : je sens dans moi-même le repentir, et l'humiliation; et c'est tout ce qu'il faut pour que ma confession soit parfaite; mais ne vous attendez pas à me trouver méprisable : une confession sincère ne peut rendre méprisable que celui qui l'est effectivement, et celui qui l'est est bien fou s'il la fait au public, dont tout homme sage doit aspirer à l'estime. Je suis donc certain que vous ne me mépriserez pas. Je n'ai jamais commis des fautes que trompé par mon cœur, ou tyrannisé par une force abusive d'esprit, que l'âge seul a pu dompter; et c'est assez pour me faire rougir : les sentiments d'honneur, que me communiquèrent ceux qui m'ont appris à vivre, furent toujours mes idoles, quoique non pas toujours à l'abri de la calomnie. Je n'ai point de plus grand mérite.

 Giacomo Casanova, extrait de la préface de l'Histoire de ma vie.

     Malgré le fond de l'excellente morale, fruit nécessaire des divins principes enracinés dans mon cœur, je fus toute ma vie la victime de mes sens; je me suis plu à m'égarer, et j'ai continuellement vécu dans l'erreur, n'ayant autre consolation que celle de savoir que j'y étais. Par cette raison j'espère, cher lecteur, que bien loin de trouver dans mon histoire le caractère de l'impudente jactance1, vous y trouverez celui qui convient à une confession générale, quoique dans le style de mes narrations vous ne me trouverez ni l'air d'un pénitent, ni la contrainte de quelqu'un qui rougit rendant compte de ses fredaines2 : ce sont des folies de jeunesse. Vous verrez que j'en ris, et si vous êtes bon, vous en rirez avec moi.
     Vous rirez quand vous saurez que souvent je ne me suis pas fait un scrupule de tromper des étourdis, des fripons, des sots quand j'en ai eu besoin. Pour ce qui regarde les femmes, ce sont des tromperies réciproques qu'on ne met pas en ligne de compte, car quand l'amour s'en mêle, on est ordinairement la dupe de part et d'autre. [ ...]
     Examinant, mon cher lecteur, le caractère de cette préface, vous devinerez facilement mon but. Je l'ai faite parce que je veux que vous me connaissiez avant de me lire. Ce n'est qu'aux cafés, et aux tables d'hôte, qu'on converse avec des inconnus.
     J'ai écrit mon histoire, et personne ne peut y trouver à redire; mais suis-je sage la donnant au public que je ne connais qu'à son grand désavantage ? Non. Je sais que je fais une folie; mais ayant besoin de m'occuper, et de rire, pourquoi m'abstiendrais-je de la faire ?

1. Se dit d'une personne vaniteuse qui manifeste la haute opinion qu'elle a d'elle-même. 
2. Écart de conduite qui ne porte pas à conséquence, sans réelle gravité.

 

ÉCRITURE

I. Vous répondrez d'abord à la question suivante (4 points) :

Après avoir lu ces quatre textes, vous caractériserez leurs destinataires.

II. Vous traiterez ensuite un de ces sujets au choix (16 points) :

  • Commentaire :
    Vous commenterez le texte B.
  • Dissertation :
    Casanova (texte C) écrit : «...Je sens dans moi-même le repentir, et l'humiliation; et c'est tout ce qu'il faut pour que ma confession soit parfaite ». Pensez-vous qu'une autobiographie soit nécessairement la "confession" des repentirs et des erreurs de son auteur ?
    Vous répondrez à cette question en un développement composé prenant appui sur les textes du corpus, ceux que vous avez étudiés en classe et vos propres lectures.
  • Invention :
    Vous vous proposez d'écrire votre autobiographie. Dans une lettre à votre éditeur, vous explicitez et vous justifiez, par quatre arguments au moins, les raisons de ce projet et l'intérêt que présente pour vous ce genre littéraire.
 
 
 
 

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Date de dernière mise à jour : 06/06/2019