Cours sur le théâtre : les fonctions du monologue

Moliere

Une fonction délibérative - Une fonction explicative - Une fonction introspective  - Une fonction dramatique 

 

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Quelles sont les fonctions d'un monologue?

Les fonctions du monologue au théâtre

Définition : Il y a monologue quand le personnage est seul en scène ou bien se croit seul. Ce discours solitaire - discours à soi-même -, répond à plusieurs fonctions.

Une fonction explicative Le monologue permet au spectateur de connnaître la situation dramatique. Cette fonction apparaît notamment quand le monologue constitue la scène d'exposition, Dans la scène d'exposition du Malade imaginaire de Molière, nous apprenons qu'Argan est un riche malade, quand seul dans sa chambre, il fait ses comptes.

Molière. Le Malade imaginaire. Acte I, scène 1. Argan, seul dans sa chambre, assis, une table devant lui, compte des parties d'apothicaire avec des jetons ; il fait, parlant à lui-même, les dialogues suivants : Molière. Le Malade imaginaire. Acte I, scène 1. Argan, seul dans sa chambre, assis, une table devant lui, compte des parties d'apothicaire avec des jetons ; il fait, parlant à lui-même, les dialogues suivants : Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt ; trois et deux font cinq. « Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif et rémollient, pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de monsieur ? » Ce qui me plaît de monsieur Fleurant, mon apothicaire, c'est que ses parties sont toujours fort civiles. « Les entrailles de monsieur, trente sols. » Oui ; mais, monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être civil ; il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement ! Je suis votre serviteur, je vous l'ai déjà dit ; vous ne me les avez mis dans les autres parties qu'à vingt sols ; et vingt sols en langage d'apothicaire, c'est-à-dire dix sols ; les voilà, dix sols. [...]

Une fonction délibérative Le personnage étudie la situation dans laquelle il se trouve ainsi que les diverses manières dont il pourrait réagir. Le monologue délibératif est très fréquent dans les cas de dilemme. le monologue final de Bérenger dans Rhinocéros de Ionesco : Dans cette pièce de 1960, Ionesco imagine que tous les habitants d'une petite ville ont été changés en rhinocéros, seul Bérenger a été épargné par cette matamorphose et s'interroge, alors qu'il est sans doute le dernier homme : doit-il rejoindre le troupeau ou bien garder son humanité ? Cette question s'est posée à nombre de personnes confrontées à des dictatures inhumaines.

Rhinocéros, Ionesco Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt ; trois et deux font cinq. « Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère insinuatif, préparatif et rémollient, pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de monsieur ? » Ce qui me plaît de monsieur Fleurant, mon apothicaire, c'est que ses parties sont toujours fort civiles. « Les entrailles de monsieur, trente sols. » Oui ; mais, monsieur Fleurant, ce n'est pas tout que d'être civil ; il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement ! Je suis votre serviteur, je vous l'ai déjà dit ; vous ne me les avez mis dans les autres parties qu'à vingt sols ; et vingt sols en langage d'apothicaire, c'est-à-dire dix sols ; les voilà, dix sols. [...]

Une fonction introspective Le personnage étudie les raisons profondes de ses actions, raisons qu'il a lui-même de la peine à discerner. Ainsi Lorenzaccio, personnage de la pièce éponyme de l'écrivain romantique Musset s'interroge sur les raisons pour lesquelles il va assassiner le duc de Florence : ne prend-il pas plaisir à ce meutre ?

Alfred de Musset. Lorenzaccio

(1834). Acte IV, scène 3. LORENZO (seul) — De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? Quand je pense que j’ai aimé les fleurs, les prairies et les sonnets de Pétrarque, le spectre de ma jeunesse se lève devant moi en frissonnant. ô Dieu ! pourquoi ce seul mot, « à ce soir », fait-il pénétrer jusque dans mes os cette joie brûlante comme un fer rouge ? De quelles entrailles fauves, de quels velus embrassements suis-je donc sorti ? Que m’avait fait cet homme ? Quand je pose ma main là, et que je réfléchis, - qui donc m’entendra dire demain : je l’ai tué, sans me répondre : Pourquoi l’as-tu tué ? Cela est étrange. Il a fait du mal aux autres, mais il m’a fait du bien, du moins à sa manière. Si j’étais resté tranquille au fond de mes solitudes de Cafaggiuolo, il ne serait pas venu m’y chercher, et moi, je suis venu le chercher à Florence. Pourquoi cela? [...] Une fonction lyrique : exprimer les sentiments du personnage et y associer le public (NB : On parle parfois de fonction expressive) Le personnage exprime son état d'âme profond

Une fonction dramatique Dramatique sigifie ici tout ce qui est lié à l'action, notamment tout ce qui la fait avancer ou modifie la situation. Dans la tragédie de Racine, Phèdre, amoureuse de son beau) fils Hypollite et rejetée par ce dernier a susciter la haine de Thésée son mari contre le jeune homme. Elle s'est ravisée et voudrait rendre justice à Hypollite quand elle apprend qu'il est amoureux de la jeune Aricie.

Phèdre (1677) Acte IV, scène 5 PHÈDRE,seule Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ! Quel feu mal étouffé dans mon cœur se réveille ! Quel coup de foudre, ô ciel ! et quel funeste avis ! Je volais tout entière au secours de son fils ; Et, m'arrachant des bras d'Œnone épouvantée, Je cédais au remords dont j'étais tourmentée. Qui sait même où m'allait porter ce repentir ? Peut-être à m'accuser j'aurais pu consentir ; Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée, L'affreuse vérité me serait échappée. Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi ! Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi !Ah ! dieux ! Lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexorable S'armait d'un oeil si fier, d'un front si redoutable, Je pensais qu'à l'amour son cœur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé : Une autre cependant a fléchi son audace ; Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. Peut-être a-t-il un cœur facile à s'attendrir : Je suis le seul objet qu'il ne saurait souffrir. Et je me chargerais du soin de le défendre ! Il devient évident que Phèdre va provoquer la mort d'Hypollite.

Corpus : Molière, Beaumarchais, Musset, Tardieu


Texte 1

George Dandin, riche paysan qui a épousé la noble Angélique, paraît seul sur scène.

George Dandin
Ah ! qu'une femme demoiselle(1) est une étrange affaire ! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition, et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse, de soi,(2) est bonne ; c'est une chose considérable, assurément : mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connais le style des nobles, lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent ; et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin ! George Dandin ! vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant, et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.

 

Molière, George Dandin ou Le Mari confondu, acte I, scène I, 1668.

 

Texte 2

Le valet du Comte Almaviva, Figaro, doit épouser Suzanne, servante de la Comtesse. Il apprend que le Comte n'a pas renoncé au « droit de cuissage », ancienne coutume qui permet au maître de passer la nuit de noces avec la mariée. Figaro se plaint de son sort et de Suzanne qui va, d'après lui, céder au Comte à qui elle a donné un rendez-vous secret.

Figaro (seul, se promenant dans l'obscurité, dit du ton le plus sombre.)
Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante !… nul animal créé ne peut manquer à son instinct ; le tien est-il donc de tromper ?… Après m'avoir obstinément refusé quand je l'en pressais devant sa maîtresse(3), à l'instant qu'elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie(4)… Il riait en lisant(5), le perfide ! et moi comme un benêt… non, Monsieur le Comte, vous ne l'aurez pas… vous ne l'aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !… noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes(6); et vous voulez jouter(7)… On vient… c'est elle… ce n'est personne. – La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu'à moitié ! Il s'assied sur un banc. – Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? […]

 

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro, acte V, scène III, 1784.

 

Texte 3

Perdican est amoureux de sa cousine Camille, qu'il doit épouser. Mais elle repousse son amour car elle a décidé d'entrer au couvent. Les deux jeunes gens ont eu une discussion animée. Seul sur scène, Perdican s'interroge.

Devant le château.

Perdican
Je voudrais bien savoir si je suis amoureux. D'un côté, cette manière d'interroger est tant soit peu cavalière(8), pour une fille de dix-huit ans ; d'un autre, les idées que ces nonnes(9) lui ont fourrées dans la tête auront de la peine à se corriger. De plus, elle doit partir aujourd'hui. Diable, je l'aime, cela est sûr. Après tout, qui sait ? peut-être elle répétait une leçon, et d'ailleurs il est clair qu'elle ne se soucie pas de moi. D'une autre part, elle a beau être jolie, cela n'empêche pas qu'elle n'ait des manières beaucoup trop décidées et un ton trop brusque. Je n'ai qu'à n'y plus penser ; il est clair que je ne l'aime pas. Cela est certain qu'elle est jolie ; mais pourquoi cette conversation d'hier ne veut-elle pas me sortir de la tête ? En vérité, j'ai passé la nuit à radoter. Où vais-je donc ? – Ah ! je vais au village.
Il sort.

 

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour, acte III, scène I, 1834.

 

Texte 4

Un bal est donné au château du Baron de Z… Les invités viennent tour à tour se présenter sur scène. Le premier d'entre eux est Dubois-Dupont.

Dubois-Dupont (il est vêtu d'un « plaid » à pèlerine(10) et à grands carreaux et coiffé d'une casquette assortie « genre anglais ». Il tient à la main une branche d'arbre en fleur)
Je me présente : je suis le détective privé Dubois. Surnommé Dupont, à cause de ma ressemblance avec le célèbre policier anglais Smith. Voici ma carte : Dubois-Dupont, homme de confiance et de méfiance. Trouve la clé des énigmes et des coffres-forts. Brouille les ménages ou les raccommode, à la demande. Prix modérés.
Les raisons de ma présence ici sont mystérieuses autant que… mystérieuses… Mais vous les connaîtrez tout à l'heure. Je n'en dis pas plus. Je me tais. Motus.
Qu'il me suffise de vous indiquer que nous nous trouvons, par un beau soir de printemps (il montre la branche), dans le manoir(11) du baron de Z… Zède comme Zèbre, comme Zéphyr… (il rit bêtement) Mais chut ! Cela pourrait vous mettre sur la voie.
Comme vous pouvez l'entendre, le baron et sa charmante épouse donnent, ce soir, un bal somptueux. La fête bat son plein. Il y a foule au manoir.
On entend soudain la valse qui recommence, accompagnée de rires, de vivats, du bruit des verres entrechoqués. Puis tout s'arrête brusquement.
Vous avez entendu ? C'est prodigieux ! Le bruit du bal s'arrête net quand je parle. Quand je me tais, il reprend.
Dès qu'il se tait, en effet, les bruits de bal recommencent, puis s'arrêtent.
Vous voyez ?…
Une bouffée de bruits de bal.
Vous entendez ?…
Bruits de bal.
Quand je me tais… (bruits de bal) … ça recommence quand je commence, cela se tait. C'est merveilleux ! Mais, assez causé ! Je suis là pour accomplir une mission périlleuse. Quelqu'un sait qui je suis. Tous les autres ignorent mon identité. J'ai tellement d'identités différentes ! C'est-à-dire que l'on me prend pour ce que je ne suis pas.
Le crime – car il y aura un crime – n'est pas encore consommé. Et pourtant, chose étrange, moi le détective, me voici déjà sur les lieux mêmes où il doit être perpétré !… Pourquoi ? Vous le saurez plus tard.
Je vais disparaître un instant, pour me mêler incognito(12) à la foule étincelante des invités. Que de pierreries ! Que de bougies ! Que de satins ! Que de chignons ! Mais on vient !… Chut !… Je m'éclipse. Ni vu ni connu !
Il sort, par la droite, sur la pointe des pieds, un doigt sur les lèvres.

 

Jean Tardieu, « Il y avait foule au manoir », La Comédie du langage, 1987.

 

Questions

1. À qui s'adressent les personnages dans les différents monologues du corpus ?

2. À quoi servent, selon vous, les monologues proposés ?

Travaux d'écriture

Sujet 1 : commentaire de texte

Vous commenterez le monologue de Dubois-Dupont, extrait de « Il y avait foule au manoir » de Jean Tardieu (texte 4), en vous aidant du parcours de lecture suivant :
Vous analyserez ce que cette présentation a d'artificiel ; puis vous étudierez les effets produits par ce monologue sur le spectateur.

Sujet 2 : dissertation

Le monologue, souvent utilisé au théâtre, paraît peu naturel. En prenant appui sur les textes du corpus, sur différentes pièces que vous avez pu lire ou voir et en vous référant à divers éléments propres au théâtre (costumes, décor, éclairages, les gestes, la voix, etc.), vous vous demanderez si le théâtre est seulement un art de l'artifice et de l'illusion.

Sujet 3 : écriture d'invention

À son tour, l'épouse de George Dandin paraît seule sur la scène. Rédigez le monologue qu'elle prononce pour se présenter et expliquer son point de vue sur son mariage et sur son mari.

1. Femme demoiselle : jeune fille ou femme née de parents nobles.
2. De soi : en soi, en elle-même. La noblesse en elle-même est bonne.
3. Sa maîtresse : la Comtesse.
4. La cérémonie : fête en l'honneur du mariage de Suzanne et de Figaro.
5. Il riait en lisant : Figaro pense que le comte a reçu un message de Suzanne.
6. Les Espagnes : désigne l'Espagne et les territoires conquis depuis Christophe Colomb.
7. Jouter : se battre.
8. Cavalière : osée, impertinente.
9. Nonnes : religieuses qui vivent dans un couvent. Ce sont elles qui ont assuré l'éducation de Camille.
10. Plaid à pèlerine : ample manteau orné d'une cape.
11. Manoir : petit château à la campagne.
12. Incognito : anonymement, en secret.

Date de dernière mise à jour : 05/07/2021

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