Piece de n sarraute

"La vie est là...", commentaire Pour un oui ou pour un non, N. Sarraute. Comment cette scène met elle en avant la force des tropismes ?

Commentaire : "La vie est là..." 

I. Ces tropismes atteignent H1 (d'où le retournement de situation) - II. Les tropismes envahissent le langage ( images identiques et double sens)

 

Pour un oui ou pour un nonObjet d'étude :  Le théâtre du XVII au XXI°s 

 

 

  • Oeuvre : Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non
  •  Parcours bac : "Théâtre et dispute"

 

Problématique de l'oeuvre:

 Comment faire voir et entendre non seulement le langage mais aussi l'indicible ?

Perspectives : 

Détournement des conventions théâtrales, l'écriture de Sarraute et les tropismes

 

Analyse de la scène "La vie est là..."

 

Lecture de la scène 

 H1: « La vie est là... simple et tranquille... » « la vie est là, simple et tranquille... »  C'est de Verlaine, n'est-ce pas?
 H2: Oui, c'est de Verlaine... Mais pourquoi? 
 H1: De Verlaine. C'est ça.
 H2: Je n'ai pas pensé à Verlaine... j'ai seulement dit: la vie est là, c'est tout.
H1: Mais la suite venait d'elle-même, il n'y avait qu'à continuer... nous avons quand même fait nos classes... 
 H2: Mais je n'ai pas continué... Mais qu'est-ce que j'ai à me défendre comme ça? Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qui te prend tout à coup? 
H1: Qu'est-ce qui me prend? « Prend » est bien le mot. Oui, qu'est-ce qui me prend? C'est que tout à l'heure, tu n'as pas  parlé pour ne rien dire... tu m'as énormément appris, figure-toi... Maintenant il y a des choses que même moi je suis capable de comprendre. Cette fois-ci, celui qui a placé le petit bout de lard, c'est toi. 
H2: Quel bout de lard?
H1: c'est pourtant clair. Tout à l'heure, quand tu m'as vu devant la fenêtre... Quand tu m'as dit: « Regarde, la vie est là... » la vie est là... rien que ça...la vie... quand tu as senti que je me suis un instant tendu vers l'appât...
H2: Tu es dingue.
H1: Non. Pas plus dingue que toi, quand tu disais que je t'avais appâté avec les voyages pour t'enfermer chez moi, dans ma cage... ça paraissait très fou, mais tu n'avais peut-être pas
si tort que ça... Mais cette fois, c'est toi qui m'as attiré... 
H2: Attiré où? Où est-ce que j'ai cherché à t'attirer?
H1: Mais voyons, ne joue pas l'innocent... « La vie est là, simple et tranquille... »
H2: D'abord je n'ai pas dit ça.
H1: Si. Tu l'as dit. Implicitement. Et ce n'est pas la première fois. Et tu prétends que tu es ailleurs... dehors.... loin de nos catalogues... hors de nos cases... rien à voir avec les mystiques, les saints... 
H2: C'est vrai. 
H1: Oui, c'est vrai; rien à voir avec ceux-là. Vous avez mieux... Quoi de plus apprécié que ton domaine, où tu me faisais la grâce de me laisser entrer pour que je puisse, moi aussi, me recueillir... « La vie est là, simple et tranquille... » C'est là que tu te tiens, à l'abri de nos contacts salissants... sous la protection des plus grands... Verlaine...
H2: Je te répète que je n'ai pas pensé à Verlaine.
H1: Bon. Admettons, je veux bien. Tu n'y avais pas pensé, mais tu reconnaîtras qu'avec le petit mur, le toit, le ciel par-dessus le toit... on y était en plein...
H2: Où donc?
H1: Mais voyons, dans le « poétique », la « poésie »

 

Nathalie sarrauteLes repérages : travail au brouillon en vue d'un commentaire littéraire ou linéaire

Etude de la scène  "La vie est là..." :

 

C'est en 1939, que Nathalie Sarraute fait publier Tropismes ce qui vaut à son auteur d'être considérée à l'instar d'Alain Robbe-Grillet, de Michel Butor et de Claude Simon  comme un écrivain du Nouveau Roman.

Influencée par Marcel Proust, James Joyce et Virginia Woolf, elle rejette les conventions traditionnelles du roman héritées du réalisme avec Balzac, Stendhal et du naturalisme avec Zola, Maupassant, pour analyser dans Tropismes les imperceptibles réactions physiques, spontanées que suscitent les règles sociales et langagières. 
"Mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir". 

Attachée à débusquer ces mouvements intérieurs qu'elle appelle tropismes, Sarraute a distingué dans ses romans, la conversation, c'est-à-dire les phrases réellement prononcées et notées entre guillemets, de la sous-conversation, dans laquelle elle tente de cerner les impressions à peine perceptibles que provoquent ce qui est dit, de donner forme, par le langage et malgré le langage, à l'innommable.

Écrite en 1982, mise en scène en 1986 par Simone Benmussa, Pour un oui ou pour un non est la dernière pièce radiophonique de Sarraute. Elle ne comporte en fait que deux personnages : H1 et H2 (F et H3 ne font que passer). Le passage que nous allons étudier est l'ouverture.

Situation du texte :

La première partie de la pièce explore les sous-entendus d'une phrase un jour adressée par H1 à H2, son ami d'enfance : « C'est bien... ça ». Phrase apparemment inoffensive mais qui s'est emplie de tropismes au point de menacer l'amitié entre les deux hommes. Un bref moment d'accalmie précède l'extrait que nous allons étudier. Un passage de retournement de situation, les tropismes atteignent H1.

  • Problématique :
  • Comment cette scène met elle en avant la force des tropismes ?

 

I. Ces tropismes atteignent H1 (d'où le retournement de situation)

- C'est une scène de renversement: H2 se met à poser des questions, "qu'est ce qui te prend".  H1 répond sur la défensive, "qu'est ce que j'ai à me justifier",  "la vie est la" est venu remplacer "c'est bien... ça".   

- H1 continue la phrase "la vie est là" ... 

H1: « La vie est là... simple et tranquille... » « la vie est là, simple et tranquille... »  C'est de Verlaine, n'est-ce pas?" C'est une référence à Verlaine au  poème "Le ciel est, par dessus..." tiré de Sagesse. "le petit mur, le toit, le ciel par dessus le toit" : H2 n'a jamais parlé du ciel, il extrapole. Dans le poème : il n'est pas question du petit mur

- Beaucoup d'imprécisions dominent. On a une association du toit et du mur

H1: "... tu reconnaîtras qu'avec le petit mur, le toit, le ciel par-dessus le toit... on y était en plein..."

ce qui déclenche le tropisme chez H1, "moi" capable d'apprécier, "il y a des choses que même moi je suis capable de comprendre". Tout est suggéré, indicible, H2 ne ressent pas ça, il a dit quelque chose de méchant et H1 interprète.

- Celui qui voit le tropisme paraît dingue :

H2: Tu es dingue.
H1: Non. Pas plus dingue que toi, quand tu disais que je t'avais appâté avec les voyages pour t'enfermer chez moi, dans ma cage

Il insiste sur l'inversement des rôles "cette fois ci... c'est toi" x2,  "tu n'avais peut être pas tord", il se met à voir les choses de la même façon que l'autre, il voit ce qu'il y a en dessous des mots "tu m'as énormément appris", ce qui signifie : tu m'as appris les tropismes

H1: ... tu m'as énormément appris, figure-toi... Maintenant il y a des choses que même moi je suis capable de comprendre. 
H1 est emporté, contaminé  par le pouvoir des tropismes. 

II. Les tropismes envahissent le langage ( images identiques et double sens)

- Le langage de H1  est le même que celui des tropismes.  Au début il provoque son ami sans rien dire "qu'est ce que tu as?",  "qu'est ce qui te prend tout à coup?" 

- Deux images dominent le passage : 

- Le piège, guet apens, le "Goût de l'art, vers l'appât" : cette image est reprise par H1 à H2 en particulier lorsque ce dernier essayait de convaincre les voisins de la mauvaise foi de H1. On peut relever le champ lexical du piège "bout de lard",  "appât",  "appâté",  "cage",  "attiré", il reflète la violence de la relation des deux hommes. L'image connote l'attitude du chasseur face à sa proie. Mais H2 cherche à prendre le dessus en imposant son mode de vie, ainsi l'aposiopèse fait de H2 le chasseur et de H1, la proie :
H1. "Quand tu as senti que je me suis un instant tendu vers l'appât...". 

- La métaphore de l'espace,  "Ailleurs, dehors, loin, hors ", c'est une façon d'être à l'endroit, une certaine façon d'être à chaque endroit. Le langage est imagé, métaphorique. La situation est sans réconciliation possible. H2 rejette les valeurs et le mode de vie de H1. Le monde de H2 exclut H1. Mais H2 n'est pas pour autant hors norme."Loin de nos catalogues... hors des cases", il n'échappe pas à la référence sociale de sa catégorie, il appartient lui aussi à une "case", celle de la vie de bohème et d'artiste. 

- Le langage est  familier,  "on y était en plein" "maintenant, il y a des choses que moi-même je suis capable de comprendre". C'est une phrase qui contient des présupposés.

  •  - avant, je n'entendais pas ses présupposés 
  • - je ne suis pas l'ignorant que tu crois "nous avons quand même fait nos classes" 

 

Le "nous" est  ironique.  Il permet de le désigner, lui et ses tropismes. Lui aussi connait Verlaine. Il n'est pas aussi cultivé que son ami mais tout de même pas ignorant

-  "vous avez mieux", ce "vous" permet de mentionner les gens de la catégorie de son ami. Ceux qui comme lui, se piquent de poésie. C'est insupportable pour H2 car H1 lui impose une étiquette. Il prétend être inclassable.

- Les guillemets  montrent et traduisent la puissance des sous-entendus dans une écriture fragmentée,  "à l'abri de nos contacts...", (l'aspiration de H2 vers un ailleurs est méprisable). 

- La part de non-verbal renforcée par la ponctuation (par les aposiopèses en particulier)  met en avant la négation de l'altérité. C'est H1 contre H2. Le conflit s'est nourri d'interprétations

Conclusion :

Les tropismes ne sont pas l'apanage de H2. Bien plus ils concernent aussi le spectateur/lecteur. « Dans toutes mes pièces, l'action est absente, remplacée par le flux et le reflux du langage ». Le spectateur participe forcément à cette exploration des limites de la langue, en perçoit les dangers et les joies. C'est un duel verbal dramatique et comique qui permet à H1 de se venger sous le regard amusé du spectateur qui participe également à l'exploration des limites du langage. 

 

Pour un oui ou pour un non

 

As-tu bien compris? 

 

Questionnaire sur la scène "La vie est là..."  :

 Tu peux t'entraîner à retrouver les réponses dans le commentaire après avoir répondu aux questionnaires sur la vie, l'oeuvre de Nathalie Sarraute et sur le Nouveau Roman 

 

I.  Ces tropismes atteignent H1 (d'où le retournement de situation)

  • Pourquoi y a t’-il retournement de situation?
  • Quelle expression «la vie est là» est-elle venue remplacer?
  • Expliquez l’association du toit et du mur
  • Avons-nous des précisions?
  • Comment les tropismes se déclenchent-ils chez H1?
  • Comment l’indicible se traduit-il à ce niveau?
  • Quelle est la réaction de H2?
  • Comment H1 réagit-il?
  • Quel rôle les récurrences de l’expression «cette fois ci… c’est toi» joue t’-elle?
  • L’au-delà des mots est-il perçu dans cette scène?
  • Avons-nous l’idée d’une ouverture d’esprit et d’une initiation à la connaissance par les tropismes?
  • Comment cela se manifeste t’-il au niveau de l’échange entre les personnages?
  • Le pouvoir des tropismes est-il dominant?
  • Cela nous renseigne t’-il sur l’état d’esprit des deux personnages?
  • Que comprenez-vous d’après cet extrait de la question de l’intersubjectivité?

 

II - Les tropismes envahissent le langage ( images identiques et double sens)

  • Les tropismes envahissent-ils le langage?
  • Analysez les images : quelle est leur portée?
  • Etudiez la métaphore de l’espace
  • En quoi traduit-elle l’ubiquité?
  • A ce niveau, le langage est-il le reflet de suggestions?
  • Dépasse t-il le niveau métaphorique?
  • Relevez les expressions du langage familier
  • Le langage est-il la traduction directe du mot et de la chose dont on parle?
  • Est-il associé à une visée initiatique : le chemin de la connaissance. Doit-on saisir le langage comme un outil pour apprendre, pour comprendre?
  • Expliquez : «maintenant il y a des choses que moi-même je suis capable de comprendre». 
  • Relevez les présupposés : que nous apprennent-ils?
  • Relevez une marque d’ironie
  • Comment les sous-entendus de H1 se traduisent-ils?

 

Questions sur la conclusion :

  • Montez que du point de vue des tropismes H1 et H2 sont en opposition
  • Qui les tropismes touchent-ils?
  • Le lecteur et le spectateur sont-ils concernés? En quoi?
  • Quelle est l’intention de Nathalie Sarraute?
  • Comment Nathalie Sarraute considère t’-elle ses pièces?

Sarraute e book

 

Pour aller plus loin dans l'analyse de cette scène

*** Un autre commentaire est proposé dans l'analyse de la pièce de Nathalie Sarraute

  • I - Les tropismes atteignent H1 dans un retournement de situation.
  • H1 s'applique à analyser le tropisme, les "sous-conversations" dans un renversement de situation
  • Le conformisme, les idées reçues, l'univers mondain de H2
  • H2 nie tout d'abord les accusations de H1 avant d'en reconnaître la vérité des propos
  • II - Les tropismes envahissent le langage jusqu'à la rupture des deux personnages.
  • Métaphore filée du piège : un guet-apens en référence "au catalogue" comme référent social d'une catégorie ciblée
  • L'analyse du tropisme et de la "sous-conversation" : une faculté acquise par H1 grâce à H2
  • La métaphore spatiale évocatrice des stéréotypes possibles d'une appartenance sociale
  • III - Un duel verbal à la fois dramatique et comique
  • Des "drames microscopiques" pour satisfaire la vengeance de H1 sous le regard amusé du spectateur
  • H1 excelle dans l'étude de la "sous-conversation", une faculté d'analyse des tropismes héritée de H2 qu'il exerce avec la plus grande malice.  
  • Deux amis que tout oppose : leur monde, leurs valeurs les enferment dans les oppositions les plus radicales, c'est la fissure relationnelle annoncée.

Consulter le commentaire et les autres analyses de la pièce 

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