Sujets et corrigés HLP 2026 – Polynésie française (épreuve de spécialité, juin)

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Découvrez tous les sujets de l’épreuve de spécialité HLP du Bac 2026 pour la Polynésie française.

 

 

Les sujets et corrigés de l’épreuve de spécialité HLP 2026 de Polynésie française (session de juin) permettent de retrouver les sujets proposés lors de l’épreuve ainsi que leurs corrigés détaillés. Ils offrent une lecture claire des attentes du baccalauréat et des différents exercices proposés, en mettant en évidence les enjeux des questions et des démarches attendues.

Le jour de l’épreuve, vous devrez répondre à deux questions d'interprétation littéraire ou d'interprétation philosophique sur un texte et rédiger un essai littéraire ou philosophique pour un total de 20 points, chacune des deux questions valant 10 points. Deux sujets sont proposés, "la recherche de soi" et "l'humanité en question". 

 

 

 

 

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Niveau d'études : Terminale

Année : 2026 : sujets PDF

Jour 1 :  juin 

Jour 2 :  juin 

Session : Normale

 

 

 

 

HLP  jour 1 

Première partie : interprétation littéraire

 

  • Catherine Monin, Polywere (2020)
  • Que provoque chez le personnage d’Emmanuel la rencontre avec le cerf ?

 

Dans cet extrait de Polywere de Catherine Monin, Emmanuel s'est isolé dans la forêt au cœur de la nuit. Alors qu'il est encore à demi endormi, il assiste à l'apparition d'un cerf venu boire dans une mare. Cette rencontre, d'abord inattendue, dépasse rapidement la simple observation d'un animal sauvage. Au contact du cerf, Emmanuel éprouve une émotion profonde qui transforme son regard sur la nature, sur lui-même et sur sa place dans l'univers.

Nous montrerons que cette rencontre provoque d'abord une émotion intense et presque instinctive, avant de conduire le personnage à une véritable communion avec le vivant, puis à une méditation philosophique sur le monde.

I. La rencontre provoque chez Emmanuel un bouleversement émotionnel et sensoriel

Dès l'apparition du cerf, Emmanuel est saisi par une émotion qui suspend toute action. La scène prend immédiatement une dimension exceptionnelle.

L'auteur souligne d'abord le caractère soudain de cette apparition grâce à des phrases très courtes :

« Et il apparaît. / Le cerf. »

Cette brièveté ralentit le rythme du récit et met en valeur l'animal. Le cerf semble surgir comme une apparition presque surnaturelle. Emmanuel ne décrit pas immédiatement l'ensemble de son corps ; son regard découvre progressivement « ses bois », puis « sa tête ». Cette description fragmentée traduit la fascination du personnage.

La rencontre déclenche également une réaction physique très forte :

« J'ai des fourmis intenses et l'envie de lui sauter aux joues. »

L'expression familière contraste avec la solennité de la scène. Les « fourmis » évoquent une émotion qui envahit tout le corps, tandis que le désir de « lui sauter aux joues » traduit un élan spontané de proximité. La comparaison :

« Comme quand on retrouve un parent »

surprend le lecteur. Le cerf n'est pas perçu comme une bête étrangère mais comme un être familier, presque un membre de la famille. Cette image suggère une parenté profonde entre l'homme et l'animal.

Cependant, cette émotion est aussitôt tempérée par le respect. Emmanuel reste immobile :

« Je reste planté là. »

Le verbe « planter » traduit une immobilité absolue. La peur n'est pas dominante ; il s'agit plutôt d'une forme d'émerveillement qui interdit tout mouvement susceptible de rompre cet instant privilégié.

Ainsi, la rencontre avec le cerf provoque un véritable choc émotionnel où fascination, joie et respect se mêlent.

II. Emmanuel découvre une relation nouvelle avec la nature

Peu à peu, l'attention d'Emmanuel se déplace de l'animal vers la nature tout entière. Grâce au cerf, il apprend à regarder autrement le monde qui l'entoure.

Le cerf apparaît comme un être parfaitement intégré à son environnement.

Emmanuel observe :

« C'est son dialogue avec le monde. »

Cette métaphore est essentielle. L'animal ne se contente pas de vivre dans la forêt ; il communique avec elle. Les verbes :

« il la hume, l'inspire, la goûte »

forment une accumulation qui souligne l'intensité de cette relation sensorielle. Le cerf semble connaître la forêt par tous ses sens. Il fait corps avec elle.

Face à cette harmonie, Emmanuel prend conscience de sa propre manière d'habiter le monde. Lui qui regardait jusque-là sans vraiment voir découvre soudain la beauté de la mare :

« Je la regarde vraiment. Je la trouve belle... la mare... »

L'adverbe « vraiment » marque une véritable révélation. La nature n'a pas changé ; c'est le regard d'Emmanuel qui s'est transformé. Les points de suspension traduisent son émotion devant cette beauté qu'il redécouvre.

La description devient alors très poétique :

« une lune croissante », « une flopée d'étoiles », « des araignées d'eau ».

Les images créent un paysage paisible où le ciel et l'eau semblent se répondre. Le reflet des étoiles dans la mare donne l'impression que deux univers se superposent.

Le cerf agit donc comme un initiateur. Grâce à lui, Emmanuel apprend à contempler la nature avec une attention nouvelle.

III. La rencontre conduit Emmanuel à une réflexion philosophique sur la place de l'homme dans l'univers

Au-delà de l'émotion et de la contemplation, cette rencontre suscite une interrogation profonde sur le rapport entre l'homme, l'animal et le cosmos.

À partir du cerf, Emmanuel multiplie les questions :

« Est-ce qu'il lit la beauté ? »

« Peut-il m'entendre autrement ? »

« Voit-il deux mondes étoilés ? »

Ces interrogations successives montrent que le personnage cherche à comprendre la manière dont l'animal perçoit le monde. Il ne s'agit plus d'observer le cerf, mais d'imaginer son point de vue. Emmanuel tente ainsi de sortir de son regard humain.

Les questions prennent progressivement une dimension cosmique :

« Voit-il que nous sommes debout sur un minuscule caillou dans un univers infini ? »

Cette image rappelle la fragilité de la condition humaine. La Terre est réduite à un simple « caillou », perdu dans l'immensité de l'univers. Emmanuel prend conscience de l'infiniment grand et relativise la place de l'homme.

La dernière réflexion apporte une conclusion inattendue :

« Non, je me dis, il est grand. »

Le pronom « il » désigne le cerf. Emmanuel renonce finalement à mesurer l'animal selon des critères humains. Sa grandeur n'est pas physique ; elle est spirituelle. Parce qu'il vit pleinement dans le présent, en harmonie avec la nature, le cerf apparaît comme un modèle de sagesse.

La rencontre devient alors une véritable expérience initiatique. Emmanuel comprend que l'homme ne possède pas une supériorité absolue sur l'animal ; il découvre au contraire une autre manière d'habiter le monde.

 

La rencontre avec le cerf provoque chez Emmanuel une profonde métamorphose intérieure. D'abord bouleversé par l'apparition de l'animal, il découvre ensuite une relation intime entre celui-ci et la nature avant d'engager une réflexion sur la beauté, le vivant et la place de l'homme dans l'univers. Le cerf devient ainsi bien plus qu'un animal sauvage : il incarne une présence mystérieuse qui invite Emmanuel à changer son regard sur le monde. À travers cette scène de contemplation, Catherine Monin propose une méditation poétique et philosophique sur notre lien avec le vivant et sur la nécessité de retrouver une relation plus humble et plus sensible à la nature.

 

HLP  jour 1

Deuxième partie : essai philosophique

  • Deuxième partie : Essai philosophique
  • Rencontrer l’autre, est-ce devenir autre ?

 

La rencontre avec autrui constitue l'une des expériences les plus importantes de l'existence humaine. Qu'il s'agisse d'un proche, d'un inconnu, d'un adversaire ou même d'un animal, l'autre nous confronte à une réalité différente de la nôtre. Cette confrontation peut modifier nos idées, nos émotions ou notre manière d'habiter le monde. Dans l'extrait de Polywere, la rencontre entre Emmanuel et le cerf illustre précisément cette transformation : au contact de l'animal, le personnage découvre une autre façon de percevoir la nature et prend conscience des limites de son propre regard. Cependant, toutes les rencontres ne produisent pas nécessairement un tel bouleversement. Certaines restent superficielles, tandis que d'autres sont refusées ou empêchées.

On peut alors se demander si rencontrer l'autre conduit nécessairement à devenir autre.

Si la rencontre transforme souvent notre identité en nous ouvrant à une altérité qui nous enrichit, elle ne nous fait pas perdre pour autant ce que nous sommes ; elle permet plutôt de construire une identité plus consciente d'elle-même.

I. La rencontre de l'autre transforme profondément notre manière de voir le monde

La première conséquence de la rencontre est qu'elle nous oblige à sortir de nous-mêmes. En découvrant une autre manière de penser, de vivre ou de sentir, nous prenons conscience que notre propre vision du monde n'est ni unique ni absolue.

Dans le texte de Catherine Monin, Emmanuel commence par observer le cerf comme un simple animal sauvage. Pourtant, au fil de la scène, il cherche à comprendre comment celui-ci perçoit la forêt, la mare ou encore les étoiles. Les nombreuses interrogations — « Voit-il deux mondes étoilés ? », « Voit-il aussi grand ? » — montrent que le personnage tente d'adopter le point de vue de l'animal. La rencontre l'amène ainsi à déplacer son regard et à remettre en question son anthropocentrisme.

Cette idée rejoint la philosophie d'Emmanuel Levinas. Pour Levinas, la rencontre du visage d'autrui nous oblige à sortir de notre égoïsme et nous révèle une responsabilité nouvelle envers les autres. Autrui n'est pas un objet que nous pouvons posséder ; il résiste à nos catégories et transforme notre rapport au monde.

La littérature illustre également cette métamorphose. Dans L'Odyssée, chaque peuple rencontré par Ulysse modifie sa compréhension des hommes et de lui-même. De même, dans Les Essais, Montaigne montre que la découverte des peuples du Nouveau Monde invite les Européens à interroger leurs propres coutumes plutôt qu'à les considérer comme universelles.

Ainsi, rencontrer l'autre revient souvent à élargir son horizon et à transformer sa manière de penser.

II. Pourtant, devenir autre ne signifie pas cesser d'être soi-même

Si la rencontre modifie notre regard, elle n'efface pas notre identité. Au contraire, c'est souvent grâce à l'autre que nous prenons conscience de ce qui nous caractérise.

Le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel montre, dans sa réflexion sur la reconnaissance, que la conscience de soi naît précisément de la confrontation avec une autre conscience. L'identité ne se construit pas dans l'isolement, mais dans le dialogue.

Cette idée apparaît dans de nombreuses œuvres littéraires. Dans L'Étranger, Meursault reste incapable d'établir une véritable relation avec les autres. Son incapacité à rencontrer autrui contribue à son isolement et l'empêche d'accéder pleinement à une compréhension de lui-même. À l'inverse, dans Le Petit Prince, la rencontre avec le renard transforme profondément le héros grâce à l'apprivoisement. Pourtant, le Petit Prince ne devient pas quelqu'un d'autre : il demeure lui-même, mais enrichi par cette relation.

Rencontrer l'autre ne signifie donc pas abandonner son identité. Il s'agit plutôt d'intégrer une nouvelle expérience qui permet de mieux se connaître.

III. Certaines rencontres nous transforment parce qu'elles révèlent notre humanité

Toutes les rencontres n'ont pas la même intensité. Certaines demeurent anecdotiques, tandis que d'autres marquent durablement une existence parce qu'elles bouleversent notre rapport à nous-mêmes.

La rencontre avec le cerf dans Polywere appartient à cette seconde catégorie. Emmanuel découvre une autre manière d'habiter le monde. L'animal ne parle pas, mais il lui enseigne silencieusement une forme d'attention au vivant. En cherchant à voir comme le cerf, Emmanuel comprend que l'homme n'est pas le centre de l'univers. Cette expérience le rend plus humble et plus sensible.

La philosophie de Martin Buber éclaire cette idée. Dans Je et Tu, Buber distingue les relations utilitaires des véritables rencontres. Une authentique rencontre ne consiste pas à utiliser l'autre comme un objet ; elle suppose une relation de présence réciproque qui transforme les deux êtres.

Cette réflexion trouve aujourd'hui un écho particulier dans les enjeux écologiques. Rencontrer l'autre ne signifie plus seulement rencontrer un autre homme ; cela peut être rencontrer un animal, un paysage ou l'ensemble du vivant. Cette ouverture invite à repenser notre place dans le monde et à reconnaître que l'humanité ne peut se comprendre indépendamment de ce qui l'entoure.

Ainsi, certaines rencontres nous rendent effectivement « autres », non parce qu'elles effacent notre identité, mais parce qu'elles nous révèlent une dimension nouvelle de notre humanité.

 

Rencontrer l'autre ne conduit pas nécessairement à devenir quelqu'un d'autre, mais une véritable rencontre laisse rarement celui qui la vit inchangé. En découvrant une autre manière d'être au monde, nous apprenons à remettre en question nos certitudes, à élargir notre regard et à mieux comprendre notre propre identité. L'autre agit ainsi comme un révélateur plutôt que comme un modèle à imiter.

L'extrait de Polywere illustre parfaitement cette idée : au contact du cerf, Emmanuel ne cesse pas d'être lui-même ; il apprend simplement à regarder autrement. La rencontre devient alors une expérience de transformation intérieure qui conduit moins à changer d'identité qu'à devenir plus pleinement humain. C'est sans doute dans cette capacité à se laisser déplacer par l'altérité, sans renoncer à soi, que réside la richesse de toute véritable rencontre.

 

HLP  jour 2

 

  • Première partie : Interprétation philosophique
  • Selon le texte, en quoi la maîtrise de la technique place-t-elle l’humanité dans une « situation apocalyptique » ?

 

Dans cet extrait de Hiroshima est partout, issu d'une conférence prononcée en 1958, le philosophe allemand Günther Anders réfléchit aux conséquences de l'invention de l'arme atomique quelques années après les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Loin de limiter son analyse au seul danger nucléaire, il montre que le véritable problème réside dans la nature même du progrès technique. Une fois acquises, les connaissances scientifiques ne peuvent plus être oubliées ; l'humanité est désormais condamnée à vivre avec la possibilité permanente de fabriquer des moyens de destruction absolus.

Nous montrerons que, selon Anders, la maîtrise de la technique devient irréversible, qu'elle fait naître une puissance destructrice toujours disponible et qu'elle place ainsi l'humanité dans une responsabilité inédite envers son propre avenir.

I. La technique est un savoir irréversible qui échappe définitivement à l'humanité

Le point de départ du raisonnement d'Anders repose sur une idée simple mais décisive : il est impossible d'effacer une découverte scientifique une fois qu'elle a été réalisée.

Le texte s'ouvre sur une double affirmation construite de manière parallèle :

« Il ne peut pas révoquer son propre savoir-faire. »

Puis :

« Il ne peut pas apprendre (...) à désapprendre ce qu'il sait. »

La répétition de la négation souligne le caractère absolu de cette impossibilité. Anders distingue ici deux formes de puissance humaine. L'homme est capable d'apprendre sans cesse, mais il est incapable d'effacer les connaissances acquises. Cette contradiction constitue le cœur de son argumentation.

L'exemple de l'arme atomique illustre cette idée :

« Les armes atomiques (...) il peut certes s'en défaire, mais sa connaissance de leur fabrication, il ne pourra plus jamais s'en débarrasser. »

L'auteur oppose l'objet matériel au savoir scientifique. Les armes peuvent être détruites ; les connaissances qui permettent de les fabriquer demeurent. Ainsi, le véritable danger ne réside pas dans les objets techniques eux-mêmes, mais dans l'existence irréversible des savoirs qui les rendent possibles.

Cette analyse conduit Anders à redéfinir la technique. Elle ne correspond plus seulement aux machines que l'homme possède, mais aux capacités qu'il ne peut plus renoncer à exercer. La maîtrise technique devient donc une condition permanente de l'humanité.

II. Cette maîtrise rend toujours possible une destruction totale de l'humanité

À partir de cette première idée, Anders montre que le risque nucléaire ne disparaîtrait pas, même si toutes les armes existantes étaient détruites.

Le philosophe insiste sur le fait que les armes atomiques ne constituent pas une invention isolée :

« La capacité de produire des armes atomiques ne représente pas une capacité isolée. »

Cette précision est essentielle. La fabrication des armes nucléaires découle de l'ensemble des progrès scientifiques réalisés dans les domaines de la physique et de la technique. Celui qui maîtrise les technologies civiles possède également les connaissances nécessaires à la fabrication des armes.

Ainsi, Anders écrit :

« Celui qui sait produire des réacteurs pacifiques est également en mesure (...) de produire les moyens de destruction atomiques. »

L'adverbe « également » souligne l'ambivalence fondamentale de la technique. Une même connaissance peut servir à produire de l'énergie ou à provoquer une catastrophe. La science apparaît moralement neutre ; tout dépend de l'usage que les hommes en font.

L'auteur imagine alors une situation extrême :

« Même s'il n'existait plus une seule arme atomique (...) le danger ne serait pas pour autant levé. »

Cette hypothèse montre que le désarmement matériel ne suffirait pas à supprimer la menace. Les connaissances scientifiques demeurant disponibles, la possibilité de reconstruire ces armes existerait toujours.

Le danger devient donc permanent. Il ne dépend plus de l'existence des armes, mais de la capacité humaine à les recréer.

III. La technique place l'humanité devant une responsabilité historique sans précédent

La conclusion du texte dépasse largement la question nucléaire. Anders montre que la technique a profondément modifié la condition humaine.

Il évoque :

« La tentation et la séduction de se rendre tout-puissant. »

Ces deux termes révèlent une dimension morale. La technique ne fournit pas seulement des moyens nouveaux ; elle exerce une attraction sur les hommes. Plus ils deviennent puissants, plus ils risquent de vouloir utiliser cette puissance.

L'auteur en déduit que l'humanité vit désormais dans une :

« Situation apocalyptique. »

Le mot ne désigne pas ici la certitude de la fin du monde, mais la possibilité permanente de cette fin. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité possède les moyens de provoquer elle-même sa disparition.

La dernière phrase résume cette idée :

« L'humanité pourrait, par elle-même, s'anéantir. »

Le groupe de mots « par elle-même » constitue le véritable aboutissement du raisonnement. Autrefois, les catastrophes relevaient des forces naturelles ou des croyances religieuses. Désormais, l'homme devient lui-même la cause possible de sa propre disparition.

Cette réflexion invite ainsi à repenser notre responsabilité collective. Puisque les connaissances techniques sont irréversibles, la véritable question n'est plus de savoir si l'on peut empêcher le progrès scientifique, mais comment exercer un contrôle éthique et politique sur les usages de cette puissance.

 

Selon Günther Anders, la maîtrise de la technique place l'humanité dans une « situation apocalyptique » parce qu'elle est irréversible. Une fois les connaissances scientifiques acquises, il devient impossible de les effacer. Dès lors, même si les armes nucléaires disparaissaient, la possibilité de les fabriquer demeurerait. L'homme vit ainsi sous la menace permanente de sa propre puissance technique.

Cependant, le philosophe ne condamne pas la science en elle-même. Il invite surtout à prendre conscience de la responsabilité nouvelle qu'elle impose aux hommes. La véritable urgence n'est plus de limiter les découvertes, mais d'apprendre à maîtriser les usages d'une puissance capable, pour la première fois dans l'histoire, de mettre en jeu l'existence même de l'humanité.

 

  • Deuxième partie : Essai littéraire
  • La littérature et les arts peuvent-ils enseigner à résister à la tentation de « se rendre tout-puissant » ?

 

Dans Hiroshima est partout, Günther Anders montre que le véritable danger de la technique ne réside pas seulement dans les armes qu'elle produit, mais dans la tentation qu'elle fait naître : celle de « se rendre tout-puissant ». L'homme dispose aujourd'hui de moyens d'action capables de transformer profondément le monde, voire de provoquer sa propre destruction. Cette réflexion dépasse largement le domaine scientifique. Depuis l'Antiquité, la littérature et les arts interrogent le désir de toute-puissance qui anime les êtres humains. Héros tragiques, souverains, savants ou artistes sont souvent confrontés aux limites qu'ils refusent d'accepter. Les œuvres montrent alors les conséquences de l'orgueil, mais elles invitent aussi à imaginer d'autres rapports au monde, fondés sur la mesure et la responsabilité.

On peut alors se demander si la littérature et les arts sont capables d'apprendre aux hommes à résister à cette tentation de la toute-puissance.

S'ils ne peuvent empêcher les hommes de rechercher toujours plus de pouvoir, ils développent néanmoins une conscience critique en révélant les dangers de la démesure et en valorisant une conception plus humble de la condition humaine.

I. Depuis l'Antiquité, la littérature dénonce les dangers de la démesure

Les œuvres littéraires rappellent d'abord que le désir de toute-puissance conduit souvent à la catastrophe. Bien avant les progrès techniques modernes, elles mettent en scène des personnages qui veulent dépasser les limites imposées à l'homme.

Dans la mythologie grecque, le mythe d'Icare illustre parfaitement cette tentation. En s'approchant trop près du soleil malgré les avertissements de son père, Icare croit pouvoir égaler les dieux. Son vol devient le symbole de l'hybris, cette démesure condamnée par la pensée grecque. Sa chute rappelle que l'homme ne peut ignorer impunément ses limites.

Le théâtre tragique développe la même réflexion. Dans Macbeth, le héros, poussé par l'ambition, multiplie les crimes pour conserver un pouvoir absolu. Chaque victoire renforce pourtant son angoisse et précipite sa perte. Shakespeare montre ainsi que la quête de toute-puissance détruit autant celui qui l'exerce que ceux qui en sont victimes.

Au XVIIIᵉ siècle, Faust reprend ce thème en faisant signer à son héros un pacte avec le diable afin d'obtenir un savoir illimité. L'œuvre souligne que le désir de tout connaître et de tout maîtriser peut conduire à renoncer à son humanité.

Ainsi, la littérature constitue une mémoire des excès humains. Elle rappelle que l'ambition sans limites finit souvent par se retourner contre celui qui la nourrit.

II. Les arts développent une conscience critique face à la puissance humaine

Cependant, les œuvres ne se contentent pas de dénoncer la démesure ; elles permettent également de réfléchir aux conséquences des progrès techniques et politiques.

Après les deux guerres mondiales, de nombreux artistes interrogent la capacité de l'homme à détruire ce qu'il a lui-même créé. Dans La Peste, l'épidémie symbolise les catastrophes qui menacent l'humanité. Face au mal, les personnages comprennent que nul ne peut prétendre dominer totalement le monde ; seule la solidarité permet de préserver une forme d'humanité.

Le cinéma participe également à cette réflexion. Docteur Folamour met en scène, sous la forme d'une satire, l'absurdité de la course aux armements nucléaires. Le film montre que les hommes disposent d'une puissance de destruction qu'ils ne contrôlent plus. En recourant à l'humour noir, Kubrick révèle l'irrationalité de la logique de toute-puissance.

La peinture offre elle aussi un puissant avertissement. Avec Guernica, Picasso ne représente pas la gloire militaire, mais les souffrances infligées aux civils par le bombardement de la ville espagnole. Les corps brisés, les visages déformés et la violence de la composition dénoncent les ravages d'une puissance technique mise au service de la guerre.

Les arts développent ainsi une sensibilité qui complète la réflexion philosophique. Ils rendent visibles les conséquences humaines des choix politiques et scientifiques.

III. Plus qu'une leçon morale, la littérature apprend l'humilité

Toutefois, les œuvres ne délivrent pas des règles de conduite toutes faites. Leur véritable force réside dans leur capacité à transformer notre regard sur le monde.

Le texte de Catherine Monin étudié dans la première partie de l'épreuve en fournit un bon exemple. En rencontrant le cerf, Emmanuel découvre qu'il existe une autre manière d'habiter le monde. L'animal ne cherche ni à dominer la nature ni à l'exploiter ; il entretient avec elle un « dialogue ». Cette scène invite le lecteur à remettre en question une vision purement utilitaire du vivant.

De même, dans Le Petit Prince, le renard enseigne au héros que les liens les plus précieux naissent de la patience, de la responsabilité et de l'attention portée à autrui. L'œuvre oppose ainsi la logique de la possession à celle de la relation.

Enfin, la poésie contemporaine, notamment celle de Philippe Jaccottet, invite le lecteur à contempler le monde plutôt qu'à le maîtriser. La nature n'y apparaît pas comme un objet à conquérir, mais comme une présence fragile avec laquelle l'homme entretient un dialogue.

La littérature et les arts ne suppriment donc pas la tentation de la toute-puissance. En revanche, ils développent notre imagination, notre sensibilité et notre esprit critique. Ils nous rappellent que l'homme grandit moins en dominant le monde qu'en apprenant à y trouver sa juste place.

 

La littérature et les arts ne peuvent empêcher les hommes de rechercher toujours davantage de puissance. Ils ne remplacent ni les lois, ni les décisions politiques, ni les choix scientifiques. En revanche, ils jouent un rôle essentiel en développant une conscience critique face aux dangers de la démesure. En mettant en scène les catastrophes provoquées par l'orgueil, en donnant à voir les souffrances des victimes ou en proposant d'autres manières d'habiter le monde, les œuvres rappellent que la véritable grandeur humaine ne réside pas dans la domination, mais dans la lucidité et la responsabilité.

Face aux avertissements de Günther Anders, elles apparaissent ainsi comme un contre-pouvoir indispensable. Là où la technique accroît sans cesse notre capacité d'agir, la littérature et les arts nous invitent à réfléchir au sens de cette puissance et aux limites qu'il convient de lui fixer. En ce sens, ils n'enseignent pas seulement à résister à la tentation de « se rendre tout-puissant » : ils apprennent surtout à demeurer pleinement humains.

 

 

Sujets HLP bac 2025 jour 1

  • Consultez les sujets
  • Georges Perros, Une vie ordinaire (1967).
  • Interprétation littéraire :
  • Dans ce texte, quel regard le poète porte-t-il sur lui-même et sur sa propre vie ?
  • Essai philosophique :
  • N'est-on soi-même que dans le regard des autres ?

HLP  jour 2, jeudi 12 juin 

  • Lecture des sujets en PDF 
  •  Nietzsche, Humain, trop humain (1879).
  • Interprétation philosophique :
  • Pourquoi, selon Nietzsche, la "paix armée" ne peut-elle être le moyen de la "paix véritable" ?
  • Essai littéraire :
  • Selon vous, la littérature et les arts permettent-ils d'éviter de "haïr et de craindre" ?

 

Consultez les sujets HLP du bac 2024

Sujets HLP bac 2024 jour 1

  • Lecture des sujets en PDF 
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  • Interprétation littéraire :
  • Quelle image le poète donne-t-il de ses camarades disparus ?
  • Essai philosophique :
  • La violence efface-t-elle toute trace d'humanité ?

Sujets HLP bac 2024 jour 2

  • Lecture des sujets en PDF 
  • Extrait de Robert Musil, L'Homme sans qualités (1932), traduit de l'allemand par Philippe Jaccottet (1954).
  • Interprétation littéraire :
  • Pourquoi Ulrich ne parvient-il pas à aménager son intérieur ?
  • Essai philosophique :

Créer son monde, est-ce se créer soi-même ?

 

 

Les sujets de la Nouvelle Calédonie 2025

Sujets du jour 1

  • Spe humanites litterature philo 2025 nouv caledonie 1 sujet officielSpe humanites litterature philo 2025 nouv caledonie 1 sujet officiel (94.68 Ko)
  • Extrait de Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l'éducation, 1762.
  • Interprétation philosophique :
  • Quelle part, selon Rousseau, l'enfant prend-il dans sa propre éducation ?
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  • La littérature et les arts peuvent-ils nous apprendre autant que l'expérience vécue ?

Sujets du jour 2

 

 

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Sujets HLP bac 2023

  • Lecture format PDF 
  • Sujet jour 1 :
  • Marcel Proust, Le Temps retrouvé (1927).
  • L'action se situe en 1915 à Paris. Monsieur et madame Verdurin tiennent depuis de longues années un salon mondain qu'ils perpétuent avec ardeur, malgré la guerre et la proximité du front, à une heure de voiture de la capitale.
  • Interprétation littéraire :
  • Comment ce texte met il en scène l'insensibilité de madame Verdurin face aux "plus affreuses tragédies" ?
  • Essai philosophique :
  • Est il vraiment illégitime de souffrir plus d'un "courant d'air" que de "la mort de millions d'inconnus" ?

Sujets HLP bac 2023 jour 2

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  • Spe humanites litterature philo 2023 la reunion 2 sujet officielSpe humanites litterature philo 2023 la reunion 2 sujet officiel (267.89 Ko)
  • Sujet :
  • Lavelle, Les Puissances du moi (1948).
  • Le mot personne vient du mot persona qui veut dire masque. Or il semble qu'il existe une contradiction entre cette sincérité authentique qui caractérise pour nous la personne véritable et la figure d'emprunt que le mot masque désigne.
  • Question d'interprétation philosophique :
  • Selon Lavelle, notre personnalité consiste-t-elle à jouer un rôle ?
  • Essai littéraire :
  • Pouvons-nous nous découvrir à travers des personnages littéraires ?

 

 

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Date de dernière mise à jour : 12/07/2026

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