Montaigne Des cannibales, livre I, chapitre 31, anthropophagie. Essais, 1580. Etude linéaire et questionnaire bac

" Ils ont leurs guerres contre les nations... superflu pour eux" -

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  • Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

    Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie      Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.     Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.      Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat. Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments Prolongèrent leur vie. Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.      Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • Quiz 20 questions sur l'étude EAF Des Coches III,6 Montaigne

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, III,6 Des Coches Support : "notre monde vient d'en trouver un autre... en habileté" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) non moins grand, plein et fourni de membres que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettre, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni céréales, ni vignes. Il était encore tout nu dans le giron de sa mère nourricière et ne vivait que par les moyens qu'elle lui fournissait. Si nous concluons bien quand nous disons que nous sommes à la fin de notre monde, et si ce poète fait de même au sujet de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu'entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L'univers tombera en paralysie ; l'un des deux membres sera perclus, l'autre en pleine vigueur. Nous aurons très fortement hâté, je le crains, son déclin et sa ruine par notre contagion et nous lui aurons fait payer bien cher nos idées et nos techniques. C'était un monde enfant ; pourtant nous ne l'avons pas fouetté et soumis à notre enseignement en nous servant de l'avantage de notre valeur et de nos forces naturelles ; nous ne l'avons pas non plus séduit par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et pertinence. La merveilleuse magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en un jardin, étaient excellemment façonnés en or, comme, dans son cabinet, tous les animaux qui naissaient dans son État et dans ses mers ; et la beauté de leurs ouvrages en pierreries, en plume, en coton, dans la peinture, montrent qu'ils ne nous étaient pas non plus inférieurs en habileté.

  • Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle." Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.    

Quiz

Description des moeurs des Amérindiens, influence corruptrice des Européens, hypocrisie des Européens. Les Amérindiens, un exemple de valeurs morales

 

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

 Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre.

Littérature d'idées séries générales et technologiques 2021

 

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PARCOURS MONTAIGNE

Découvrez dans cet épisode ce que vous devez retenir du parcours "Notre monde vient d'en rencontrer un autre".

 

 

 

 

     Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes1 et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.

 

    Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes2; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant3 du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.

     Je ne suis pas marri4 que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes5 un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé.

 

Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat.

Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments

Prolongèrent leur vie.

Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.

 

     Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu6. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté7 naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux. 

 

 

1 routes: déroutes, abandons.

2 Scythes: peuple indo-européen nomade, ayant vécu dans les steppes eurasiennes entre le VIIè et le IIIè s av J.C, réputé pour sa sauvagerie.

3 au demeurant: sur le reste.

4 marri: fâché, affligé.

5 géhennes: tortures, souffrances intenses.

6 vertu: courage et force.

7 uberté: « richesse, abondance, fécondité ».

 

 

Introduction à la lecture linéaire 

L'extrait que nous nous proposons d'étudier est tiré du chapitre 31 des Cannibales des Essais de Montaigne, écrivain et philosophe du 16e siècle appartenant au mouvement littéraire de l'humanisme qui met au coeur de ses préoccupations les valeurs humaines (ouverture sur l'autre, tolérance et refus des préjugés). Notre passage présente des scènes cannibales dans le contexte de la découverte du Nouveau Monde et des guerres de religion.  L'extrait s'intéresse aux pratiques d'une tribu du Brésil. La notion de barbarie est au centre de la réflexion que Montaigne engage sur la nature humaine autant que sur la diversité des cultures. 

 Lecture du texte 

Mouvements du texte

Le texte est divisé en 4 mouvements qui correspondent aux 4 paragraphes

Mouvement 1 = 1er paragraphe

Description des moeurs des Amérindiens 

Mouvement 2 = 2ème paragraphe 

L'influence corruptricce des Européens

Mouvement 3 = 3ème paragraphe

La levée du voile sur l'hypocrisie des Européens 

Mouvement  4 = 4ème paragraphe

Les Amériendiens, un exemple de valeurs morales 

 

Annonce du plan

Danns un premier temps, Montaigne fait la description des moeurs des Amérindiens, puis il évoque l'influence corruptrice des Européens, la levée du voile sur l'hypocrisie des Européens, pour enfin montrer que les Amérindiens sont un exemple de valeurs morales 

Problématique

En quoi Montaigne, au travers d'une dénonciation de l'ethnocentrisme et d'un éloge paradoxal des cannibales prend t'-il le contre-pied de la pensée de son époque? 

 

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Montaigne

Commentaire littéraire et linéaire, questionnaire, Montaigne, Des Cannibales, I, 31 "Ils ont leurs guerres.. une sorte de barbarie "

Commentaire littéraire et linéaire Montaigne, Des Cannibales, I, 31 "Ils ont leurs guerres.. une sorte de barbarie "- I, 31 "Trois d'entre eux....hauts de chausses" et question de grammaire. parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre. Séries générales et technologiques, EAF 2021-La littérature d'idées -

Questionnaire de compréhension du texte

1 - Relevez les premières marques du présent de vérité générale 

"font", "sont", "vont", ligne 1 

2 - Que traduit le retour à la première personne? 

"Je ne suis pas fâché que nous soulignions.... " : cela permet d'interpeler et d'inclure le lectueur dans la reflexion. Les sauvages ne sont pas les plus barbares. Les Européens sont inclus dans ce 'nous". "Que nous soyons si aveugles à l'égard de nos fautes. 

3 - Pourquoi peut-on parler d'une argumentation par comparaison?

Montaigne décrit les moeurs barbares pour les comparer aux coutumes des Portugais qui étaient en train de coloniser le Brésil. Les Portugais sont plus cruels que les Amérindiens car ils enterrent leurs ennemis "jusqu'à la ceinture", les frappent "de force coups de traits" et les pendent. 

4 - A quelles figures d'autorité Montaigne fait-il appel? 

Les Grecs Chrysippe et Zénon + la figure du médecin = Montaigne invoque des arguments de raison pour convaincre le lecteur 

5 - Comment cherche t'-il à persuader? 

En provoquant le dégoût et l'horreur "déchirer par des tortures et des supplices un corps ayant encore toute sa sensibilité" 

6 - Relever une accumulation de vices qui montre que selon Montaigne, les vrais sauvages et barbares sont les Portugais et les Européens en général

"La trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté" 

7 - "Nous l'avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire"

 = faits passés + rélalités du présent = Il en appelle à la responsabilité de tous les Européens par l'emploi du "nous". Toute la civilisation est mise en cause 

8 - Que permet la condamnation des Européens? 

D'évoquer les guerres de religion. Il condamne les méfaits commis au nom de la religion 

9 - Insistance sur les vices engendrés par la civilisation = conséquences = fondement du mythe du bon sauvage repris par Rousseau pour qui l'état de nature ou l'état originel = bonheur 

 

Un peu de grammaire 

1er §

 Les compléments circonstanciels de lieu les situent en territoire inconnu:

«au-delà de la montagne», «plus en avant dans la terre ferme».

 proposition subordonnée relative et  la négation d’exception «ne…que». = montre que l'équipement est rudimentaire 

 Montaigne rapporte des faits au présent d’habitude: « rapporte, attache, fait».

Analyse de la parataxe

"Chacun rapporte pour son trophée la tête de l'ennemi qu'il a tué, et l'attache à l'entrée de son logis". Poursuite de description ethnologique par parataxe : chaque phrase ajoute un élément de description, qui fait le récit de la guerre tupinamba et de ses conséquences.

complément circonstanciel de temps  "Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers"

 première explication analogique niée: «ce n’est pas ainsi que faisait les Scythes». 

les Scythes mangeaient de la chair humaine pour se nourrir, les Indiens Cannibales le font par vengeance

 champ lexical de la communauté : «une grande assemblée», «au plus cher de leurs amis», «toute l’assemblée», «en commun».

2ème §

 Montaigne adopte alors le point de vue («ayant remarqué», «pensèrent que») des cannibales sur les portugais:

«qui avaient répandu la connaissance de beaucoup de vices», « beaucoup plus experts qu’eux en toute sorte de malice», «et qu’elle devait être plus désagréable que la leur».

 comparatifs de supériorité

 3ème §

 Le locuteur s’implique personnellement et affectivement «je ne suis pas fâché»

 le discours est  direct 

Le pléonasme «horreur barbare»

 Le connecteur logique d’opposition «en revanche» met en avant l’aveuglement des européens, leur incapacité à être objectif. 

Relevez dans tout le texte un exemple de polyptote

Un  polyptote est une figure de répétition qui consiste à reprendre un terme en lui faisant subir des variations morphologiques de nombre, de personne, de mode, de voix ou de temps. Ex. Barbaresque, barbarie, barbare

Anthropophagie

Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie


     Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.

    Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.

     Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé.

Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat.

Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments

Prolongèrent leur vie.

Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.

     Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • 1/ Du début...épieux". Le texte s'ouvre sur une description des pratiques guerrières

    Du début...épieux". Le texte s'ouvre sur une description des pratiques guerrières


  • 2/ Afin d'évoquer leur nudité "ils sont tout nus", Montaigne utilise le présent d'énonciation sans faire aucun jugement

    Afin d'évoquer leur nudité "ils sont tout nus", Montaigne utilise le présent d'énonciation sans faire aucun jugement


  • 3/ Quels adjectifs qualificatifs conviennent le mieux pour qualifier ce peuple guerrier?

    Quels adjectifs qualificatifs conviennent le mieux pour qualifier ce peuple guerrier?


  • 4/ Le traitement des prisonniers est une cérémonie codifiée. Les actions s'enchaînent toujours de la même façon

    Le traitement des prisonniers est une cérémonie codifiée. Les actions s'enchaînent toujours de la même façon


  • 5/ Le prisonnier est toujours bien traité. Les Amérindiens font preuve d'hospitalité. Sa mort est une action sociale

    Le prisonnier est toujours bien traité. Les Amérindiens font preuve d'hospitalité. Sa mort est une action sociale


  • 6/ L'anthropophagie est pour les Amérindiens un moyen de

    L'anthropophagie est pour les Amérindiens un moyen de


  • 7/ Dans le 1er mouvement du texte, Montaigne délaisse l'ethnocentrisme et le jugement de valeur Européen pour souligner le relativisme culturel

    Dans le 1er mouvement du texte, Montaigne délaisse l'ethnocentrisme et le jugement de valeur Européen pour souligner le relativisme culturel


  • 8/ Dans le second mouvement du texte, Montaigne évoque l'influence corruptrice des Européens

    Dans le second mouvement du texte, Montaigne évoque l'influence corruptrice des Européens


  • 9/ Montaigne donne tout d'abord la perspective des Amérindiens sur les Européens.. C'est le point de vue de l'autre monde

    Montaigne donne tout d'abord la perspective des Amérindiens sur les Européens.. C'est le point de vue de l'autre monde


  • 10/ Les Amérindiens se rendent compte de la cruauté des Européens. La torture est suivie de la mort "enterrer", "tirer", "pendre"

    Les Amérindiens se rendent compte de la cruauté des Européens. La torture est suivie de la mort "enterrer", "tirer", "pendre"


  • 11/ Les Européens sont perçus comme des hommes semant le vice

    Les Européens sont perçus comme des hommes semant le vice


  • 12/ "Malice", "vices", "aigre" = champ lexical du vice qui connote le jugement de valeur des Amérindiens à l'égard des Européens

    "Malice", "vices", "aigre" = champ lexical du vice qui connote le jugement de valeur des Amérindiens à l'égard des Européens


  • 13/ A ce stade du texte, il y a un renversement de préjugés. Les Amérindiens ont un bon sens du discernement. Ils font la différence entre le bien et le mal

    A ce stade du texte, il y a un renversement de préjugés. Les Amérindiens ont un bon sens du discernement. Ils font la différence entre le bien et le mal


  • 14/ "Nous soyons si aveugles aux nôtres". L'intensif "si" souligne l'erreur de jugement des Européens

    "Nous soyons si aveugles aux nôtres". L'intensif "si" souligne l'erreur de jugement des Européens


  • 15/ Les occidentaux sont les vrais barbares. Pour creuser le contraste entre les deux civilisation, Montaigne utilise

    Les occidentaux sont les vrais barbares. Pour creuser le contraste entre les deux civilisation, Montaigne utilise


  • 16/ Les Européens donnent aux chiens et aux pourceaux, les Amérindiens, aux amis

    Les Européens donnent aux chiens et aux pourceaux, les Amérindiens, aux amis


  • 17/ Cette première relativisation fait écho à la citation de Montaigne, "chacun qualifie de barbarie ce qui n'est pas de son usage"

    Cette première relativisation fait écho à la citation de Montaigne, "chacun qualifie de barbarie ce qui n'est pas de son usage"


  • 18/ Prise de position de Montaigne : l'argumentation passe par la concession devant l'horreur, verbes d'opinion + utilisation du "nous", "nôtre", intensif "si"

    Prise de position de Montaigne : l'argumentation passe par la concession devant l'horreur, verbes d'opinion + utilisation du "nous", "nôtre", intensif "si"


  • 19/ Le texte est un éloge des Amérindiens, de la description de leurs moeurs, il donne un modèle alternatif de valeurs et relativise les pratiques des uns et des autres

    Le texte est un éloge des Amérindiens, de la description de leurs moeurs, il donne un modèle alternatif de valeurs et relativise les pratiques des uns et des autres


  • 20/ "Barbare", "barbarie", "barbaresque" = l'idée de barbarie est utilisée par polyptote

    "Barbare", "barbarie", "barbaresque" = l'idée de barbarie est utilisée par polyptote


  • 21/ "Horreur barbaresque " est un

    "Horreur barbaresque " est un


  • 22/ Le connecteur logique d'opposition "en revanche" met en avant l'aveuglement des Européens"

    Le connecteur logique d'opposition "en revanche" met en avant l'aveuglement des Européens"


  • 23/ "Beaucoup plus experts qu'eux en toute sorte de malice." "Et qu'elle devait être plus désagréable que la leur" sont des comparatifs de supériorité :

    "Beaucoup plus experts qu'eux en toute sorte de malice." "Et qu'elle devait être plus désagréable que la leur" sont des comparatifs de supériorité :


  • 24/ Dans la première phrase du texte, on comprend que les Amérindiens sont situés en territoire inconnu grâce aux

    Dans la première phrase du texte, on comprend que les Amérindiens sont situés en territoire inconnu grâce aux


  • 25/ Dans la première phrase du texte, la négation "ne...que" est une négation d'exception. Elle montre que l'équipement est rudimentaire

    Dans la première phrase du texte, la négation "ne...que" est une négation d'exception. Elle montre que l'équipement est rudimentaire


Résultat du quiz

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Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

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