Etude linéaire et quiz Montaigne Des Cannibales I, 31 Comment Montaigne réhabilite t'-il la notion de sauvage et fait-il l’éloge des Tupinambas?

Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre. Séries générales et technologiques, EAF 2021-La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

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  • Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

    Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie      Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.     Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.      Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat. Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments Prolongèrent leur vie. Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.      Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • Quiz 20 questions sur l'étude EAF Des Coches III,6 Montaigne

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, III,6 Des Coches Support : "notre monde vient d'en trouver un autre... en habileté" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) non moins grand, plein et fourni de membres que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettre, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni céréales, ni vignes. Il était encore tout nu dans le giron de sa mère nourricière et ne vivait que par les moyens qu'elle lui fournissait. Si nous concluons bien quand nous disons que nous sommes à la fin de notre monde, et si ce poète fait de même au sujet de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu'entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L'univers tombera en paralysie ; l'un des deux membres sera perclus, l'autre en pleine vigueur. Nous aurons très fortement hâté, je le crains, son déclin et sa ruine par notre contagion et nous lui aurons fait payer bien cher nos idées et nos techniques. C'était un monde enfant ; pourtant nous ne l'avons pas fouetté et soumis à notre enseignement en nous servant de l'avantage de notre valeur et de nos forces naturelles ; nous ne l'avons pas non plus séduit par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et pertinence. La merveilleuse magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en un jardin, étaient excellemment façonnés en or, comme, dans son cabinet, tous les animaux qui naissaient dans son État et dans ses mers ; et la beauté de leurs ouvrages en pierreries, en plume, en coton, dans la peinture, montrent qu'ils ne nous étaient pas non plus inférieurs en habileté.

  • Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle." Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.    

Quiz

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

 Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre.

Littérature d'idées séries générales et technologiques 2021

 

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Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en ce7e na8on, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n'avons autre mire de la vérité et de la raison que l'exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre ar8fice et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux là sont vives et vigoureuses les vraies et plus u8les et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant, la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l'envi des nôtres, en divers fruits de ces contréeslà sans culture. Ce n'est pas raison que l'art gagne le point d'honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inven8ons, que nous l'avons du tout étouffée. Si est-ce que, par tout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, surgit et in solis formosior arbutus antris, et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l'u8lité de son usage, non pas la 8ssure de la ché8ve araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l'art ; les plus grandes et les plus belles, par l'une ou l'autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. 1 Ces na8ons me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l'esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle

Michel de Montaigne est un philosophe, écrivain, juriste et homme politique du sud-ouest de la France de la fin du XVIe siècle qui appartient au courant littéraire de l’humanisme

• courant culturel du 15ème siècle caractérisé par la recherche de l’éducation la plus équilibrée, la critique de l’éducation rhétorique et un retour aux textes anciens pour valoriser l’écriture

- Sa vie a été marquée par la mort d’un de ses contemporains appelé la Boétie.

- En son hommage Montaigne écrit les Essais, l’œuvre de toute une vie. En effet, il commence la rédaction en 1572 et ne l’achève qu’à sa mort en 1592.

- L’extrait sur lequel nous allons nous pencher se situe au milieu du chapitre 31 « Des cannibales ». Ce chapitre mène une réflexion sur la découverte du Nouveau Monde, le colonialisme et la relativité des valeurs et des mœurs.

- Dans l’extrait Montaigne compare la manière dont les Européens conçoivent la barbarie, la civilisation et la réalité des Tupinambas, un peuple amérindien.

 

Problématique

Comment Montaigne s’y prend-il pour réhabiliter la notion de sauvage et faire l’éloge des Tupinambas ?

Annonce du plan

- Le texte se structure en trois moments :

• Dans le premier moment de la ligne 1 à 6 l’auteur redéfinit la notion de barbarie et de sauvage.

• Dans le second moment de la ligne 6 à 19 Montaigne critique l’artificiel et fait l’éloge du naturel.

• Enfin, de la ligne 20 à 26 il transforme ces peuples barbares et sauvages en Age d’or de la civilisation que les Anciens auraient mérité de connaître.

 Montaigne redéfinit la notion de barbarie et de sauvage

 

- Le texte s’ouvre avec les mots « Or je trouve, pour revenir à mon propos » où l’on note la conjonction de coordination « or », le verbe modalisateur « trouver » et un complément circonstanciel de but qui caractérisent l’esthétique de la digression,  écriture « à sauts et à gambades » de l’Essai.

- le pronom personnel « je » et le déterminant possessif « mon » suggèrent dès le départ, qu’il s’agit de son point de vue, ce qui montre que nous sommes dans une démarche propre au genre de l’Essai car il donne un jugement subjectif.

- La première phrase, pose une thèse claire et il y rajoute deux adjectifs, « barbares » et « sauvage » qui sont les mots-clés du texte.

- Sa thèse explique que d’après le témoignage de son serviteur, le Brésil ne doit pas être considérée comme possédant des mœurs sauvages car nous avons tendance à appeler ‘barbare’ ce qui est différent de nos coutumes.

 présent de vérité générale avec « appelle » ce qui crée un effet de maxime.

Montaigne en vient ensuite à redéfinir le concept de barbare qui a deux sens en français : l’étrangeté et le jugement de valeur.

- Par ailleurs, avec le label « barbarie », la raison est confondue avec l’usage.

- Pour Montaigne la conquête du Nouveau Monde s’est faite en fonction d’un usage et non de la raison. L’auteur pose ici son relativisme qu’il oppose à l’ethnocentrisme.

- Ce dernier met en évidence son refus de l’ethnocentrisme et le rétrécissement du regard à travers : la négation exceptive : « n’avons d’autre mire de la vérité et de la raison que » 

- De plus  Montaigne montre que notre rapport au monde est nécessairement relatif, le pronom « nous », a un point de vue, il est ancré dans des coutumes qui définissent ce qui est « parfait ».

- D’où la répétition de l’adjectif « parfait » : « la parfaite religion, la parfaite police, parfait »  qui donne un rythme ternaire à la phrase, et insiste d’autant plus sur les préjugés.

- On remarque que la civilisation se définit par trois aspects pour Montaigne : la religion, la vie politique et les coutumes

- Après avoir redéfini le mot « barbare », Montaigne redéfinit le mot « sauvage »  « Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature […] a produits »

- Dans un premier temps, « sauvage » est en emploi autonymique car l’auteur cherche à revaloriser son sens étymologique : sauvage signifie ce qui est à l’état naturel.

- Pour faire comprendre ce sens étymologique de sauvage, Montaigne prend un exemple dans une subordonnée de comparaison « de même que nous appelons sauvage les fruits » où il compare les indiens à des fruits.

- Il personnifie la Nature et oppose en antithèse les fruits naturels amérindiens et les fruits européens qui ont été « altérés », « détournés », « abâtardis » par « notre artifice »  et notre « goût corrompu »

 

Montaigne fait l’éloge du naturel et critique l’artificiel

Deux portraits inversés se construisent : d’une part un portrait mélioratif de la nature et d’autre part un portrait péjoratif du civilisé.

 il fait l’éloge des fruits amérindiens « En ceux là sont vives et vigoureuses les vraies et plus naturelles vertus et propriétés »

Enchâssement de couples binaires « vives et vigoureuses/les vraie et plus utiles/vertus et propriétés » soutenues par l’allitération en [v], les superlatifs et les adjectifs très positifs comme « grande et puissante mère nature ».

- A ceux-ci, Montaigne oppose en antithèse l’usage que l’on fait de ces mêmes fruits en Europe qu’il caractérise avec un lexique péjoratif comme « abâtardies », « accommodées », et « goût corrompu » (l. 8). -  Montaigne montre que nous avons le goût de ce qui est naturel : « Et si pourtant la saveur et délicatesse se trouve à notre goût excellente ». - Cette phrase a été rajoutée dans une édition ultérieure. Autant, dans la phrase précédente on note une critique de la civilisation européenne, autant ici, il la met sur un plan d’égalité avec la nature amérindienne.

- Dans la suite du texte Montaigne s’oppose à la supériorité de la culture sur la nature. - On remarque à la fois le vocabulaire de la création avec le mot « invention » et de l’esthétique avec le mot « beauté » tous les deux. - En revanche l’artificiel est défini comme superflu à travers les mots « rechargé », étouffé », « vaines et frivoles entreprises ». - Ce lexique péjoratif dévalorise l’art et souligne qu’il ne vaut rien face à la nature. Par ailleurs, Montaigne cherche d’un point de vue moral à critiquer les préoccupations européennes superficielles.

- Plus loin Montaigne cite en latin comme ornement poétique et comme argument d’autorité, le début de la deuxième Elégie de Properce où le poète demande à son amante de ne pas se surcharger de maquillage et de luxe. -  l’auteur propose des exemples concrets tirés de la nature qui défient l’ingéniosité humaine : « le nid du moindre oiselet », « la tissure de la chétive araignée ». - On constate qu’il choisit des exemples naturels complexes et en apparence humbles. Il élabore une théorie sur l’art qu’il reprend directement à Platon : « par la nature, par la fortune, ou par l’art » - Cet argument lui permet de montrer que la nature reste supérieure à l’art car aucun art ne pourra jamais réussir à imiter totalement la nature.

Enfin, il transforme ces peuples sauvages et barbares en âge d’or de la civilisation

Le raisonnement arrive à sa conclusion avec la phrase « Ces nations me semblent donc ainsi barbares »

- En effet la conjonction de coordination « donc »  marque la conséquence et la clôture.

- On note que « cette nation » au début de l’extrait est devenue « ces nations ».

Cela montre que Montaigne tupinambise le Nouveau Monde et élargit leur modèle sociétal a tous les Amérindiens.

- Par ailleurs l’auteur combine les deux adjectifs qu’il a redéfinis : barbare est sauvage pour conclure que ce qui est barbare est sauvage c’est-à-dire naturel

 

Ainsi suite à l’analyse linéaire de cet extrait des Cannibales le texte apparait bien comme un renversement des préjugés ethnocentriques Européens à travers une redéfinition des termes « barbares » et « sauvages » et une critique de l’artificiel.

- Nous avons reconnu les caractéristiques d’une écriture humaniste qui correspondent bien au style de Montaigne. - Néanmoins cette inversion entre nature et culture, sera reprise au XVIIIème siècle par certains philosophes notamment Rousseau qui n’hésitera pas à s’inspirer du mythe du bon sauvage pour montrer la supériorité des uns sur les autres. 

Quiz bac sur le passage

Des cannibales

Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales

Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle."

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt.

Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.

 

 

  • 1/ "Or je trouve, pour revenir à mon propos": L’auteur pose un jugement subjectif qu’il va rendre objectif par l’argumentation

    "Or je trouve, pour revenir à mon propos": L’auteur pose un jugement subjectif qu’il va rendre objectif par l’argumentation


  • 2/ « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation »: le présentatif "il y a" pose la thèse

    « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation »: le présentatif "il y a" pose la thèse


  • 3/ « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation » : On a dans cette phrase les deux adjectifs, mots clés du texte

    « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation » : On a dans cette phrase les deux adjectifs, mots clés du texte


  • 4/ "A ce qu’on m’en a rapporté" est une proposition proposition incidente, également appelée "incise"

    "A ce qu’on m’en a rapporté" est une proposition proposition incidente, également appelée "incise"


  • 5/ "Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage comme de vrai, il semble": l'argumentation est-elle dogmatique?

    "Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage comme de vrai, il semble": l'argumentation est-elle dogmatique?


  • 6/ Montaigne redéfinit donc le concept de barbare : l'étrangeté et le jugement de valeur, « chacun appelle (barbarie ce qui n'est pas de son usage) » montre que la barbarie est une attribution

    Montaigne redéfinit donc le concept de barbare : l'étrangeté et le jugement de valeur, « chacun appelle (barbarie ce qui n'est pas de son usage) » montre que la barbarie est une attribution


  • 7/ "Nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes": que signifie la métaphore de la « mire?

    "Nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes": que signifie la métaphore de la « mire?


  • 8/ Montaigne redéfinit le terme de sauvage à l'aide d'une proposition « de même que nous appelons sauvage les fruits »

    Montaigne redéfinit le terme de sauvage à l'aide d'une proposition « de même que nous appelons sauvage les fruits »


  • 9/ "Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ": Montaigne joue t'-il sur le sens polysémique de "sauvage", a t'-il ainsi renversé le rapport de force?

    "Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ": Montaigne joue t'-il sur le sens polysémique de "sauvage", a t'-il ainsi renversé le rapport de force?


  • 10/ « vives et vigoureuses/les vraie et plus utiles/et plus natures/vertus et propriétés ». Quel est l'effet recherché par les couples binaires et l'allitération en "V"

    « vives et vigoureuses/les vraie et plus utiles/et plus natures/vertus et propriétés ». Quel est l'effet recherché par les couples binaires et l'allitération en "V"


  • 11/ « Et si pourtant la saveur et délicatesse se trouve à notre goût excellente » : cette phrase signifie

    « Et si pourtant la saveur et délicatesse se trouve à notre goût excellente » : cette phrase signifie


  • 12/ "Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature". Dans cette phrase, Montaigne

    "Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature". Dans cette phrase, Montaigne


  • 13/ « le nid du moindre oiselet », « la tissure de la chétive araignée", ces exemples montrent

    « le nid du moindre oiselet », « la tissure de la chétive araignée", ces exemples montrent


  • 14/ Platon fait figure d'autorité pour

    Platon fait figure d'autorité pour


  • 15/ « par la nature, par la fortune, ou par l’art », cette pensée de Platon signifie

    « par la nature, par la fortune, ou par l’art », cette pensée de Platon signifie


  • 16/ Que traduit la conjonction de coordination « donc »?

    Que traduit la conjonction de coordination « donc »?


  • 17/ « cette nation » au début du texte devient « ces nations » à la fin du texte, pourquoi?

    « cette nation » au début du texte devient « ces nations » à la fin du texte, pourquoi?


  • 18/ A la fin du texte, l’adjectif « barbare » est ici redéfini

    A la fin du texte, l’adjectif « barbare » est ici redéfini


  • 19/ « ces nations » sont proches de leur « naïveté originelle » signifie :

    « ces nations » sont proches de leur « naïveté originelle » signifie :


  • 20/ La meilleure problématique possible pour ce texte est

    La meilleure problématique possible pour ce texte est


Résultat du quiz

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Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

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