Montesquieu, lettres Persanes, commentaire littéraire, 24, 29, 30, 37, CLXI  étude linéaire, questions de grammaire

Commentaire linéaire Montaigne, les Essais, Cannibales I, 31 et questions de grammaire pour l''oral de français 2021

Le commentaire au bac oral de français 2020 devient linéaire complété par une question de grammaire. Séries générales,technologiques

Montaigne

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  • Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

    Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie      Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.     Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.      Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat. Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments Prolongèrent leur vie. Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.      Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • Quiz 20 questions sur l'étude EAF Des Coches III,6 Montaigne

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, III,6 Des Coches Support : "notre monde vient d'en trouver un autre... en habileté" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) non moins grand, plein et fourni de membres que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettre, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni céréales, ni vignes. Il était encore tout nu dans le giron de sa mère nourricière et ne vivait que par les moyens qu'elle lui fournissait. Si nous concluons bien quand nous disons que nous sommes à la fin de notre monde, et si ce poète fait de même au sujet de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu'entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L'univers tombera en paralysie ; l'un des deux membres sera perclus, l'autre en pleine vigueur. Nous aurons très fortement hâté, je le crains, son déclin et sa ruine par notre contagion et nous lui aurons fait payer bien cher nos idées et nos techniques. C'était un monde enfant ; pourtant nous ne l'avons pas fouetté et soumis à notre enseignement en nous servant de l'avantage de notre valeur et de nos forces naturelles ; nous ne l'avons pas non plus séduit par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et pertinence. La merveilleuse magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en un jardin, étaient excellemment façonnés en or, comme, dans son cabinet, tous les animaux qui naissaient dans son État et dans ses mers ; et la beauté de leurs ouvrages en pierreries, en plume, en coton, dans la peinture, montrent qu'ils ne nous étaient pas non plus inférieurs en habileté.

  • Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle." Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.    

Quiz

Etude linéaire Montaigne, les Essais, Des cannibales, I, 31

Bac de français 

 

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Littérature d'idées séries générales et technologiques

 

 

À l’oral, l’épreuve reste en deux parties

Le commentaire devient linéaire complété par une question de grammaire

À l'issue de son temps de préparation :

1. Le candidat propose d'abord une lecture à voix haute juste, pertinente et expressive du texte choisi par l'examinateur, après l'avoir situé brièvement dans l'œuvre ou le parcours associé. Cette partie est notée sur 2 points ;

2. Le candidat propose une explication linéaire d'un passage d'une vingtaine de lignes, sélectionné par l'examinateur dans le texte, quand celui-ci excède cette longueur. Cette partie est notée sur 8 points.

3. Le candidat répond à la question de grammaire posée par l'examinateur au moment du tirage. Cette partie est notée sur 2 points. La question porte uniquement sur le texte : elle vise l'analyse syntaxique d'une courte phrase ou d'une partie de phrase.

3) Seconde partie de l'épreuve : présentation de l'œuvre choisie par le candidat parmi celles qui ont été étudiées en classe ou proposées par l'enseignant au titre des lectures cursives obligatoires, et entretien avec l'examinateur.

Durée : 8 minutes

Cette partie de l'épreuve, notée sur 8 points, évalue l'expression orale, en réclamant du candidat une implication personnelle dans sa  manière de rendre compte et de faire partager une réflexion sur ses expériences de lecture.

Coefficients

Baccalauréat général : 5

Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre. Séries générales et technologiques, EAF 2021

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

 Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre.

Séries générales et technologiques, EAF 2021

 

Lecture du texte : I, 31

 

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MONTAIGNE Des Cannibales chapitre 31

Montaigne s’intéresse avec curiosité à la découverte de l’Amérique. Il se passionne pour les récits des colons ou des missionnaires et les témoignages directs?: inaugurant un discours d’anthropologue, il décrit la vie des sauvages en s’efforçant de dépasser les préjugés. Non seulement leur civilisation soutient la comparaison avec la nôtre, mais elle remet en question la notion même de civilisation?: les plus barbares ne sont pas ceux que l’on croit?! L’examen de la vie de l’autre, de les relativiser, et autorise ainsi une satire de la société du temps.

Montaigne raconte à la fin du chapitre, sa rencontre avec trois brésiliens présentés à Rouen au roi Charles IX, en 1562.

Trois d’entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connaissance des corruptions de deçà, et que de ce commerce naîtra leur ruine, comme je présuppose qu’elle soit déjà avancée, bien misérables de s’être laissé piper au désir de la nouvelleté et avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre, furent à Rouen, du temps que le feu roi Charles neuvième y était. Le Roi parla à eux longtemps?; on leur fit voir notre façon, notre pompe, la forme d’unie belle ville. Après cela, quelqu’un en demanda leur avis, et voulut savoir d’eux ce qu’ils y avaient trouvé de plus admirable?; ils répondirent trois choses, d’où j’ai perdu la troisième, et en suis bien marri?; mais j’en ai encore deux en mémoire. Ils dirent qu’ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi (il est vraisemblable qu’ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant, et qu’on ne choisisse plutôt quelqu’un d’entre eux pour commander?; secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté?; et trouvaient étrange comme ces moitiés ici nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons.

Je parlai à l’un d’eux fort longtemps?; mais j’avais un truchement qui me suivait si mal et qui était si empêché à recevoir mes imaginations par sa bêtise, que je n’en pus tirer guère de plaisir.

Sur ce que je lui demandai quel fruit il recevait de la supériorité qu’il avait parmi les siens (car c’était un capitaine, et nos matelots le nommaient roi), il me dit que c’était marcher le premier à la guerre?; de combien d’hommes il était suivi, il me montra une espace de lieu, pour signifier que c’était autant qu’il en pourrait en une telle espace, ce pouvait, être quatre ou cinq mille hommes?; si, hors la guerre, toute son autorité était expirée, il dit qu’il lui en restait cela que, quand il visitait les villages qui dépendaient de lui, on lui dressait des sentiers au travers des haies de leurs bois, par où il pût passer bien à l’aise.

Tout cela ne va pas trop mal?: mais quoi, ils ne portent point de hauts-de-chausses?!

 
 

Exemple d'une étude linéaire du texte suivie de la question de grammaire, oral de l' EAF 2021

Nous allons étudier un extrait des Essais, I.31 de Montaigne, Michel de Montaigne est né en 1533-1592, intitulé des cannibales. Les Essais forment un ensemble de 107 chapitres répartis en 3 livres. Montaigne écrit cet ouvrage afin de mieux se connaître, en mettant son jugement à l’épreuve sur toutes sortes de sujets. A la lecture du chapitre 31 du livre I, nous comprenons que les hommes rejettent facilement ce qui ne correspond pas à leurs mœurs. On a ainsi appelé «?Barbares Cannibales?» les habitants du Brésil, qui ne connaissent ni lettres, ni sciences mais qui ignorent aussi les vices. La fin du chapitre inverse cette perspective en présentant 3 brésiliens venus visiter la France et qui ont été choqués par l’inégalité des conditions entre les hommes. Nous nous interrogerons sur la manière dont Montaigne parvient grâce à la vison pure et innocente du barbare à expliquer et à critiquer sa propre société en valorisant les chefs cannibales dans le respect d'une argumentation presque scientifique
 

     Dans ce texte à l'argumentation presque scientifique, Montaigne met en scène une expérience vécue dès la première phrase du texte : « Trois d’entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connaissance des corruptions de deçà » : Il pose le contexte, à savoir que trois de ces hommes du Nouveau Monde est le sujet sur lequel il veut s'attarder. Le terme « deçà » signifie ici «  de notre monde », Montaigne prévoit déjà les mésaventures auxquelles s'exposent ces hommes.

Il s’interroge sur les mœurs des indiens et des Européens - Particulièrement sur la culture : civilisation européenne - Dès les premières phrases, il affirme que la France n’est pas si glorieuse; il sait donner de la véracité au récit car il précise le chiffre « trois », le nombre exact des visiteurs, il s'agit d'une mise en scène d'une expérience vécue. Il anticipe le fait que les hommes du nouveau monde vont être dupés « et que de ce commerce naîtra leur ruine, comme je présuppose qu’elle soit déjà avancée »: le terme « commerce » sous-entend une équité entre les deux groupes, entre le roi et les étrangers, or nous pouvons rapprocher le terme « ruine », qui annonce la suite du segment et confirme notre hypothèse précédente : aux yeux de Montaigne les hommes du nouveau monde vont être dupés. Une autre indication donne de la véracité au récit, la scène est située à Rouen : « bien misérables de s’être laissé piper au désir de la nouvelleté et avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre, furent à Rouen, du temps que le feu roi Charles neuvième y était. » : Outre l'indication spatiale, nous avons l'indication temporelle grâce à la périphrase « du temps que leur feu roi Charles neuvième y était »Nous voyons ici clairement le point de vue de Montaigne, à savoir que pour lui le monde dans lequel vivent ces trois hommes est meilleur que le sien, « la douceur de leur ciel ».

 

     Dans un deuxième temps, Montaigne s'applique à valoriser les chefs cannibales en les assimilant à un peuple de raison dont l'organisation politique fonctionne sans être centrée sur elle-même ou sur un individu.

Montaigne rend compte des événements dont il a été témoin, la ponctuation accentue l'effet de réel, et permet de ne pas mettre en doute la véracité de ses propos. Ce texte est une démonstration, le raisonnement est vigoureux et la ponctuation marque la progression dans la réflexion: «Le Roi parla à eux longtemps?; on leur fit voir notre façon, notre pompe, la forme d’unie belle ville.» Il souligne ici l’intérêt que l'on porte à ces hommes considérés comme sauvages à l'époque. Nous pouvons également remarquer la vision des occidentaux sur leur pays, à savoir que les trois hommes ne peuvent que trouver admirable... Admirable signifie ici remarquable : Nous avons une critique implicite, les français font tout pour éblouir les «sauvages » « Après cela, quelqu’un en demanda leur avis, et voulut savoir d’eux ce qu’ils y avaient trouvé de plus admirable »

Montaigne laisse sous-entendre par le fait d'en être « bien marri », que la réponse de ces hommes n'étaient pas celle escomptée, et qu'il s'en réjouit.« ils répondirent trois choses, d’où j’ai perdu la troisième, et en suis bien marri ; mais j'en ai encore deux en mémoire» La présence du dialogue (paroles rapportées) sonne comme une preuve scientifique car il s’appuie sur des faits réels – La scène est vivante, les paroles rapportées sont fréquentes et rythment le récit. On peut presque l’associer à un scientifique. Il y a dans la réponse des sauvages une critique explicite car en fait, ils n'ont rien trouvé d'admirable

« Ils dirent qu’ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi (il est vraisemblable qu’ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant,  et qu’on ne choisisse plutôt quelqu’un d’entre eux pour commander» :

La critique explicite des sauvages s'expriment encore dans cette phrase par le vocabulaire faussement naïf et par la périphrase, « grands, barbes, forts, armés » pour désigner les Suisses. Par la syntaxe simple, Montaigne fait ressortir l'incompréhension des étrangers, et souligne la différence de mœurs et de cultures. Le rajout grâce aux parenthèses pourrait signifier que Montaigne a analysé la scène de manière ultérieure, preuve qu'il a retravaillé son texte, et par conséquent sa vision quant à cette rencontre. De plus, on peut remarquer que le commandement en tant de guerre est ce qui hiérarchise le peuple de ces hommes. Montaigne valorise les chefs cannibales- Leur organisation fonctionne, elle n'est pas centrée sur elle-même ou sur un individu. Ils font preuve de raison et sont capables de porter un jugement sur la politique européenne : « enfant » = ce n'est pas normal qu'un enfant soit au pouvoir. Une critique des exagérations de la culture des Européens - Montaigne en réalité critique le principe de la monarchie qui se fonde sur l’hérédité à travers ses Essais. Le fait que le fils du roi soit obligatoirement le futur roi. Il critique la société fondée sur le paraître. La critique est ici politique, Montaigne met en avant la situation paradoxale de mettre au pouvoir « un enfant », il remet en question la monarchie héréditaire.

A la critique politique succède la critique sociale. Montaigne dénonce l'injustice sociale. Il y a un réalisme dans la description des pauvres en opposition aux riches « pleins et gorgés ». « secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, »

En énumérant, Montaigne met en valeur les points négatifs qu'ont remarqué les trois hommes, et donc les points qui font que le pays n'est pas « admirable » à leurs yeux, mais incompréhensible. Les indiens sont présentés comme un peuple de raison, ils sont capables de nuancer leurs propos. C'est un peuple de raison qui a un jugement raisonné. Le langage est soutenu, élaboré, recherché. «et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté?»dans cette seconde partie de segment, Montaigne met en opposition les deux remarques faites par ces étrangers. Par le rythme ternaire employé par Montaigne, nous comprenons que chez eux, l'inégalité de richesses n'existe pas. Montaigne critique sa propre culture, il oppose l'orgueil des chefs européens à la simplicité des chefs cannibales car de là vient l'injustice sociale la plus cruelle -

« et trouvaient étrange comme ces moitiés ici nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. » : cette troisième partie de segment marque la fin de la première observation de Montaigne. Montaigne ayant à de nombreuses reprises réfléchi sur les vanités de l'homme, nous pouvons voir que la mentalité de ces trois hommes se rapproche de celle de Montaigne quant à la notion d'égalité et de communauté. Le manque de justice entraîne la révolte.

Il oppose l’intelligence des indiens à la bêtise des européens qui sont trop superficiels et cherchent trop l’apparence et les richesses. ll oppose un monde paradisiaque à un monde de vices.

Montaigne à travers cette valorisation des chefs cannibales critique sa propre culture en opposant deux civilisations

     Déception et frustration de Montaigne, tout d'abord de ne pouvoir communiquer par lui-même avec cet homme (par « truchement », comprenons interprète), la discussion en est biaisée.En effet, si l'on s'attarde sur les termes « si empêché à recevoir mes imaginations par sa bêtise », Montaigne pointe le manque d'ouverture d'esprit dont fait preuve son interprète.

Montaigne développe sa pensée, tel un fil, et fait un lien entre la remarque faite par les trois hommes quant au choix de leur roi, et leur propre culture. « Sur ce que je lui demandai quel fruit il recevait de la supériorité qu’il avait parmi les siens (car c’était un capitaine, et nos matelots le nommaient roi), il me dit que c’était marcher le premier à la guerre» Nous pouvons voir le décalage qui existe entre les deux groupes : pour les uns il n'est que capitaine, signifiant qu'il fait partie de l'équipage et n'est donc pas supérieur hors en rang, et pour les autres, il est leur roi de la même manière que le roi de France. Ainsi Montaigne met en balance deux visions de la hiérarchie, symbolisées par les deux cultures.« de combien d’hommes il était suivi, il me montra une espace de lieu, pour signifier que c’était autant qu’il en pourrait en une telle espace, ce pouvait, être quatre ou cinq mille hommes» Le fait que Montaigne précise cet élément de leur conversation n'est pas anodin, il marque la véracité du propos, et démontre une certaine attache de Montaigne vis-à-vis du mode de vie de ces hommes du Nouveau Monde.

La phrase suivante résume à elle seule les valeurs qu'incarnent ces hommes, et est mise en opposition avec la société dont Montaigne fait partie. On peut alors voir que ces hommes n'élisent pas un roi pour ses richesses etc, mais pour ses qualités : « si, hors la guerre, toute son autorité était expirée, il dit qu’il lui en restait cela que, quand il visitait les villages qui dépendaient de lui, on lui dressait des sentiers au travers des haies de leurs bois, par où il pût passer bien à l’aise. »

La dénonciation de l'ethnocentrisme est concentrée dans la dernière proposition du texte : « Tout cela ne va pas trop mal?: mais quoi, ils ne portent point de hauts-de-chausses?! » : Cette proposition, mise en exergue à la fin du texte, est ponctuée d'ironie satirique de la part de Montaigne, renforcée par une ponctuation forte « ! ». Il faut comprendre que leur vision est meilleure mais qu'ils seront toujours considérés comme « sauvage » tant qu'ils ne rentrent pas dans les codes du pays, ici symbolisés par les « hauts-de-chausses » que portent les gens de la société. L'attitude sectaire des français est dénoncée. Il dénonce l’ethnocentrisme, c'est-à-dire, la croyance que le peuple dont nous faisons partie possède la vérité, la justice et les bonnes mœurs

 

Pour conclure, nous pouvons voir à travers cette lecture linéaire que Montaigne émet une réflexion portant sur la société à travers une observation presque scientifique, dans le sens où il se sert de faits réels, pour en tirer une leçon. Par conséquent,la question du Nouveau Monde provoque un séisme au sein de la société dans laquelle vit Montaigne, l'apprentissage de l'autre étant devenu un cas de société.

 

Ressources Gallica

Les EssaisDes CannibalesDes Coches
Les Essais, exemplaire de Bordeaux
Illustrations des Essais par Gustave Doré
Les vidéos pour la télévision scolaire parlant de Montaigne (Réseau Canopé)
Une vidéo Gallica sur la numérisation des "Essais" de Montaigne
Billet du blog Gallica "Comment Montaigne écrivait ses Essais : l’Exemplaire de Bordeaux"

Questions de grammaire sur Des Cannibales, Montaigne, les Essais. Bac oral de français 2021

Questions de grammaire :

 

Combien de propositions la première phrase comporte t'-elle ?

La première phrase de l'extrait comporte 5 propositions. Nous avons 5 subordonnées incises. L'effet recherché est d'interpeller le lecteur, de l'alerter et de mettre en avant le sens prémonitoire de Montaigne sur le danger à venir.

 

Quel est l’intérêt grammatical pour Montaigne d'utiliser des hyperbates ***1 dans celle-ci ?

L'intérêt pour Montaigne est de relancer la phrase, et par conséquent laisser sa pensée se développer. Montaigne se sert alors de certains procédés grammaticaux afin de préciser sa pensée.

 

*** 1 - L'hyperbate (substantif féminin), du grec huper (« au-delà, au-dessus ») et bainein (« aller ») soit huperbatos (« inversion »), est une figure de style qui consiste à prolonger une phrase que l'on pouvait penser terminée par ajout d'un élément qui se trouve ainsi déplacé.

Questions de grammaires possibles à l'oral du bac de français 2021- CLXI, Lettres Persanes, Montesquieu, Roxane à Usbek - Analyse linéaire syntaxique d'une phrase

 
 

Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

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