Commentaire littéraire Phèdre Racine, la préface et I,3, vers 259-316- parcours théâtre : Passion et tragédie EAF 2020

Roland Barthes, Sur Racine, le monstre.Jean Louis Barrault, Mise en scène de Phèdre- analyse littéraire de la cruauté dans l'oeuvre-généalogie de Phèdre. Etude de la parole et du tragique

Racine

Les scènes d’aveu dans Phèdre de Jean Racine



Acte I, scène 3 (vers
269 à 316)


Phèdre

Mon mal vient de plus loin. A peine au fils
d'Egée Sous ses lois de l'hymen je m'étais engagée, Mon repos, mon bonheur
semblait être affermi, Athènes me montra mon superbe ennemi. Je le vis, je
rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux
ne voyaient plus, je ne pouvais parler, Je sentis tout mon corps et transir et
brûler. Je reconnus Vénus et ses feux redoutables, D'un sang qu'elle poursuit,
tourments inévitables. Par des vœux assidus je crus les détourner : Je lui bâtis
un temple, et pris soin de l'orner ; De victimes moi−même à toute heure
entourée, Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée. D'un incurable amour
remèdes impuissants ! En vain sur les autels ma main brûlait l'encens : Quand ma
bouche implorait le nom de la déesse, J'adorais Hippolyte, et le voyant sans
cesse, Même au pied des autels que je faisais fumer, J'offrais tout à ce dieu
que je n'osais nommer. Je l'évitais partout. O comble de misère ! Mes yeux le
retrouvaient dans les traits de son père. Contre moi−même enfin j'osai me
révolter : J'excitai mon courage à le persécuter. Pour bannir l'ennemi dont
j'étais idolâtre, J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ; Je pressai son
exil, et mes cris éternels L'arrachèrent du sein et des bras paternels. Je
respirais, Oenone ; et depuis son absence, Mes jours moins agités coulaient dans
l'innocence ; Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis, De son fatal hymen je
cultivais les fruits. Vaines précautions ! Cruelle destinée ! Par mon époux
lui−même à Trézène amenée, J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné : Ma blessure
trop vive aussitôt a saigné. Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus toute entière à sa proie attachée. J'ai conçu pour mon crime une
juste terreur. J'ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur ; Je voulais en
mourant prendre soin de ma gloire, Et dérober au jour une flamme si noire. Je
n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ; Je t'ai tout avoué ; je ne m'en
repens pas, Pourvu que de ma mort respectant les approches, Tu ne m'affliges
plus par d'injustes reproches, Et que tes vains secours cessent de rappeler Un
reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

 

La portée du titre de l'oeuvre de RACINE

Découvrez comment exploiter à l'oral et à l'écrit la portée du titre "Phèdre".

PARCOURS RACINE

Découvrez dans cet épisode ce que vous devez retenir du parcours " Passion et Tragédie".

 
 

 

A lire aussi 

La fiche bac sur l'histoire du théâtre 

Le vocabulaire au théâtre

Les fonctions du monologue

 

A consulter 

Autre commentaire du début de l'acte II, Beckett, Oh les beaux jours

Le commentaire littéraire de l'acte I 

Questionnaires bac 2020

Beckett   -   Beckett absurde dossier bac 2020 (596.85 Ko)

Le théâtre de l'absurde 

 

 

I) Phèdre, une héroïne tragique

1. Un amour inévitable
-adjectifs relevant de la fatalité « tourments inévitables », « incurable amour », « remèdes impuissants »
-exclamations de Phèdre contre cette fatalité qui s’abat sur elle « Vaines précautions ! » « O comble de misère ! » « Cruelle destinée »
-adverbes montrant l’inutilité des actions de Phèdre pour lutter contre son amour « En vain »

2. L’omniprésence des dieux
-position en tête de vers et sujet des verbes d’action « Athènes me montra » « elle poursuit »
-mis en valeur par la position juste avant la césure « Je reconnus Vénus »
-mis en valeur par une tournure présentative « c’est Vénus »
-Hippolyte lui-même est considéré comme un dieu « ce dieu » « adorais Hippolyte » « idolâtre »

3. La prise de conscience de la fatalité
-verbes de perception dont les dieux sont compléments « reconnus Vénus »
-Phèdre cherche à lutter contre son destin en faisant une prière aux dieux, lexique des rituels sacrés « bâtis un temple » « orner » ou de la prière « implorais »

II) Phèdre, une héroïne déchirée

1. La tension de Phèdre face à Hippolyte
-rythme ternaire qui provoque une accélération « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »
-champ lexical de la souffrance physique « blessure » « saigné » « victimes »
-sensations de Phèdre « sentis » « transir » « brûler »
-des sens atrophiés « ne voyaient plus » « ne pouvait parler »
-phrases exclamatives « Vaines précautions ! Cruelle destinée »

2. L’absence d’Hippolyte : un soulagement pour Phèdre
-rythme binaire, plus lent
-vocabulaire de la tranquillité « innocence » « moins agités » « coulaient » « ennuis »
-des sens retrouvés « respirais »

3. L’ambivalence du caractère de Phèdre
-antithèses « bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre » « je rougis, je pâlis » « transir et brûler »
-oxymore « flamme si noire » « flamme en horreur »

 

La fatalité de l'amour

Amour qui apparaît comme une force qui aliène Phèdre et qui paraît inexorable.

A - Tentatives de fuite voeux assidus

à toute heure entourée
hyperbole dans la peinture de ses actions pieuses
recours à la religion pour contrer le sentiment

voeux, victimes, les autels
+ valeur des pluriels
échec des diverses tentatives qui paraissent d'autant plus fatales qu'elles sont intenses

+ valeur de l'imparfait *

aspect de répétition ici

bâtit un temple, l'orne, s'entoure de victimes, brûle l'encens
Multiplication, variété des actions

" J'excitai, j'affectai les chagrins, je pressai son exil "
succession de passés simples
Persévérance, détermination vaines

mes cris éternels
Hyperbole + durée
Multiplie les actions pour contrer son amour dans un récit qui, par ses hyperboles, accroît le sentiment de la fatalité car toutes sont vouées à l'échec

Echecs

D'un incurable amour remèdes impuissants !
'exclamation
Inutilité de ces tentatives

résonne douloureusement

Inévitables, incurables, impuissant…
répétition d'adjectif au suffixe négatif : " in "

Chiasme
mime l'enfermement de Phèdre dans cet amour

D'un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens
reprise vocalique des nasales en tête de vers
Accentue échec

D'un incurable amour remèdes impuissants !
Simultanéité de l'action et de l'échec
Ironie du sort (tragique)

Reprise de la lamentation lyrique : échec mis en valeur par la juxtaposition des deux hémistiches évoquant l'action et son inutilité

évitaient/retrouvaient
antithèse encore entre l'action et son échec aux vers 289-290

Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire
Imparfait
laisse prévoir l'échec renouvelé de cette dernière action

 
 

Une tirade émouvante (pitié tragique)

Je reconnus Vénus

d'un sang qu'elle poursuit
Clx divin/hérédité
Phèdre met au compte d'une filiation maudite l'échec de son appel à Vénus

Sa mère qui s'unit à un taureau (union monstrueuse que lui évoque son amour incestueux pour le fils de son mari)

Sa soeur délaissée par Thésée (amour forcément malheureux).

Fatalité acharnement tragique

référence à sa mère

référence à Ariane, sa sœur

feu redoutables/tourments inévitables
rime
Sentiment de la fatalité liée traditionnellement au ressentiment divin qui insiste sur la fatalité qui rend toute action pour contrer la volonté divine et la malédiction vaine

! X 5
Ponctuation expressive
Permet l’identification catharsique

A peine au fils d'Egée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait s'être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi
2 vers ½ = relation paisible et heureuse

1 vers : la rupture
Contraste saisissant : accentue la conscience du malheur

Je reconnus

je crus les détourner

Je cherchais

ma bouche implorait

J'offrais tout

je n'osais
Je l'évitais

j'osai me révolter :
J'excitai mon courage

j’affectai les chagrins

Je pressai

J’ai conçu ...une juste terreur

J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.
Je voulais en mourant

Je n'ai pu soutenir
Nbreux verbes dont Je est le sujet

Nbreuses tentatives combattives
Phèdre se démène sous nos yeux et attire notre pitié

Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Causes de l’aveu
Justification généreuse

Pourvu que de ma mort respectant les approches,
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.
CL mort
Prophétie dénouement certain

Analyse littéraire de la préface de Phèdre de Racine

Moliere

Cours sur le théâtre : les fonctions du monologue

Cours sur le théâtre : les fonctions du monologue Une fonction délibérative - Une fonction explicative - Une fonction introspective  - Une fonction dramatique 

 

Bac 2020

Comment le bac de français 2020 va t'il se passer pour les séries générales?

Comment le bac de français 2020 va t'il se passer pour les séries générales? La réforme du bac 2021 aura ses premiers effets en 2020 avec les EAF. le nouveau bac a quatre objets d'étude.L'écrit comporte un commentaire ou une dissertation. Le coefficient change. Le commentaire devient linéaire +question de grammaire

 

Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

Ajouter un commentaire