Le thème du temps qui passe en poésie

Baudelaire, Ronsard et Philippe de Champaigne, vanité

ChampaigneLe thème du temps qui passe en poésie

Memento mori est une locution latine qui signifie « Souviens-toi que tu mourras ».

Questions sur corpus : séquence "poésie" 

1/pour quelles raisons peut-on rapprocher ces 4 documents? 

2/ comment chaque document représente t'-il le théme du temps qui passe? 

consignes:vos réponses dévront etres rédigés et justifiés par des exemples précis 


Lecture des poésies 

LXXXV - L'Horloge 

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible, 
Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi! 
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi 
Se planteront bientôt comme dans une cible; 

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon 
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse; 
Chaque instant te dévore un morceau du délice 
A chaque homme accordé pour toute sa saison. 


Trois mille six cents fois par heure, la Seconde 
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix 
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois, 
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde! 


Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor! 
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.) 
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues 
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or! 


Souviens-toi que le Temps est un joueur avide 
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi. 
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi! 
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide. 


Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard, 
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge, 
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!), 
Où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!" 

Charles Baudelaire 

Une Charogne 

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, 
Ce beau matin d'été si doux : 
Au détour d'un sentier une charogne infâme 
Sur un lit semé de cailloux, 

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, 
Brûlante et suant les poisons, 
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique 
Son ventre plein d'exhalaisons. 

Le soleil rayonnait sur cette pourriture, 
Comme afin de la cuire à point, 
Et de rendre au centuple à la grande Nature 
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ; 

Et le ciel regardait la carcasse superbe 
Comme une fleur s'épanouir. 
La puanteur était si forte, que sur l'herbe 
Vous crûtes vous évanouir. 

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, 
D'où sortaient de noirs bataillons 
De larves, qui coulaient comme un épais liquide 
Le long de ces vivants haillons. 

Tout cela descendait, montait comme une vague, 
Ou s'élançait en pétillant ; 
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, 
Vivait en se multipliant. 

Et ce monde rendait une étrange musique, 
Comme l'eau courante et le vent, 
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique 
Agite et tourne dans son van. 

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, 
Une ébauche lente à venir, 
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève 
Seulement par le souvenir. 

Derrière les rochers une chienne inquiète 
Nous regardait d'un œil fâché, 
Épiant le moment de reprendre au squelette 
Le morceau qu'elle avait lâché. 

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, 
À cette horrible infection, 
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature, 
Vous, mon ange et ma passion ! 

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces, 
Après les derniers sacrements, 
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses, 
Moisir parmi les ossements. 

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine 
Qui vous mangera de baisers, 
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine 
De mes amours décomposés ! 

Charles Baudelaire 

Sonnet à Hélène 

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, 
Assise auprès du feu, dévidant et filant, 
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : 
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! » 

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, 
Déjà sous le labeur à demi sommeillant, 
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant, 
Bénissant votre nom de louange immortelle. 

Je serais sous la terre, et, fantôme sans os, 
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; 
Vous serez au foyer une vieille accroupie, 

Regrettant mon amour et votre fier dédain. 
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : 
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. 

ronsard,1578(II,43) 

tableau de philippe de champaigne vanité,1646 
huile sur bois le mans , musée de tessé

Champaigne

1/pour quelles raisons peut-on rapprocher ces 4 documents?  2/ comment chaque document représente t'-il le thème du temps qui passe? 

 

Vous pouvez lire aussi un autre corpus 

Plaintes et célébrations poétiques 

QUESTIONS 


1. Quel est le registre commun à ces quatre poèmes ? Quelles caractéristiques de ce registre percevez-vous ? 
2. Montrez comment dans ces quatre poèmes l'évocation de la nature et du paysage favorise l'expression de l'état d'âme du poète. 
 

 

 

 

Question 1 : 

, la thématique est commune, il s'agit de la fuite du temps telle qu'elle transparait dans le genre poétique et pictural. C'est un dénominateur commun mais les représentations sont différentes. Nous avons deux genres artistiques qui nous permettent d'appréhender le temps qui passe irréversiblement et qui nous offre l'image de notre condition humaine fatalement exposée à la vieillesse comme préfiguration de la mort. 

Question 2 : 

Une charogne 

Explication du poème 


Le triomphe de la poesie 

Réflexion sur le temps qui passe et la mort une victoire sur la femme 

v.1 « mon âme » rime avec v.3 « charogne infâme » 

2eme strophe 
Charogne --> femme 
v.5 « jambes en l'air » 
v.7 « ouvrait nonchalante et cynique » 
v.6 « brulante » 
v. 8 « ventre » 

« Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, » 

- Le tiret de Baudelaire suivi de « Et » + adverbe « pourtant » d'opposition 
- Retour au présent d'énonciation : récit du souvenir achevé --> présence du pronom « vous » 

Comparaison cruelle et crue de la femme à la charogne. MAIS la charogne devenu l'objet poétique. 
=> Renouvellement du topos, la femme est ici associé à une charogne tandis que dans la tradition elle est associé à une rose. 

La 2eme partie du poème s'adresse à la femme --> v.37 « ordure », v.38 « horrible infection », v.44 « moisir parmi les ossements », v.45 « vermine » 

Les expressions vocatives très hyperboliques/très laudatives sont noyées dans une évocation macabre et sans pitié du destin de la femme --> contraste choquant, violent. (Près de l'oxymore ou l'antiphrase)

=> Femme apparait vulnérable v.16 « crûtes vous évanouir » 

La puissance de l'art 

Dans la dernière strophe : 

v.45 « dites à la vermine » C'est le seul impératif du poème. Fait écho aux fins des poèmes de Pierre de Ronsard « A Cassandre » et « Quand vous serez bien vielle ». Espèce de moral. 

Apparition à la fin du poème du poète v.47 « j'ai gardé ». Seule fois dans le poème. 
- Verbe au passé composé en opposition avec le futur dont les « vous » 
- connotation de la permanence en opposition avec la mort. 
- COD à périphrase = la femme se conserve grâce a la poésie. 

Globalement une charogne est un poème qui célèbre la poésie. 

=>Analyse sur la charogne 
=>Champ lexical de l'art : - peinture : v.30 « ébauche », v.31 « toile », « artiste » 
- musique : v.25 « étrange musique » 


Le poète gagne l'immortalité spirituelle tandis que la femme est réduite à la terre. 

Le poète s'inscrit tout d'abord dans la tradition des poèmes amoureux à la manière de Ronsard. Il procède donc a une sorte de réécriture. 

En effet, il ne célèbre ni la beauté de la femme, ni celle de la nature mais extrait la beauté de la laideur de la charogne. 

Baudelaire Tire de cette description bizarre un enseignement à la manière du memento mori ; mais cet enseignement est plus esthétique. 

Question : comment ce poème représente t'il le temps qui passe? 

Une charogne parle du temps qui passe car on a le mémento Mori : souviens toi que tu vas mourir et les thèmes de la poésie pétrarquiste, le carpe diem : profite du jour 
A travers le discours de la femme aimée des vers 37 48, Baudelaire rappelle que la mort détruit la beauté : il parle donc de la condition humaine, on peut ainsi faire le lien avec le tableau de vanités. Il y a un décalage avec la poésie traditionnelle, il évoque la puissance de l'art en particulier de la poésie. L'usage du pronom "je" isole le poète, c'est un être à part, il n'est pas soumis à la puissance du temps, il est supérieur. Son essence est divine car il est immortel. 
C'est un apologue de la création poétique, c'est un acte créateur du poète. 
L'art est assimilé à la source de la vie tandis que la vie elle même est synonyme de mort. 
C'est une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort. Thème récurrent en poésie, on le retrouve chez Ronsard. 


tableau de philippe de champaigne 
vanité,1646 
huile sur bois le mans , musée de tessé
 


Le tableau est composé essentiellement de trois éléments à savoir une fleur, un crâne et un sablier. la fleur représente la vie, le crâne, la mort et le sablier le temps. 

Nous avons donc la vie, la mort et le temps qui passe représenté par le sablier ou encore le temps éternel qui recommence sans cesse qui s'écoule. Le sablier incarne donc le temps qui s'écoule sur terre, c'est l'élément terrestre. 

L'homme est incarné par le crane, il est soumis aux lois du temps, destiné à mourir. Le temps qui passe nous ramène à notre mortelle condition irréversiblement. En outre ce tableau reflète l'impuissance de l'homme face à la mort et à la fuite du temps, toujours vainqueur et représenté par le crane qui nous réduit à l'état final de cadavre. 

Question : comment ce poème représente t'il le temps qui passe? 

L'horloge 


L'horloge est le symbole du temps. Nous avons les différentes unités de temps : jour, nuit, heures, minutes, secondes, "l'instant". "Horloge", l'horloge est apostrophée comme un défi lancé contre elle même. Elle représente le temps qui est toujours vainqueur et l'homme qui est vaincu, impuissant face au temps qui passe. Le message est universel : le temps est le symble du drame dont l'homme est le théâtre. 

Question : comment ce poème représente t'il le temps qui passe? 

Ronsard : sonnet à Hélène 


Le poète lance son appel à la jeune femme, « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain : cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ». Il cherche ainsi à insister sur le caractère fugitif de sa beauté, de sa jeunesse et de la vie en général. Cette invitation à l’amour s’appuie donc encore une fois sur le constat du temps qui passe, mais ici le poète fait valoir en plus la puissance de sa poésie qui peut prolonger la beauté en lui donnant une sorte d’immortalité. 

Le carpe diem (cueille le jour) est un motif emprunté au poète latin Horace : c’est une invitation à profiter du moment présent, à suivre les pulsions de sa nature mais sans excès avec équilibre et raison, car il ne s’agit pas de trouver le plaisir à tout prix conformément à la philosophie épicurienne. D’une façon originale, Ronsard mêle deux thèmes connus : le carpe diem d’une part, l’immortalité que prodigue la poésie d’autre part. Le poète évoque sa mort sous ce jour très positif de l’immortalité littéraire de l’artiste. Cependant, il utilise pour séduire un moyen peu fréquent : faire peur à la jeune femme en lui montrant une vision réaliste et angoissante de sa vieillesse, afin qu’elle choisisse les vertus de la poésie pour vaincre le côté éphémère de l’existence. La poésie est donc aussi un appel à vivre le présent pour vaincre la mort

 
 

Date de dernière mise à jour : 22/11/2022

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