Annales bac français 2019 - 2018 à 2002 - Corrigés philosophie 2019 - 2018 à 2010 - EAF 2020 séries générales, technologiques- programme - ressources - Bac 2021 

HLP 2020 - la parole performative, le rapport de la parole à l’être. Platon, le Cratyle et le Sophiste. Justesse des mots, définition du logos

Humanités, littérature, philosophie, nouveau programme bac 2020 Semestre 1 de 1ère : Les pouvoirs de la parole, la vérité et le mensonge dans la parole-le rapport de la parole à l’être

Platon cratyle

 
 

Ressources académiques, HLP = problématisation, séquences

 La théorie platonicienne de la parole dans Phèdre   - Parcours HLP de l'académie de Nancy   -  Problématisation et documents numériques, académie de Bordeaux

Problématisation sur les pouvoirs de la parole, académie de Strasbourg   -  Académie de Lille, ressources les pouvoirs de la parole et les représentations du monde  

Propositions de séquences élaborées par des professeurs de philosophie et de Lettres de l’académie de Versailles 

Philosophie et poésie d’hier à aujourd’hui    -   -Entre Ulysse et Shéhérazade : la parole et le pouvoir

Accords et désaccords : à quelle condition la parole peut-elle créer du lien ? 

Quelle valeur accorder à la parole qui séduit ?   -   - L’exercice de la parole en démocratie

Propositions de séquences élaborées par les professeurs de l’académie de Dijon

- Projet 1
Un premier axe de travail : comment la parole est constitutive d’une identité. Thème abordé : l’autorité de la parole
Un deuxième axe de travail : comment les formes essentielles de la parole (chant, rhétorique, dialogue) correspondent au conflit entre séduction et réflexion, entre désir et raison.
Thèmes abordés : l’art de la parole, les séductions de la parole

- Projet 2
Proposition d’entrée dans le thème des "pouvoirs de la parole " par une réflexion en deux temps : d’abord sur l’amour, puis sur la justice.

Le Cratyle de Platon, les  premiers éléments d’une terminologie constituée dans l’étude du langage

 

Le Cratyle (en grec ancien Κρατύλος / Kratýlos) est un dialogue de logique de Platon portant sur la question de la rectitude des noms. L’œuvre est composée entre le ve et le ive siècle av. J.-C. Il s'agit de savoir si la langue est un système de signes arbitraires ou naturels démontrant une relation intrinsèque avec ce qu’ils représentent. Une grande partie du dialogue est utilisée pour une analyse étymologique.

Socrate examine deux thèses opposées sur la vérité du langage et deux quêtes du sens du mot : celle d’Hermogène, qui soutient que les noms sont justes en fonction d’une convention et celle de Cratyle, qui soutient que les noms sont justes par nature.

 

Vous pouvez également consulter 

Textes de la séquence culture, le langage 

 

Nous allons étudier la dialectique platonicienne à travers le Cratyle de Platon, dialogue consacré à l’étude du langage qui présente en la matière une terminologie constituée. Cet ouvrage met en avant la méthode de la dialectique mais d’une façon différente par rapport aux autres dialogues. Nous retrouvons cependant les notions essentielles comme l’homologia ou assentiment qui traduit l’évidence pour celui qui répond à Socrate qui cherche toujours à faire prendre conscience à son interlocuteur de son ignorance. Il s’opère ainsi le passage d’une ignorance qui s’ignore à une ignorance qui se sait. Nous retrouvons en outre une autre métaphore importante, celle du chemin, l’hodos, celui qui interroge et celui qui répond sont toujours en chemin. Il y a un point de départ et un point d’arrivée. Au point de départ, il faut que Socrate et son enseigné prennent un nouveau chemin de sorte que l’on obtient une composition en étoile. Il est possible que de tous les chemins, aucun ne nous mène à la vérité. L’interrogation maïeutique domine, il s’agit pour le philosophe de faire accoucher les esprits du vide dont-ils sont pleins. Dans un premier temps, nous étudierons l’opposition du jeu et du sérieux tout au long du Cratyle, jeu qui est parfois difficile à différencier de la recherche de la vérité. Puis nous nous concentrerons sur la notion philosophique du dialogue et l’importance de la dialectique platonicienne et sa quête de vérité dans son opposition aux opinions dont on ne peut rendre compte, l’être et son contraire, le paraître.

                                  L’opposition du jeu et du sérieux

Dans tous les dialogues de Platon, cette opposition est presque impossible à distinguer, un jeu sérieux se cache derrière l’apparence du badinage, Platon cherche à faire dire à Socrate quelque chose de sérieux. C’est un jeu qui a un sens. C’est pourquoi il faut accorder une importance à toute chose. Les dialogues dans lesquels on ne se donne pas rendez vous le lendemain n’existent pas, ils sont tous aporétiques, les conclusions appellent toujours une autre question, et c’est un autre dialogue qui tente d’y répondre. Nous retrouvons la définition de la philosophie, les questions sont plus importantes que les réponses. En ce sens, nous pouvons parler d’un jeu très sérieux ce qui fait de Platon le plus grand hypocrite de la littérature philosophique. Sa pensée est exprimée plus ou moins dans le dialogue tout entier, dans chacun des personnages. Mais à partir du Sophiste, Platon n’est plus le porte parole de Socrate. La pensée de Platon a plusieurs voix, celle d’un auteur dramatique et une voix plurielle ainsi que l’affirme Claudel. Si l’on enlève la forme interrogative et l’homologia, il n’y a plus de dialogue. Nous sommes au niveau du dialogue oral, car l’enseignement était oral. La structure platonicienne des dialogues est la copie d’une copie par rapport au modèle un discours raconté est une copie du premier degré etc. l’art est la copie de la copie; le prologue platonicien ne consiste jamais à raconter d’abord l’histoire, c’est l’évènement d’une rencontre. Cratyle et Hermogène opposent des opinions, doxai, qui sont selon Platon, très loin de l’idée car on ne peut pas en rendre compte; l’opinion s’accompagne d’une suffisance intérieure, car elle s’apparaît en elle-même comme sachant. Les interlocuteurs ont chacun une doxa et non une épistémè. Ils n’ont pas d’arguments suffisamment forts pour les confronter. Hermogène est entre deux doxai, il penche plutôt pour une opinion dont il ne peut rendre compte, c’est la situation initiale du dialogue. Il y a donc un conflit de doxai, nous ne sommes pas au niveau de la dialectique au sens platonicien. On se place au niveau du vraisemblable ou du plausible. Chez le penseur, la dialectique ne s’exprime pas en terme de conflit, de confrontation, une doxa ne peut donc remporter sur une autre doxa. Hermogène est conscient de son propre embarras mais pas de son ignorance, il a conscience d’être incliné à croire plutôt ceci que cela sans avoir assez d’arguments pour fonder sa pensée en raison. Il pense que les mots sont l’affaire des hommes, mais il est prêt à se rendre à l’avis de Cratyle. Il demande à Socrate de l’éclairer sur la doxa de Cratyle qui n’a pas non plus une doxa suffisamment construite. Le débat sur le nom commence ainsi. Le Cratyle envisage dans la parole cet instrument qu’est le nom, onoma. Dans le Sophiste, le logos est envisagé comme la proposition, nous avons une la référence à la rectitude du nom, rapport direct du mot à la chose et la droite manière de dire la chose. Par opposition au Sophiste, dans lequel nous avons l’idée d’un entrelacement de mots dans une proposition comme essence du logos avec en modèle de référence, l’art du tissage. La dialectique se définit à partir de ce modèle du tissage dans ces dialogues. Dans le Cratyle, on n’envisage pas encore la proposition. La navette du tisserand deviendra l’organon par excellence ensuite. Ainsi toute la philosophie du logos de Platon est toute entière dans le choix plus tard exprimé de cet exemple, que fait celui qui nomme? Il s’exerce à l’art diacritique, c’est-à-dire, il unit et sépare en référence à la métaphore du tissage qui est freudienne.

 

 
 

double conception du langage dans le Cratyle de Platon - Retour sur la problématique de Cratyle et la justesse des mots

La problématique du Cratyle

La problématique du dialogue n’est pas celle de la justesse ou de la fausseté des mots, celle-ci est élucidée dans le Sophiste. Contre la thèse de Parménide, la thèse du non être est posée. Il s’agit de la problématique suivante, la conformité des mots et des choses. A quelles conditions est il possible de poser un mot sur une chose? C’est la question de ce dialogue le langage est envisagé sous le rapport du mot et de la chose alors que le Sophiste envisage la proposition dans le discours. Le Cratyle est une étude de la dénomination du point de vue de la terminologie constituée, ce dont on parle et ce qu’on en dit. C’est un débat antisophistique et un problème de fondement. Selon lessophistes, un discours ne peut-être faux car, parler signifie dire quelque chose, c’est dire quelque chose qui est et dire quelque chose qui est c’est dire quelque chose de vrai. Il s’agit dans ce texte de démontrer que les dénominations ne sont pas forcément justes contre la thèse de Cratyle. Hermogène postule en faveur de la thèse conventionnelle. Il existe bien une conformité des mots aux choses selon lui mais il s’agit d’un rapport conventionnel, c’est la thèse réfutée par Socrate, selon lui les législateurs auraient pu se tromper; Cratyle postule en faveur de la thèse opposée. Il y a conformité des mots aux choses par nature. Nous avons deux doxai opposées dont ni Hermogène, ni Cratyle ne peut rendre compte. Auparavant, il est dit que la justesse des mots résulte d’une imitation de l’essence des choses. Le nom est imitation vocale de ce qu’on imite et de ce qui’on nomme. Mais les imitations ne relèvent pas de la dénomination. Chaque chose  a une essence, une couleur et d‘autres propriétés. Ainsi, on arrive à la conclusion selon laquelle par la musique, on imite les sons des objets avec des sons et des syllabes qui en saisissent l’être. Il est nécessaire de procéder à la distinction des éléments du discours  et ceux de la réalité. Il faut faire correspondre les éléments aux choses comme le peintre essayera de se faire le plus possible ressemblant aux choses qu’il imite en appliquant les touches de peinture appropriées.

                                    La justesse des mots

Ainsi, les choses transparaissent dans les sons et les syllabes qui les imitent; c’est de cette manière que l’on rendra compte de la justesse des mots donc on arrive à la conséquence suivante, une dénomination est juste lorsqu’elle fait voir ce qu’est la chose. Contre Cratyle, Socrate affirme que les dénominations ne sont pas forcément justes. Selon lui, tous les noms sont justes pourvu qu’ils soient des noms; il ne considère pas que le nomothète puisse être tantôt bon tantôt mauvais, tel le peinte. Toutes les lois sont bonnes et tous les noms sont justes. Et si Socrate refuse le nom d’Hermogène à Hermogène, c’est que celui-ci semble seulement avoir reçu ce nom, qui appartient en réalité à quelqu un d’autre. Il ne porte ce nom qu’en apparence qui  appartient à quelqu’un d’autre dont la nature correspond à ce nom. Ainsi non ne dit pas quelque chose de faux lorsqu’on l’appelle Hermogène mais répond Cratyle, on énonce seulement de vains bruits. La double thèse de Cratyle est la suivante. Il y a une égale valeur des noms et il est impossible de tenir un discours faux car si quelqu’un dit quelque chose comment ce quelque chose pourrait ne pas exister? Il faut remettre en question la définition selon laquelle  une dénomination serait juste lorsqu’elle fait voir ce qu’est la chose correspondante.

Le concept de la mimésis subit une double atteinte. La création du nomothète est imparfaite affirme Socrate car par définition l’imitation est imparfaite. Une imitation parfaite ne peut qu’être faussement attribuée à un objet. Tout comme les peintres peuvent se rapporter de façon inexacte aux choses; on peut se servir mal des noms et parler faux et cette attribution inexacte est possible pour le discours entier.  Ce que sont dans les peintures, les couleurs, les formes, ce sont dans le discours, les noms primitifs, les syllabes, les lettres. Le nom peut être faux par mauvaise attribution et être mal établi. le nomothète peut ainsi que les peintres être bon ou mauvais même en apportant les modifications au mot, suppression, addition, pour qu’il soit autre, on ne parviendrait pas à une concordance complète avec l’objet représenté sinon les images doubleraient les objets de la réalité sensible. L’imitation ne peut rendre toutes les particularités de l’objet. La ressemblance nous renseigne donc sur la dissemblance.

 

    La question du logos platonicien dans le Sophiste - Les deux définitions du logos

Nous allons étudier le logos platonicien d’après le dialogue intitulé le sophiste de Platon. Cet ouvrage analyse l’énoncé du prédicat par opposition à l’étude de la dénomination du cratyle. Le sophiste envisage la proposition dans le logos. Le discours s’oppose au mot, il s’agit de poser la relation entre deux termes, ce dont on parle et ce qu’on en dit. Nous verrons dans un premier temps, la question du logos et donnerons un essai de définition en respectant la démarche méthodologique du philosophe, celle des dichotomies, le fait de séparer les notions à garder et à éliminer de façon à approcher la vérité; en second lieu, nous nous concentrerons sur les deux définitions du logos, le fondement ontologique et  la définition sémiotique de la proposition avec la combinaison des noms et des verbes.

                           La question du logos platonicien

Ce dialogue tente de nous donner une définition du logos  selon une démarche méthodologique précise, celle des dichotomies mise en avant par la métaphore de la pêche et de la chasse afin de connoter les modes de captures et les manières de s’y prendre. Les sophistes sont des chasseurs de jeunes gens bien nés, mais selon Platon, le critère du gain est insuffisant pour distinguer la chasse sophistique. Ils exercent la persuasion par la parole. La sixième dichotomie est la plectique art du tissage, c’est sur le changement de diacritique que l’on rencontre la sophistique, mais en fait la fonction de cet instrument, la diacritique est de cibler le vrai du faux, il faut séparer le semblable du semblable, le meilleur du pire; la cathartique succède à la diacritique, il faut penser pour ou contre. La prétention de l’enseignement universel suppose un savoir universel, ce qui est impossible, ce n’est qu’une prétention sophistique, le sophiste n’est pas un savant mais un imitateur, il fait valoir un art du simulacre. Il est donc impossible de dire le faux selon le sophiste, mais quelle est la nature du jugement faux? Il y a une réfutation de la thèse éléatique selon laquelle l’être est immuable et il ne s’y glisse aucun non être.  La thèse éléatique pose l’absolue unité de l’être par opposition à l’absolue inexistence du non être. Le fait de parler du non être soulève le débat de l’un et du multiple, c’est lui attribuer un nombre, un être; il est de quelque manière. L’opinion fausse ne peut porter sur le non être que s’il est d’une certaine façon. L’être ne peut être un car lorsqu’on le dénomme, l’être et le non être sont deux. Être et non être sont relatifs et non absolus. Les êtres étant multiples, aucune d’eux n’est tout être. Le non être n’est jamais que ce que l’être n’est pas. Se tromper c’est dire d’un être ce qui est le propre de l’autre. Le relativisme est fondé sur l’ontologisme pluraliste par opposition à l’ontologie unitaire de Parménide. Le jugement faux ne porte qu’indirectement sur le non être car il s’agit d’une confusion de deux êtres.

                                Les deux définitions du logos

Nous avons dans un premier temps, une première définition du logos, une combinaison mutuelle des formes contre la thèse idéaliste et matérialiste, c’est le fondement ontologique. Il y a une participation mutuelle des êtres. Le mouvement participe du non être et de l’être. S’il fallait isoler tous les êtres et leur refuser toute participation mutuelle, il n’y aurait pas de discours possible, car il consiste à combiner les êtres les uns avec es autres. C’est l’enchaînement qui rend possible le discours. L’être est la plus universelle de toutes les formes, mouvement repos, le même et l’autre. L’autre participe de l’être et du fait de cette participation est. Il est autre que l’être, c’est un non être. Le  jugement comme réalité de l’âme se situe au niveau du logos et de l’eidos, de l’Idée. C’est la justification ontologique de l’impossibilité du jugement faux.

Dans un second temps, nous avons une définition sémiotique, la théorie des signes de la proposition, combinaison des noms et des verbes, des termes. C’est la combinaison la plus simple. Le point de vue sémiotique sert de réponse à l’objection sophistique de l’impossibilité du jugement faux; le point commun entre Platon et les sophistes est le suivant : l’opinion n’est pas un non être car elle se rapporte à quelque chose. Pour les sophistes, il est impossible de dire le faux car l’objet, tout discours est l’être et dire l’être c’est dire vrai. Dans sa combinaison la plus simple, la proposition est composée d’un nom, d’un verbe. Il ne suffit pas de dire des êtres pour qu’ils soient vrais. Il est nécessaire de ne pas dire de cet être là, ce qui est valable de l’autre. Il y a une vérité entre les éléments du logos, le sujet le prédicat. Pour le sophiste, ou le discours est vrai ou il n’y pas de discours. Il est nécessaire démontrer qu’un discours puisse porter sur des êtres vrais et des êtres faux. La fausseté étant un rapport à des êtres qui existent mais dont les prédicats ne s’appliquent pas aux bons sujets mais à d’autres. Il y a donc une non correspondance, une non coïncidence du logos et de la réalité qui s’exprime au niveau sémiotique  relation sujet et du prédicat. La fonction d’unité et d’identité de l’essence est inscrite dans le nom.

 

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Date de dernière mise à jour : 27/10/2019