HLP en lien avec l’objet d’étude «Les pouvoirs de la parole»: Corneille, Cinna, l’art réglé de la parole et de l’éloquence

Une réflexion sur l’autorité de la parole politique - Les effets de la parole, sa capacité à séduire et à émouvoir

Corneille

CINNA OU LA PAROLE TRAVESTIE

CINNA OU LA PAROLE TRAVESTIE

ÉTUDE D’UNE ŒUVRE INTÉGRALE EN ENSEIGNEMENT D’HUMANITÉS, LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE

FICHE 1 : PRÉSENTATION

En lien avec l’objet d’étude «Les pouvoirs de la parole», le professeur peut faire lire avec profit la tragédie de Corneille, Cinna, en s’intéressant plus particulièrement au personnage éponyme qui cherche à se forger un destin héroïque, afin de se montrer digne de celle qu’il aime, Émilie. La pièce permet, en effet, d’aborder les trois entrées du programme. Pièce des discours, elle s’offre aisément à un travail sur l’art réglé de la parole et de l’éloquence. On peut ainsi montrer comment la rhétorique antique nourrit l’esthétique de l’Âge classique et identifier, par exemple, les genres et les parties du discours à l’œuvre dans les tirades. La pièce se prête également à une réflexion sur l’autorité de la parole politique, sur les stratégies qu’elle déploie mais aussi ses limites, dans cette pièce où les personnages parlent souvent sans être en état d’agir. Elle conduit, enfin, à s’interroger sur les effets de la parole, sa capacité à séduire et à émouvoir, travestissant par là même les desseins véritables des personnages et leur volonté d’emprise et nous amenant à nous interroger sur l’authenticité des motivations affichées.

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Le discours de Cinna n’a-t-il qu’une fonction politique? Qui Cinna cherche-t-il à persuader ici? Qu’est-ce qui permet de fonder l’autorité de la parole d’un personnage?

CINNA OU LA PAROLE TRAVESTIE

ÉTUDE D’UNE ŒUVRE INTÉGRALE EN ENSEIGNEMENT D’HUMANITÉS, LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE

FICHE 2 : UNE RHÉTORIQUE À FONDS MULTIPLES : JEUX ET ENJEUX DE LA PAROLE EN QUATRE ÉTUDES

Texte n°1 : Cinna, acte I, scène 3, v. 157 – 213

Question d’interprétation littéraire

Le discours de Cinna n’a-t-il qu’une fonction politique?

La première apparition du personnage, à l’acte I, scène 3, est marquée par l’enthousiasme de celui qui vient de haranguer les conjurés. Cinna se présente devant Émilie pour lui faire le compte rendu de la conspiration qui s’est réunie pour mettre en place les derniers préparatifs ; il cherche à la rassurer sur l’engagement des conspirateurs. Morceau d’éloquence, la tirade de Cinna déploie l’éthos de celui qui se rêve en héros. Le portrait négatif du tyran laisse la place au récit des guerres civiles qui succèdent à la mort de César, autant de topoï qui visent à exalter la colère des conjurés et peut-être surtout l’admiration d’Émilie, auditrice et spectatrice de ce récit. L’étude de l’extrait visera donc à rendre compte des séductions d’une parole qui prend comme destinataires aussi bien Émilie que les conjurés. Ce double régime de la parole interroge cependant sur le rôle de Cinna et sur son ambition, qui semble être in fine celle de plaire à son amante, qui évoquait déjà à l’acte I, scène 1 «cette sanglante image» que Cinna semble maintenant lui présenter, c’est-à-dire lui rendre présente. D’ailleurs, Cinna n’a-t-il pas avoué au début de cette scène 3 que les conjurés, tout comme lui, semblent «servir une maîtresse»? L’analyse de cet extrait sera dès lors l’occasion de s’intéresser à l’art de la parole comme moyen de séduction puissant, dès lors qu’un même discours parvient à persuader deux publics si différents. Prenant la tête de la conspiration et s’adressant aux conjurés, Cinna a-t-il travesti son discours ou alors le fait-il lorsqu’il vient en faire le compte-rendu à Émilie?

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Texte n° 2 : Cinna, Acte II, scène 1, v. 499 – 517

Question d’interprétation littéraire

Le premier vers de cette tirade propose-il une grille de lecture efficace de l’extrait?

Ce deuxième texte est extrait de l’acte II, scène 1, du vers 499 au vers 517. Cinna est convoqué devant l’empereur, et alors qu’il se pense perdu, Auguste dévoile sa lassitude de régner et lui offre le pouvoir en s’en remettant à ses conseils. Ce dernier, surpris par le discours et la demande d’Auguste, parle le premier et au nom de Maxime, en employant la première personne du pluriel dans sa première tirade. Contre toute logique apparente, car l’abdication d’Auguste permettrait de rétablir la République sans verser de sang, et surtout en totale contradiction avec le ton et le portrait qu’il a dressé d’Auguste à la scène 3 de l’acte I, Cinna presse Auguste de demeurer au pouvoir : son départ ouvrirait une crise de régime, ne manquerait pas de dresser les partisans de l’empire contre les républicains, et plongerait Rome dans la guerre civile. Cependant son discours s’inscrit dans une double démarche : dissimuler ses pensées, afin de préserver son projet d’assassinat, conserver de cette façon l’amour d’Émilie, et en même temps, conseiller habilement l’empereur.

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Texte n° 3 : Cinna, Acte III, scène 2, v. 797 – 830

Question d’interprétation littéraire

Qui Cinna cherche-t-il à persuader ici?

Ce troisième extrait, tiré de l’Acte III, scène 2, des vers 797 à 830, marque une nouvelle étape dans le parcours du héros. La palinodie de Cinna à l’acte II a été une surprise de taille pour Maxime, comme pour le public. Le chef des conjurés a pu s’en expliquer en opposant la vertu du meurtre à la lâcheté de la solution politique que constitue l’abdication. Seul Euphorbe semble voir clair dans ses intentions lorsqu’il déclare à l’acte III, scène 1 : «Il aimerait César, s’il n’était amoureux, / Et n’est enfin qu’ingrat, et non pas généreux.» (v.747-748). Ce jugement sévère s’avère pourtant exact, et la défense de la monarchie semble avoir été le fruit d’une conviction profonde qui met le personnage aux prises avec sa conscience. Rien ne préparait le spectateur à ce renversement, tant la véhémence de Cinna à défendre la République et à réclamer la mort du tyran a occupé les deux premiers actes. Qui plus est cet entretien entre les deux conjurés et les deux amis intervient après qu’ils se sont quittés affermis dans leur volonté d’abattre Auguste à la fin de l’acte II. Comment expliquer dès lors le douloureux dilemme du héros?

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Texte n° 4 : Cinna, Acte V, scène 1, v. 1509 – 1541

Question d’interprétation littéraire

Qu’est-ce qui permet de fonder l’autorité de la parole d’un personnage?

Le dernier extrait, un des plus beaux textes de la pièce, tiré de l’acte V, scène 1, vers 1509 à 1541, propose une relecture du parcours de Cinna qui, malgré ses convictions profondes, s’apprêtait à mener à son terme son projet d’assassinat, puis à se donner la mort, fin classique de tragédie. Le roi et son sujet sont face à face. Après un rappel des nombreux bienfaits dont il avait comblé Cinna, Auguste revient sur le discours que son conseiller lui avait tenu à l’acte II, scène 1, en l’incitant à garder le pouvoir afin d’en dévoiler la malice. La parole travestie est alors démasquée. Tout l’échafaudage rhétorique de Cinna se retourne contre lui dans un morceau d’éloquence qui met en exergue l’absence de mérite du favori et la générosité du roi. Auguste dresse l’éthopée négative d’un héros dégradé qu’on découvre sans qualités. Le discours d’Auguste est marqué par l’indignation de l’empereur, mais ne manque pas de nous émouvoir. N’est-ce pas là précisément ce qui en constitue l’efficacité? La visée de la parole de l’orateur est ici double : abaisser celui qui se rêvait en nouvelle figure de Brutus, et par là même discréditer l’idéologie républicaine, réduite à une compétition d’ambitieux, mais aussi affirmer, par l’autorité de la parole politique, la légitimité d’un pouvoir absolu qui n’est plus la tyrannie sanguinaire décrite au début de la pièce, mais l’incarnation dans un personnage d’un pouvoir qui assure stabilité et ordre dans l’empire.

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Question d'interprétation sur un groupement de textes : Quelle est la qualité la plus importante d’un orateur?

Quelle est la qualité la plus importante d’un orateur?

Ce groupement s’attache à montrer que l’art de la parole n’est pas affaire uniquement de maîtrise de la rhétorique. Celui qui sait bien parler peut convaincre par l’ingéniosité de ses arguments – c’est le travail de l’inventio, l’agencement réussi de son discours – la dispositio, l’emploi érudit des figures de pensée et de mots – l’elocutio, la clarté de son exposé – l’actio, il ne sera pour autant qu’un orateur habile incapable d’atteindre l’éloquence souveraine maîtresse des cœurs. Car le paradoxe réside dans le fait que si l’éloquence est conditionnée par la maîtrise des techniques, elle ne détient un vrai pouvoir qu’à partir du moment où elle met en branle les passions humaines et s’émancipe de la raison. La qualité principale de l’orateur réside donc dans sa capacité à faire naître ce que Marc Fumaroli nomme «la magie du verbe oratoire». L’orateur doit en effet être capable de représenter les passions, c’est-à-dire de le rendre présentes au public en plus de les faire entendre et sentir. La vraie éloquence réside donc dans cette mise en mouvement de la parole propre à agir sur l’âme des auditeurs. Il est dès lors naturel que l’hypotypose en soit la figure reine qui lui donne son énergie. La lecture de ces textes peut prendre place au début ou à la fin de la séquence. Selon le choix opéré par le professeur, les élèves pourront réinvestir les textes lus dans la séquence en vue de discuter ou d’approfondir ces affirmations.

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Question d'interprétation sur un groupement de textes : Ces discours vous semblent-ils nourris de l’art de la parole?

Ces discours vous semblent-ils nourris de l’art de la parole?

La lecture de ce groupement de textes pourra mettre en avant les points communs les plus évidents qui donnent une unité à ce corpus : ils ont été prononcés par des hommes politiques à des moments charnières de l’histoire, guerres et discours d’investiture; ils puisent tous dans les ressources de la rhétorique pour emporter l’adhésion du public car ils cherchent à engager leur auditoire non seulement dans une réflexion sur la situation du pays mais aussi à provoquer une action d’ordre politique : s’engager ou refuser la guerre, accompagner le changement politique en vue de garantir le bien-être de la nation. On s’intéressera alors plus particulièrement aux topoï qui participent à l’efficacité de ces discours par lesquels leurs auteurs tentent d’infléchir le sens de l’histoire, moments vécus comme des véritables kairoï. Ils exploitent pour cela notamment les figures de l’éloquence visant à émouvoir avec le double sens du verbe movere, toucher les sentiments et mettre en mouvement ceux auxquels ces discours s’adressent. On pourra également réfléchir à la manière dont ces textes participent d’un effort de construction de l’éthos de l’orateur, adresses qui cherchent à bâtir la légitimité aussi bien personnelle qu’institutionnelle de leur auteur. Enfin, il sera possible également de mettre en avant les liens étroits entre les genres de la rhétorique, le délibératif et l’épidictique notamment, qui se nourrissent l’un l’autre pour donner naissance à un art de la parole fondé sur la rupture avec le passé, passé qui sert de référence et qui inspire les orateurs.

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Vers le carnet de lecture

Pour vous aider dans votre carnet de lecture, vous pouvez consulter ce document 

FICHE 5 : ACCOMPAGNEMENT DE LA LECTURE

Acte I Acte I, scène 4, vers 259-260

Expliquez les deux vers suivants de Cinna : «Que Rome se déclare ou pour ou contre nous, Mourant pour vous servir tout me semblera doux.» L’action que Cinna va commettre est-elle d’ordre politique ou amoureux? Pensez-vous qu’Émilie aime Cinna? Lequel des deux amants vous paraît le plus sincère à la fin de cet acte?

Acte ll Acte II, scène 1, vers 628-630

Auguste affirme à la fin de cette scène : «Je vois trop que vos cœurs n’ont point pour moi de fard, Et que chacun de vous, dans l’avis qu’il me donne, Regarde seulement l’État et ma personne.» Pensez-vous que le dramaturge met déjà en scène l’intuition politique de l’empereur?

Acte II, scène 2, vers 647

«Quel est votre dessein après ces beaux discours ?» demande Maxime à Cinna. Le spectateur se pose-t-il la même question?

Acte lll Acte III, scène 4, vers 977

«Vous faites des vertus au gré de votre haine» rétorque Cinna à Émilie. Expliquez cette réplique.

Acte lV Acte IV, scène 3, vers 1245-1246

Livie conseille la clémence à l’empereur. Auguste l’écoute avant de lui répondre : «Vous m’aviez bien promis des conseils d’une femme : Vous me tenez parole, et c’en sont là, Madame.» Cette réponse vous semble-t-elle juste?

Acte V Acte V, scène 2, vers 1641

Comment comprenez-vous cette réplique de Cinna : «Mourez, mais en mourant ne souillez point ma gloire»? Que dit-elle des relations entre les deux amants?

Acte V, scène 3, v. 1696

Dans une réplique désormais célèbre, Auguste affirme : «Je suis maître de moi / comme de l’univers». Le parcours de ce personnage dans la pièce confirme-t-il cette assertion

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Question d’interprétation littéraire : Lequel de ces deux discours emporte l’adhésion du spectateur? Maitriser l’art de la parole permet-il de se rendre «maître des cœurs»?

FICHE 6 : PROPOSITION D’ÉVALUATION : CORNEILLE, CINNA, ACTE III, SCÈNE 4, VERS 1111 – 1167

Question d’interprétation littéraire :

Lequel de ces deux discours emporte l’adhésion du spectateur?

Question de réflexion littéraire

Livie affirme à la fin de la pièce en s’adressant à Auguste : «Vous avez trouvé l’art d’être maître des cœurs». Maitriser l’art de la parole permet-il de se rendre «maître des cœurs»?

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Les pouvoirs de la parole

Date de dernière mise à jour : 07/11/2022

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