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Les sujets nationaux du bac de français 2005, série ES, S: objet d'étude, la poésie

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Poésie : Art poétique de Boileau, Les Contemplations de Victor Hugo, Lettre à Paul Demeny de Arthur Rimbaud. Session de juin, séries ES, S

Les sujets du baccalauréat de français 

Métropole 2005 séries ES, S 

 

 

 

Objet d'étude : La poésie. 


Textes 

Texte A - Nicolas Boileau, Art poétique, chant I  (1674)
Texte B - Victor Hugo, Les Contemplations, Livre premier, VII (1856) « Réponse à un acte d'accusation »
Texte C - Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, dite « du voyant » (Charleville, 15 mai 1871).
 

 

En 2004, en métropole les bacheliers ont travaillé sur un corpus de textes, séquence théâtre

Bac 2004, sujets de français, séries ES et S, le théâtre et sa représentation, corpus, Molière, Beckett, Ionesco et Satgé

En 2003, bac métropole session de septembre, les séries ES, S ont travaillé sur le biographique avec Pierre Loti :  Fantôme d'Orient (1891)

Au bac 2002, les bacheliers des séries ES et S, à la session de juin ont travaillé sur un corpus de textes sur l'argumentation, convaincre, persuader, délibérer avec  La Bruyère, Damilaville, Voltaire et Giraudoux 

 


 



Texte A - Nicolas Boileau, Art poétique, chant I  (1674)

  Surtout qu'en vos écrits la langue révérée 
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. 
En vain vous me frappez d'un son mélodieux, 
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux; 
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, 
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme1. 
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin 
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, 
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse; 
Un style si rapide, et qui court en rimant, 
Marque moins trop d'esprit, que peu de jugement. 
J'aime mieux un ruisseau qui sur la molle arène 
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, 
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux, 
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux. 
Hâtez-vous lentement; et, sans perdre courage, 
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : 
Polissez-le sans cesse et le repolissez; 
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. 
C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent, 
Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent. 
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu; 
Que le début, la fin répondent au milieu; 
Que d'un art délicat les pièces assorties 
N'y forment qu'un seul tout de diverses parties : 
Que jamais du sujet le discours s'écartant 
N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant. 
Craignez-vous pour vos vers la censure publique? 
Soyez-vous à vous-même un sévère critique.

1. "barbarisme", "solécisme" : incorrections.



Texte B - Victor Hugo, Les Contemplations, Livre premier, VII (1856) « Réponse à un acte d'accusation »

Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes; 
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes, 
Les Méropes1, ayant le décorum pour loi, 
Et montant à Versaille2 aux carrosses du roi; 
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires3, 
Habitant les patois ; quelques-uns aux galères 
Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas, 
Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas, 
Sans perruque ; créés pour la prose et la farce; 
Populace du style au fond de l'ombre éparse; 
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas4 leur chef 
Dans le bagne Lexique avait marqués d'une F; 
N'exprimant que la vie abjecte et familière, 
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière. 
Racine regardait ces marauds de travers; 
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers, 
Il le gardait, trop grand pour dire : Qu'il s'en aille; 
Et Voltaire criait : Corneille s'encanaille ! 
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi. 
Alors, brigand, je vins; je m'écriai : Pourquoi 
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ? 
Et sur l'Académie, aïeule et douairière5, 
Cachant sous ses jupons les tropes8 effarés, 
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés, 
Je fis souffler un vent révolutionnaire. 
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire. 
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier ! 
Je fis une tempête au fond de l'encrier, 
Et je mêlai, parmi les ombres débordées, 
Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées; 
Et je dis : Pas de mot où l'idée au vol pur 
Ne puisse se poser, tout humide d'azur ! 
Discours affreux ! – Syllepse, hypallage, litote6, 
Frémirent ; je montai sur la borne Aristote7, 
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs. 
Tous les envahisseurs et tous les ravageurs, 
Tous ces tigres, les Huns, les Scythes et les Daces8, 
N'étaient que des toutous auprès de mes audaces; 
Je bondis hors du cercle et brisai le compas. 
Je nommai le cochon par son nom; pourquoi pas ?

1. Personnages de tragédies.
2. L'absence de la lettre "s" est volontaire.
3. Inquiétants.
4. Vaugelas : auteur des Remarques sur la langue française (1647). Il y codifie la langue selon l'usage de l'élite.
5. L'Académie Française, garante des règles; "Douairière" : vieille femme..
6. Figures de style.
7. Aristote, philosophe grec,  avait codifié les genres et les styles.
8. Peuples considérés ici comme barbares.



Texte C - Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, dite « du voyant » (Charleville, 15 mai 1871).

  Trouver une langue;
—  Du reste, toute parole étant idée, le temps d'un langage universel viendra ! Il faut être académicien, —  plus mort qu'un fossile, —  pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l'alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie ! — 
Cette langue sera de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d'inconnu s"éveillant en son temps dans l'âme universelle : il donnerait plus —  que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !
     Cet avenir sera matérialiste, vous le voyez; —  Toujours pleins du Nombre et de l'Harmonie ces poèmes seront fait pour rester. —  Au fond, ce serait encore un peu la Poésie grecque.
     L'art éternel aurait ses fonctions; comme les poètes sont des citoyens. La Poésie ne rythmera plus l'action : elle sera en avant.
    Ces poètes seront ! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme, jusqu'ici abominable, —  lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l'inconnu ! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres ? — Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les prendrons, nous les comprendrons.
En attendant, demandons aux poètes du nouveau, —  idées et formes.



I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

Quelle est la conception de la poésie qui s'exprime dans chacun de ces textes ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

Commentaire

Commentez le texte de Hugo (texte B).

Dissertation
La rébellion contre l'héritage des poètes précédents est-elle indispensable à la création poétique ?
Vous répondrez en vous appuyant sur les textes qui vous sont proposés, ceux que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.

Invention 
À sa parution, le texte de Hugo suscite un vif débat dans la presse. Vous écrivez alors un article polémique, dans lequel vous défendez ou, au contraire, attaquez sa conception selon laquelle la poésie doit employer tous les moyens expressifs qu'elle désire, sans se plier aux règles
 

 
 
 
 

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Date de dernière mise à jour : 05/06/2019