Voltaire, "L'Ingénu" / parcours : Voltaire, esprit des Lumières-La littérature d'idées au bac de français 2021

L'Ingénu, une satire politico-sociale, philosophique et religieuse au bac 2021

Voltaire

 
 

Qu'est-ce qu'un conte philosophique?

Le conte philosophique, genre littéraire né au xviiie siècle, est une histoire fictive, critique de la société et du pouvoir en place pour transmettre des idées, concepts à portée philosophique : mœurs de la noblesse, régimes politiques, fanatisme religieux ou encore certains courants philosophiques. Il reprend la construction du conte et utilise certaines de ses formulations comme "il était une fois", dans le but de se soustraire à la censure qui sévit à cette époque. Il appartient, comme lui, au genre de l'apologue, court récit allégorique et argumentatif dont on tire une morale, et qui regroupe aussi, entre autres, la fable et l'utopie.

Voltaire est le principal représentant de ce genre, CandideMicromégas et Zadig étant ses œuvres les plus représentatives.

Un genre composite

Le conte philosophique est un genre hybride. Les caractéristiques des contes de fées sont détournées et des problématiques philosophiques sont délivrées. Ainsi, dans Candide de Voltaire, les traits traditionnels du conte sont présents : l'action se déroule dans un château, l'époque est indéterminée et les personnages sont nobles pour la plupart. Certaines caractéristiques du roman d'aventures apparaissent également, comme la présence de nombreuses péripéties ou encore de longs voyages. Voltaire écrit ses contes comme des contes traditionnels, mais les modifie à sa manière en y insérant une thèse philosophique; c'est un moyen pour lui de communiquer ses idées. Il y ajoute les procédés du registre comique, comme l'ironie, se rapprochant ainsi parfois du genre de la farce. Une morale et des éléments de la société contemporaine sont aussi présents, pour que le lecteur réfléchisse au conte et à la question qu'il pose. Le conte philosophique comprend également certains attributs du genre picaresque, comme le fait que le héros traverse plusieurs classes sociales, ou encore que les sentiments élevés, comme l'amour, sont tournés en dérision.

Un genre parodique

Le conte philosophique tire la plus grande partie de sa structure des contes, mais il parodie ce genre en exagérant certaines de ses caractéristiques. Il comporte généralement des aspects merveilleux comme des personnages qui meurent, puis reviennent à la vie sans plus d'explication, alors que d'autres meurent définitivement. De plus, les personnages sont souvent caricaturaux : ils sont définis par un seul trait de caractère. Ainsi, le personnage de Candide peut être compris simplement par son nom. Mais l'univers est réel et se confronte souvent avec la société contemporaine de l'auteur. Ce décalage est créé par la parodie, un artifice littéraire qui utilise le détournement, l'inversion, la réduction, l'amplification, l'anachronisme et les jeux de mots, en détournant les règles du genre parodié. Ainsi, dans Candide, Voltaire fait un jeu de mot sur l'intitulé de la philosophie du personnage de Pangloss qu'il nomme la "métaphysico-théologo-cosmolonigologie"

Un genre satirique

Le conte philosophique utilise souvent la satire comme procédé littéraire. En effet, la satire est un bon moyen de dénonciation et de critique de la société. La satire s'appuie sur de nombreuses techniques comme la caricature, l'ironie et l'humour noir. La caricature permet en effet au lecteur de rire en lui fournissant une image exagérée de la réalité, c'est le but même de la littérature satirique. C'est par ce procédé que Voltaire critique la noblesse très présente dans Candide. Il y dénonce également la pensée de certains philosophes. Par exemple, Pangloss est une caricature du philosophe allemand Leibniz. L'humour noir fait aussi passer de nombreuses choses ignobles et immorales qui ont alors l'air tout à fait banales. Par exemple, dans le chapitre 9 du même ouvrageVoltaire écrit : "On enterre monseigneur dans une belle église, et on jette Issachar à la voirie"

Un genre argumentatif

Le conte philosophique doit sa notoriété à Voltaire dont les essais sont rendus concrets par le biais des personnages et de l'utilisation des registres comiques ou encore satiriques. L'argumentation a toujours été liée à la littérature : la légèreté du récit permet de toucher un plus grand nombre de lecteurs et donc de diffuser les thèses des philosophes. Le but de l'argumentation est de présenter de manière constructive le développement de certaines idées ou avis, à l'aide d'arguments. Pour défendre les idées des Lumières, "les thèmes des écrits étaient fictifs car la fiction séduit le lecteur et fonctionne comme un appât : elle ensorcelle par le récit, la moralité (ou la thèse défendue) devient ainsi plus «digeste»". Tout texte comporte un thème, c'est-à-dire un sujet qu'il traite. Mais le texte argumentatif comprend aussi une thèse, c'est-à-dire un avis, un jugement qu'un locuteur défend. Il faut donc identifier (et distinguer) le thème et la thèse. À la thèse soutenue par l'auteur s'oppose la thèse adverse, ou thèse réfutée. Dans Candide de Voltaire, Pangloss est l'incarnation de la pensée de Leibniz dont la thèse est attaquée par l'auteur durant tout le récit. Afin de défendre sa thèse, l'auteur du texte emploie des arguments : idées, causes, références. Il les appuie et les rend plus concrets grâce à des exemples. Le conte philosophique est obligatoirement un texte d'argumentation indirecte, c'est-à-dire que le récit et les situations peuvent séduire le lecteur mais la leçon que délivre le texte (implicitement ou explicitement ) doit l'instruire en lui délivrant un contenu moral. Au lieu de procéder à une démonstration fondée sur l'alternance d'arguments et d'exemples, l'auteur choisit, grâce à ce genre, de convaincre le lecteur par l'intermédiaire d'une histoire qui sert d'argument unique et d'exemples longuement développés.

 

 

Voltaire

Peut-on considérer l'Ingénu de Voltaire, comme une satire politico-sociale, philosophique et religieuse? Littérature d'idées EAF 

Dans quelle mesure peut on considérer l'Ingénu de Voltaire, comme une satire politico-sociale, philosophique et religieuse ? Littérature d'idées au programme du bac de français 2021 - Autre dissertation sur les oeuvres " En quoi le Détour par l'Autre est-il un bon moyen de dénoncer les travers de notre société ?

Les Sélections de Gallica "Pensée politique du siècle des Lumières"

  • PREMIÈRE - ÉTUDE DE LA LANGUE : LES SUBORDONNÉES CONJONCTIVES COMPLÉMENTS CIRCONSTANCIELS : CAUSE ET CONSÉQUENCE / L’INGÉNU DE VOLTAIRE
 
 

L’Ingénu est une œuvre de Voltaire parue en 1767, étiquetée généralement comme conte ou roman philosophique. Voltaire y raconte les aventures d’un Huron (« l’Ingénu ») qui, arrivé en France, regarde la vie française avec candeur, innocence et naïveté. Il est engagé dans une histoire d'amour et se trouve confronté à de multiples difficultés face aux pouvoirs religieux et tyranniques du siècle de Louis XIV.

L'œuvre tient à la fois de l’apologue et du conte philosophique par les thèmes abordés comme la vérité dogmatique opposée à la raison ou l'état de nature. Elle relève aussi du conte satirique par la dénonciation des abus de pouvoir avec l'embastillage et la contrainte religieuse, ainsi que la critique sociale avec la justice bafouée, l'administration lente, inefficace et corrompue. L'œuvre relève également du roman : roman d'apprentissage, et surtout du roman sensible qui différencie L'Ingénu des autres contes de Voltaire par le traitement dramatique et émouvant des thèmes de l'amour contrarié et du destin funeste de l'amoureuse, âme pure victime de l'immoralité des puissants. Voltaire présente l'histoire comme « véritable » et l’attribue au père Quesnel, un janséniste (ce qui est particulièrement ironique, au vu de ce que l’ouvrage rapporte).

 

 

A  consulter, la littérature d'idées, bac de français 2021

Le mythe du bon sauvage, Diderot, le Supplément au voyage de Bougainville   -  Autre analyse 

Saint John Perse, commentaires littéraires, "Le mur", Image à Crusoé, et "Vendredi" Éloge. Version du mythe du bon sauvage.

Le siècle des lumières   -  Questionnaire sur le siècle des lumières

Questionnaire sur Voltaire et l'Ingénu

 

 

L’Ingénu

L’Ingénu est un indigène du Canada (un Huron), qui débarque en Bretagne, à la baie de Saint-Malo. Il fait tout de suite connaissance avec les Kerkabon, qui le logent et en quelque sorte, l’adoptent. En effet, l’abbé de Kerkabon découvre qu’il est son oncle. L’Ingénu est un Huron ayant de nombreuses qualités malgré une éducation limitée (en écho au mythe du bon sauvage) et surprend par son charisme, lequel fera succomber Mlle de Saint-Yves. Mais l’amour entre ces deux protagonistes est impossible. En effet, Mlle de Saint-Yves, doit être la marraine de l’Ingénu quand il sera baptisé, ce qui, selon les préceptes catholiques, entraîne un interdit. Cet amour impossible conduira Mlle de Saint-Yves à mourir tragiquement.

L’Ingénu est un conte philosophique. Dès le début de l’œuvre, le personnage éponyme avoue à ses proches qu’il « dit et fait tout ce qu’il pense ». Mais au fur et à mesure de l’œuvre, l’Ingénu va acquérir une véritable connaissance de l’escroquerie et pourra adopter un comportement totalement autonome ; l’éducation qui lui faisait défaut est acquise au contact de Gordon, et la fusion de qualités innées et des connaissances acquises feront de lui « un guerrier et philosophe intrépide » (chapitre XX).

La domination du pouvoir politique

L’influence des jésuites sur le pouvoir politique et sur Louis XIV est soulignée par les actions du père de La Chaise, confesseur de Louis XIV. Celui-ci est présenté au chapitre viii comme le responsable de la persécution des protestants, mais également au chapitre ix comme un des responsables de l’incarcération de l’Ingénu à la Bastille, à la suite de la réception d’une lettre par un de ses espions, lui aussi jésuite et présenté au chapitre viii, qui aperçoit l’Ingénu avec des protestants

La critique de la doctrine janséniste

Elle est annoncée par l’attribution de L’Ingénu à un janséniste par Voltaire. En effet, outre les nombreux sous-entendus grivois que l’œuvre contient, qui ridiculisent son auteur prétendu, la critique du jansénisme, illustrée par la « conversion » de Gordon par l’Ingénu, est en totale opposition avec les opinions de l’auteur apocryphe.Si la rencontre fortuite à la Bastille entre Gordon et l’Ingénu place celui-ci en position d’élève et celui-là en position de maître, leur relation va progressivement s’équilibrer dans une amitié réciproque, voire par moments s’inverser ; l’Ingénu, dont l’esprit est clair et pur, remet en cause les préjugés de la pensée de Gordon avec une naïveté lui conférant une clairvoyance inouïe.

Plus largement, l’Ingénu, en prison avec Gordon, va évoluer (on retrouve ici une idée de roman d'apprentissage) et, ce faisant, va remettre en cause de nombreuses conceptions du monde. L’Ingénu, comme Candide dans le roman éponyme (« Il faut cultiver notre jardin. »), préfère l’action concrète à une spéculation métaphysique et philosophie vaine que Gordon incarne, et qu’il finit par renier.

« Serait-il bien vrai, s’écria-t-il, que je me fusse rendu réellement malheureux pour des chimères ? Je suis bien plus sûr de mon malheur que de la grâce efficace. J’ai consumé mes jours à raisonner sur la liberté de Dieu et du genre humain; mais j’ai perdu la mienne; ni saint Augustin ni saint Prosper ne me tireront de l’abîme où je suis. » (Gordon, chapitre xiv)

De même, cette philosophie vaine apparaît comme bien futile comparée à des problèmes bien plus immédiats.

« L’absence augmente toujours l’amour qui n’est pas satisfait, et la philosophie ne le diminue pas. » (chapitre xiv)
 

La critique de la hiérarchie sociale

La cour et l’administration versaillaise, dans tout leur arbitraire et leur injustice, sont également critiquées par l’Ingénu, notamment par le chapitre ix. Le garde que l’Ingénu a rencontré alors qu’il souhaitait s’entretenir avec le roi, par un raisonnement strict tournant vers l’absurde, descend dans la hiérarchie et empile les intermédiaires (il faut parler au premier commis de M. Alexandre, premier commis de Mgr de Louvois représentant Sa Majesté ; on note la récurrence de l’expression « C’est comme si vous parliez à… » ainsi que l’ironique « Ils vont donc chez ce monsieur Alexandre, premier commis, et ils ne purent être introduits; il était en affaire avec une dame de la cour, et il y avait ordre de ne laisser entrer personne. » qui préfigure les péripéties à venir). Et, comble de l’absurde et de la disproportion, pendant que l’Ingénu victorieux contre les Anglais tente de trouver son chemin dans ce labyrinthe, deux lettres, arrivées à peu près en même temps que l’Ingénu (« L’Ingénu et la lettre arrivèrent presque en même temps à Versailles. », chapitre viii) font en un paragraphe ce que l’Ingénu, en un chapitre, n’aura pas réussi à faire.

« Ce même jour, le révérend père La Chaise, confesseur de Louis XIV, avait reçu la lettre de son espion, qui accusait le Breton Kerkabon de favoriser dans son cœur les huguenots, et de condamner la conduite des jésuites. Monsieur de Louvois, de son côté, avait reçu une lettre de l’interrogeant bailli, qui dépeignait l’Ingénu comme un garnement qui voulait brûler les couvents et enlever les filles. » (chapitre ix)

De même, la corruption, au travers du personnage de Saint-Pouange, libertin débauché qui obtiendra cependant une rédemption symbolique à la fin du chapitre xx, est critiquée ; la cour est vue comme pervertissant et ignorant le héros et l’héroïne, purs et braves, pour mieux prêter attention aux personnages vils.

D’autres critiques ponctuelles émaillent L’Ingénu : par exemple, dans une logique de règlement de comptes, Voltaire s’en prend aux geôliers de la Bastille auxquels il a personnellement eu affaire, au chapitre xviii.

« Son cœur n’était pas endurci comme celui de quelques honorables geôliers ses confrères, qui, ne pensant qu’à la rétribution attachée à la garde de leurs captifs, fondant leurs revenus sur leurs victimes, et vivant du malheur d’autrui, se faisaient en secret une joie affreuse des larmes des infortunés. » (chapitre xviii)

Il citera aussi un de ses poèmes épiques, La Henriade, dans cette optique de critique, en parlant de la Bastille.

« De cet affreux château, palais de la vengeance,
Qui renferma souvent le crime et l’innocence. » (chapitre xviii)
 

La critique de l’ethnocentrisme

La curiosité malsaine vis-à-vis de l’Ingénu est critiquée par la naïveté des personnages l’incarnant, notamment dans les premiers chapitres de l’œuvre.

« L’abbé de Saint-Yves […] lui demanda laquelle des trois langues lui plaisait davantage, la huronne, l’anglaise ou la française. — La huronne, sans contredit répondit l’Ingénu. — Est-il possible ? s’écria mademoiselle de Kerkabon ; j’avais toujours cru que le français était la plus belle de toutes les langues après le bas-breton. »

Par ailleurs, l’éducation provinciale transmettant des préjugés est remise en cause au chapitre xviii (« Ce n’était plus cette fille simple dont une éducation provinciale avait rétréci les idées. »). Ces mêmes préjugés seront critiqués par l’Ingénu lors de ses discussions avec Gordon, ou directement par le narrateur (chapitres x, xi et xiv).

La critique de la persécution des protestants

Le récit se déroulant en 1689 (quoiqu’il ait été écrit bien plus tard), il s’inscrit dans les années suivant l’édit de Fontainebleau, marquées par une persécution des protestants. Celle-ci, dépeinte dans l’œuvre par souci de vraisemblance, permet également à Voltaire de s’exprimer en un plaidoyer en faveur de la liberté de culte, rendu nécessaire par le fait que cette persécution soit, lors de l’écriture du récit, toujours d’actualité. Ainsi, au chapitre viii, l’Ingénu rencontre des Huguenots, et l’un de ces derniers formulera alors un réquisitoire contre leur persécution, et plus exactement contre les jésuites, perçus comme en étant la cause (et notamment le père de La Chaise).

C'est un conte philosophique

Un conte philosophique est donc une histoire fictive, inventée par l’auteur dans le dessein de se livrer à une critique de la société. Ce texte est écrit sous la forme d’un conte afin d’échapper à la censure. Il comprend :

un récit fictif, plaisant qui vise à amuser/distraire le lecteur ; une leçon morale ou philosophique : cette leçon peut être implicite ou bien explicite.

 

Voltaire remet en cause notamment l'arbitraire des textes religieux à travers les questions un peu naïves posées par l'ingénu au moment de le faire chrétien. Il ne comprend pas l'utilité des rites religieux. Dans chaque conte de Voltaire, on observe un glissement « de la quête à l'enquête », pour reprendre l'expression de Pierre Cambou, enquête morale, religieuse, sociale, économique et politique. Le conte voltairien veut donc distraire et plaire mais il veut aussi — et c'est la que réside sa dimension philosophique — faire réfléchir son lecteur.

Le conte philosophique sollicite à la fois l’imagination et la raison.

 

Le roman d'apprentissage

L'ingénu est un personnage qui a soif de connaissance. Lors de son emprisonnement à la Bastille (chapitre X); il fait la rencontre de Gordon qui lui apprend les sciences humaines et un peu de philosophie. Mais le véritable but de ce roman d'apprentissage est de montrer qu'il est plus facile d'apprendre en prison. En effet à cette époque de nombreux philosophes sont embastillés parce qu’ils font part de leur idées révolutionnaires, souvent dirigées contre la société (Voltaire a fait de la prison). Tous ces écrivains ont une arme que les hommes politiques n'ont pas : une plume.

L’amélioration des personnages par l’expérience est exprimée pour Mlle de Saint-Yves au chapitre xviii : « Son aventure était plus instructive que quatre ans de couvent. » - en critiquant au passage l’éducation religieuse, et avec une critique quelques lignes plus haut de l’éducation provinciale.

Cet enrichissement par l’expérience s’oppose aux spéculations inutiles et improductives de Gordon.

Par ailleurs, L’Ingénu peut être, par sa morale et sa progression narrative, rattaché à l’empirisme ; en effet, en passant du conte irréel, idéal et invraisemblable au roman réaliste et concret, Voltaire s’inscrit dans la réalité sociale. Les personnages de L’Ingénu trouvent, finalement, leur place dans la société - Source

 

Dissertations sur des oeuvres au programme

Date de dernière mise à jour : 16/09/2020

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