Commentaire littéraire Molière, Le Malade imaginaire, III, 14. Programme bac 2023, Théâtre, parcours : spectacle et comédie

il s’agit, dans cet extrait, du dénouement de la pièce. C’est un dénouement heureux puisqu’il s’agit d’une pièce comique.

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Exercices bac français Molière Le Malade imaginaire parcours spectacle et comédie.Evaluez votre niveau, testez vos connaissances

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Exercices bac français Molière Le Malade imaginaire parcours spectacle et comédie.Evaluez votre niveau, testez vos connaissances

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Dissertation sur une oeuvre au programme du bac 2022- la portée du titre de l'oeuvre de Molière-comprendre le parcours spectacle et comédie

Dissertation :  Entraînez-vous 

Molière affirme “La comédie n'est faite que pour être vue” mais, de son côté, Henry de Montherlant déclare que “voir n'est pas lire, et seul le volume compte”. Etudiez ces deux opinions en les appliquant au Malade Imaginaire de Molière.

Molière, Le Malade imaginaire, III, 14

BÉRALDE.- Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut.

TOINETTE.- Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt ; et il n’y a point de maladie si osée, que de se jouer à la personne d’un médecin.

ARGAN.- Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d’étudier ?

BÉRALDE.- Bon, étudier. Vous êtes assez savant ; et il y en a beaucoup parmi eux, qui ne sont pas plus habiles que vous.

ARGAN.- Mais il faut savoir bien parler latin, connaître les maladies, et les remèdes qu’il y faut faire.

BÉRALDE.- En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela, et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

ARGAN.- Quoi ? l’on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là ?

BÉRALDE.- Oui. L’on n’a qu’à parler ; avec une robe, et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

TOINETTE.- Tenez, Monsieur, quand il n’y aurait que votre barbe, c’est déjà beaucoup, et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.

CLÉANTE.- En tout cas, je suis prêt à tout.

BÉRALDE.- Voulez-vous que l’affaire se fasse tout à l’heure ?

ARGAN.- Comment tout à l’heure ?

BÉRALDE.- Oui, et dans votre maison.

ARGAN.- Dans ma maison ?

BÉRALDE.- Oui. Je connais une Faculté de mes amies, qui viendra tout à l’heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.

ARGAN.- Mais, moi que dire, que répondre ?

BÉRALDE.- On vous instruira en deux mots, et l’on vous donnera par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous-en vous mettre en habit décent, je vais les envoyer quérir.

ARGAN.- Allons, voyons cela.

CLÉANTE.- Que voulez-vous dire, et qu’entendez-vous avec cette Faculté de vos amies... ?

TOINETTE.- Quel est donc votre dessein ?

BÉRALDE.- De nous divertir un peu ce soir. Les comédiens ont fait un petit intermède de la réception d’un médecin, avec des danses et de la musique ; je veux que nous en prenions ensemble le divertissement, et que mon frère y fasse le premier personnage.

ANGÉLIQUE.- Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père.

BÉRALDE.- Mais, ma nièce, ce n’est pas tant le jouer, que s’accommoder à ses fantaisies. Tout ceci n’est qu’entre nous. Nous y pouvons aussi prendre chacun un personnage, et nous donner ainsi la comédie les uns aux autres. Le carnaval autorise cela. Allons vite préparer toutes choses.

CLÉANTE, à Angélique.- Y consentez-vous ?

ANGÉLIQUE.- Oui, puisque mon oncle nous conduit.

Cette scène est une scène d’initiation qui révèle le pouvoir de Béralde- Le carnaval, préparation du divertissement final qui fera d’Argan un roi de Carnaval

Molière, Le Malade imaginaire, III, 14, 1673
 
« BÉRALDE.- Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut. … ANGÉLIQUE.- Oui, puisque mon oncle nous conduit. »
 
Introduction
 
Il ne faut pas oublier de rappeler qu’il s’agit, dans cet extrait, du dénouement de la pièce. C’est un dénouement heureux puisqu’il s’agit d’une pièce comique. Mais la possibilité d’un dénouement moins heureux existait…
Nous aurions pu développer d’autres axes de lecture, notamment celui du comique, ou celui de la critique de la médecine. Nous insisterons sur deux autres axes moins communs. Cette scène est une scène d’initiation qui révèle le pouvoir de Béralde, véritable maître de cérémonie, mais cette scène est aussi la préparation du divertissement final qui fera d’Argan un roi de Carnaval malgré lui.
 
Points importants soulignés pendant l’analyse faite en classe :
 
1 Béralde, maître du jeu
 
a) Argan, jusqu’ici au centre de la pièce, cède sa place à son frère Béralde qui jusqu’à présent incarnait le personnage raisonnable de la pièce. C’est lui qui ne croit pas qu’un homme puisse en soigner un autre.
Béralde ne croit plus que l’argumentation raisonnable puisse convaincre Argan, et, comme Toinette, il va organiser une « comédie » ou un « divertissement ». Argan va devenir, malgré lui, un personnage comique que manipule ce nouveau metteur en scène.
 
Béralde prend ainsi l’initiative :
 
« Mais, mon frère, il me vient une pensée… »
 
Ce « mais », connecteur logique d’opposition, marque ici une rupture et une prise de décision soudaine. Béralde va, à partir de ce « mais », mener le jeu. Il organise l’initiation et calme les inquiétudes de l’initié qui veut devenir médecin. L’initiation est plus simple qu’il ne croit. L’instruction est rapide et point n’est besoin d’être très savant :
 
« Vous êtes assez savant … vous apprendrez tout cela… On vous instruira en deux mots… . On vous instruira en deux mots, et l’on vous donnera par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous-en vous mettre en habit décent, je vais les envoyer quérir.»
 
 Argan cède vite à son frère qui le conduit et le mène, comme une sorte de guide, vers son nouvel état. L’initié finit naturellement par s’abandonner entre les mains du maître :
 
« ARGAN.- Allons, voyons cela. »
 
Remarquons qu’Argan a d’autant moins du mal à se laisser conduire par son frère qu’il croit à la magie de la médecine. Inutile d’apprendre vraiment. Quelques accessoires, quelques mots latins vont suffire. Béralde le convainc facilement qu’une robe, un chapeau, quelques mots latins suffisent à l’initiation.
 
«  Béralde - En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela, et vous serez après plus habile que vous ne voudrez. »
 
b) Argan n’est pas le seul à confier son sort à Béralde. Angélique et Cléante suivent, eux aussi, ses directives. Véritable maître de cérémonie, son autorité est indiscutable puisqu’il est le seul à les libérer de la tutelle du père.
 
« CLÉANTE.- En tout cas, je suis prêt à tout. »
 
« CLÉANTE, à Angélique.- Y consentez-vous ?
ANGÉLIQUE.- Oui, puisque mon oncle nous conduit. »
 
c) Enfin, seule Toinette paraît échapper à son influence. Mais pourtant elle lui abandonne aussi le pouvoir qu’elle exerçait sur son maître. Elle se place à ses côtés pour le seconder. Elle participe ainsi au jeu de l’initiation en appuyant les recommandations de Béralde :
 
« Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt … »
 
Elle aussi apaise Argan pour mieux le tromper.
 
« Tenez, Monsieur, quand il n’y aurait que votre barbe, c’est déjà beaucoup, et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin. »
 
Argan, convaincu par Béralde et Toinette va se laisser faire et devenir le « héros » comique du divertissement final, ignorant à quel point il est manipulé. Et ainsi ce malade devenu médecin va laisser les jeunes gens se marier.
 
2 Le carnaval
 
Le Malade imaginaire est une pièce écrite pour le carnaval de 1673. Le Carnaval est un moment de fête qui a lieu juste avant le début du Carême. Pendant le Carême, plus de viande (Carne vale : la viande qui s’en va), on fait pénitence pendant 40 jours avant de fêter Pâques. Les fêtes du Carnaval sont l’occasion de faire, une dernière fois, les fous, de se déguiser et de braver les interdits. N’oublions pas que la pièce de Molière est une comédie-ballet, un spectacle complet, où l’on danse et on joue la musique de Marc-Antoine Charpentier .
 
« Marc-Antoine Charpentier, né à Paris en 1643 et mort à Paris le 24 février 1704, est un compositeur et chanteur baroque français. […]En 1672, Molière se brouilla avec Lully. Il proposa à Charpentier de remplacer ce dernier pour composer la musique de ses comédies-ballets au Théâtre-Français. C'est ainsi que Charpentier composa de la musique pour les entractes de Circé et d'Andromède, ainsi que des scènes chantées dans le Mariage forcé, puis Le Malade imaginaire.» 
 
 
Molière termine donc sa pièce par une fête. Des comédiens invités vont se mêler aux personnages de la pièce. Tous se déguisent et vont jouer une dernière farce avant la fin. Les spectateurs, mis dans la confidence par le jeu de la double énonciation, vont aussi s’amuser :
 
« TOINETTE.- Quel est donc votre dessein ?
BÉRALDE.- De nous divertir un peu ce soir. Les comédiens ont fait un petit intermède de la réception d’un médecin, avec des danses et de la musique ; je veux que nous en prenions ensemble le divertissement, et que mon frère y fasse le premier personnage. »
 
Mais le « divertissement » proposé est un divertissement assez cruel pour celui qui en fait les frais. Angélique est inquiète du sort qu’on réserve à son père :
 
« ANGÉLIQUE.- Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père. 
BÉRALDE.- Mais, ma nièce, ce n’est pas tant le jouer, que s’accommoder à ses fantaisies. Tout ceci n’est qu’entre nous. Nous y pouvons aussi prendre chacun un personnage, et nous donner ainsi la comédie les uns aux autres. Le carnaval autorise cela. Allons vite préparer toutes choses.»
 
Béralde rassure Angélique en lui disant qu’il ne veut pas le « jouer », c’est-à-dire le tromper, mais « s’accommode à ses fantaisies ». Une manière polie de faire remarquer qu’il est peu accessible au raisonnement. Mais la crainte d’Angélique nous fait souvenir que, pendant le Carnaval, on promenait le roi, on s’en moquait, pour finalement le brûler… Argan ne serait-il pas ce roi de ce Carnaval qu’on joue pour mieux le tuer. Lui seul ignore qu’il s’agit d’une « comédie » dont il est le personnage principal. Il croit réellement devenir médecin et régner définitivement sur sa maison et se mettre à l’abri des maladies. Ceux qui jouent cet homme crédule ne montrent-ils pas leur cruauté ?
 
« CLÉANTE.- En tout cas, je suis prêt à tout. »
 
Tous les personnages de la pièce sont « prêts à tout » pour retrouver leur tranquillité. Y compris à sacrifier symboliquement ce roi de Carnaval qu’est Argan. Argan a joué déjà deux fois le mort dans la pièce, mais il ne sait pas qu’il le joue peut-être une dernière fois. Après la cérémonie burlesque, il sera « mort » pour sa famille, privé de son autorité sur sa fille et ses proches. Neutralisé, sans pouvoir de nuisance. Mort socialement, enfermé dans son personnage ridicule et fou de médecin.
 
Molière, lui, qui joue le rôle d’Argan sait qu’il va mourir et que la farce carnavalesque est sinistre. 
 
 
«  Le Malade imaginaire, trentième et dernière comédie de Molière, reste indissolublement liée au sort de son auteur. Jouée pour la première fois le 10 février 1673 sur le théâtre de Molière au Palais-Royal, cette comédie-ballet en trois actes et en prose, « mêlée de musique et de danses », avait été écrite initialement pour être représentée à la cour à l'occasion du Carnaval, mais, la faveur de Molière auprès du roi déclinant au profit de Lully, ses services ne furent pas sollicités et la pièce fut créée à la « ville », avec un succès immédiat. Or, le 17 février, au soir de la quatrième représentation, Jean-Baptiste Poquelin mourait, après avoir incarné une dernière fois le rôle d'Argan. Au moment de la cérémonie des médecins, alors qu'il prononçait le troisième « Juro », le comédien fut pris d'une convulsion, qu'il dissimula sous un rictus comique. Dès la toile baissée, il fut transporté chez lui où il succomba de la maladie des poumons qui le faisait souffrir depuis des années. Sa condition de comédien empêcha la célébration d'un office religieux et son cortège funèbre fut conduit à la tombée du jour dans la discrétion jusqu'au cimetière Saint-Joseph. La mort de Molière, au sortir des planches, donne au Malade imaginaire, la pièce certainement la plus autobiographique de son auteur, une dimension sérieuse et émouvante que les années n'ont pas effacée et qui reste gravée dans les mémoires selon les mots du registre de La Grange : « Ce mesme jour, après la comédie, sur les 10 heures du soir, Monsieur de Molière mourust dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le roosle dudit malade imaginaire fort incommodé d'un rhume et fluction sur la poitrine [...] ».
 

Comment répondre à la question de grammaire en 2 minutes ? Episode théâtre : 3 questions sur 3 énoncés de Marivaux, Molière et Lagarce.

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Date de dernière mise à jour : 26/11/2022

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