Commentaire littéraire Molière Le Malade Imaginaire, III,3 - Bac 2021

Croire et raisonner : deux attitudes contraires. Argan à l’offensive- La thèse d’Argan : La thèse de Béralde : Qui représente Molière ? Béralde ou Argan ?

Moliere

Le Malade imaginaire, parcours : spectacle et comédie. Consultez les analyses linéaires et littéraires-La portée du titre de l'oeuvre

 

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Dissertation :  Entraînez-vous 

Molière affirme “La comédie n'est faite que pour être vue” mais, de son côté, Henry de Montherlant déclare que “voir n'est pas lire, et seul le volume compte”. Etudiez ces deux opinions en les appliquant au Malade Imaginaire de Molière.

« Argan – Mais raisonnons un peu mon frère… rien mon frère. » Une scène d’argumentation sérieuse au cœur de la comédie.

 

Le Malade imaginaire
Acte III

 

Scène 3 - ARGAN BERALDE

 

« Argan – Mais raisonnons un peu mon frère… rien mon frère. »
Une scène d’argumentation sérieuse au cœur de la comédie.

Béralde veut convaincre son frère Argan qu’il est fou de croire en la médecine. Et  Argan s’étonne que Béralde ne croie pas à la médecine.

 

ARGAN
Mais raisonnons un peu, mon frère. Vous ne croyez donc point à la médecine?

BERALDE
Non, mon frère, et je ne vois pas que, pour son salut, il soit nécessaire d'y croire.

ARGAN
Quoi! vous ne tenez pas véritable une chose établie par tout le monde et que tous les siècles ont révérée?

BERALDE
Bien loin de la tenir véritable, je la trouve, entre nous, une des plus grandes folies qui soient parmi les hommes; et, à regarder les choses en philosophe, je ne vois point une plus plaisante mômerie, je ne vois rien de plus ridicule, qu'un homme qui se veut mêler d'en guérir un autre.

ARGAN
Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu'un homme en puisse guérir un autre?

BERALDE
Par la raison, mon frère, que les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte; et que la nature nous a mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.

ARGAN
Les médecins ne savent donc rien, à votre compte?

BERALDE
Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent pas du tout.

ARGAN
Mais toujours faut-il demeurer d'accord que, sur cette matière, les médecins en savent plus que les autres.

BERALDE
Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas de grand'chose: et toute l'excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets.

ARGAN
Mais enfin, mon frère, il y a des gens aussi sages et aussi habiles que vous; et nous voyons que, dans la maladie, tout le monde a recours aux médecins.

BERALDE
C'est une marque de la faiblesse humaine, et non pas de la vérité de leur art.

ARGAN
Mais il faut bien que les médecins croient leur art véritable, puisqu'ils s'en servent pour eux-mêmes.

BERALDE
C'est qu'il y en a parmi eux qui sont eux-mêmes dans l'erreur populaire, dont ils profitent; et d'autres qui en profitent sans y être. Votre monsieur Purgon, par exemple, n'y sait point de finesse; c'est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds; un homme qui croit à ses règles plus qu'à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner; qui ne voit rien d'obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile; et qui, avec une impétuosité de prévention une raideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu'il pourra vous faire: c'est de la meilleure foi du monde qu'il vous expédiera; et il ne fera, en vous tuant, que ce qu'il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu'en un besoin il ferait à lui-même.

ARGAN
C'est que vous avez, mon frère, une dent de lait contre lui. Mais, enfin, venons au fait. Que faire donc quand on est malade?

BERALDE
Rien, mon frère.

Argan croit et Béralde essaie de le convaincre par des arguments logiques.

Croire et raisonner : deux attitudes contraires.

Argan croit et Béralde essaie de le convaincre par des arguments logiques. Il échoue parce qu’il est difficile de convaincre par des arguments raisonnables un fou. Ce qui fera changer d’avis Argan, ce ne seront pas les arguments raisonnables mais la comédie qu’il lui faudra jouer. Il se rendra alors compte de son erreur quant à l’amour de sa femme. Mais sera-t-il guéri de sa folie de la médecine ? Non, il faudra qu’il joue le médecin. On lui fait croire qu’il suffit d’en avoir l’habit et de prononcer quelques mots qui ressemblent à du latin.
Molière montre dans sa comédie l’échec de la raison, et de l’argumentation, et le triomphe de la comédie qui est capable de persuader les fous.

Argan à l’offensive

Au début de la scène, c’est Béralde qui a l’initiative. Il demande à Argan de « raisonner » et de ne pas se mettre en colère. C’est lui qui attaque et qui demande à Argan pourquoi il veut marier Angélique à un médecin. C’est lui encore qui dit : « Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins, et que vous vouliez être malade en dépit des gens et de la nature ? »
Mais dans cet extrait, c’est Argan, qui, bien que « embéguiné » par ses apothicaires (pharmaciens) et médecins, passe à l’offensive et veut raisonner lui aussi. Il présente à Béralde des arguments sensés pour justifier sa « croyance » en la médecine de la manière la plus logique. Il prend l’initiative par ce « mais » : « Mais raisonnons un peu… ».

La thèse d’Argan :

-    Les médecins peuvent soigner et guérir. Il croit à la médecine. « Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu’un homme puisse en guérir un autre ? »

Arguments de Béralde pour soutenir sa thèse :
-    Beaucoup de gens y croient. Et depuis des siècles. Argument du nombre.
-    Les médecins sont savants : « les médecins en savent plus que les autres ».
-    « Tout le monde a recours aux médecins. » Encore l’argument du nombre.
-    Les médecins se servent de leur art pour eux et leur famille. Ce qui prouverait qu’ils y croient, qu’il n’y a pas tromperie.

-    Que faire alors quand on est malade ?


La thèse de Béralde :

-    Un homme ne peut en guérir un autre « … je ne vois rien de plus ridicule qu’un homme qui veut se mêler d’en guérir un autre »

Affirmation assez violente, comme s’il regrettait de ne pouvoir y croire. Il parle de « mômerie » (spectacle plaisant), il utilise un mot fort : « ridicule ».

Contre-arguments de Béralde :
-    « les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte » Noter la comparaison du corps humain à une « machine » complexe. Béralde ne tient aucun compte des progrès de la médecine faits à son époque (découverte de la circulation du sang par Harvey).
-    Le savoir des médecins n’est rien. Leur science n’est faite que de mots qui impressionnent et trompent. Violence de l’attaque de Béralde : « un pompeux galimatias » (discours prétentieux fait pour impressionner), « un spécieux babil » (bavardage trompeur). Ces mots n’ont aucun pouvoir sur la maladie.
-    Si tous ont recours aux médecins, c’est que tous les hommes ont peur de la mort : « la faiblesse humaine ».
-    Il y a deux sortes de médecins : ceux qui sont dans l’erreur et qui croient à la médecine, et ceux qui ne sont pas dans l’erreur mais profite de leur art. Exemple pour la 1° catégorie : M. Purgon, « votre Purgon ». Appellation méprisante. Purgon est capable de tuer sa famille, ses patients et lui-même.

Réponse de Béralde à la question d’Argan : « Rien, mon frère. » Assez désepérante.

Qui représente Molière ? Béralde ou Argan ?

Béralde semble être le porte-parole de l’auteur. C’est lui qui fait triompher le bon sens.  Mais Molière joue le rôle d’Argan, le fou « embéguiné ». C’est lui qui fait rire et qui de plus est un malade qui aimerait bien, comme le souhaite Argan, qu’un homme puisse en guérir un autre.
 

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Date de dernière mise à jour : 28/08/2020

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