Du commentaire littéraire à l'analyse linéaire de l'acte I scène 5 du Malade imaginaire, Molière, bac 2023

Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle Molière, Le Malade imaginaire / parcours : spectacle et comédie. Bac général et bac technologique

Moliere

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Exercices bac français Molière Le Malade imaginaire parcours spectacle et comédie.Evaluez votre niveau, testez vos connaissances

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Lecture de la scène 5 de l'acte I. Du début de la scène jusqu’à « Il faut qu’il ait tué bien des gens pour s’être fait si riche. »

Lecture de la scène 5

 

 

 

Du début de la scène jusqu’à « Il faut qu’il ait tué bien des gens pour s’être fait si riche. »


Acte I, Scène 5 - ARGAN, ANGELIQUE, TOINETTE

ARGAN se met dans sa chaise.
Oh çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle, où peut-être ne vous attendez-vous pas. On vous demande en mariage. Qu'est-ce que cela? Vous riez? Cela est plaisant oui, ce mot de mariage! Il n'y a rien de plus drôle pour les jeunes filles. Ah! nature, nature! A ce que je puis voir, ma fille, je n'ai que faire de vous demander si vous voulez bien vous marier.

ANGELIQUE
Je dois faire, mon père, tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner.

ARGAN
Je suis bien aise d'avoir une fille si obéissante: la chose est donc conclue, et je vous ai promise.

ANGELIQUE
C'est à moi, mon père, de suivre aveuglément toutes vos volontés.

ARGAN
Ma femme, votre belle-mère, avait envie que je vous fasse religieuse, et votre petite soeur Louison aussi, et de tout temps elle a été aheurtée à cela.

TOINETTE, tout bas.
La bonne bête a ses raisons.

ARGAN
Elle ne voulait point consentir à ce mariage; mais je l'ai emporté, et ma parole est donnée.

ANGELIQUE
Ah! mon père, que je vous suis obligée de toutes vos bontés!

TOINETTE
En vérité, je vous sais bon gré de cela; et voilà l'action la plus sage que vous ayez faite de votre vie.

ARGAN
Je n'ai point encore vu la personne: mais on m'a dit que j'en serais content, et toi aussi.

ANGELIQUE
Assurément, mon père.

ARGAN
Comment! l'as-tu vu?

ANGELIQUE
Puisque votre consentement m'autorise à vous pouvoir ouvrir mon coeur, je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connaître il y a six jours, et que la demande qu'on vous a faite est un effet de l'inclination que, dès cette première vue, nous avons prise l'un pour l'autre.

ARGAN
Ils ne m'ont pas dit cela; mais j'en suis bien aise, et c'est tant mieux que les choses soient de la sorte. Ils disent que c'est un grand jeune garçon bien fait.

ANGELIQUE
Oui, mon père.

ARGAN
De belle taille.

ANGELIQUE
Sans doute.

ARGAN
Agréable de sa personne.

ANGELIQUE
Assurément.

ARGAN
De bonne physionomie.

ANGELIQUE
Très bonne.

ARGAN
Sage et bien né.

ANGELIQUE
Tout à fait.

ARGAN
Fort honnête.

ANGELIQUE
Le plus honnête du monde.

ARGAN
Qui parle bien latin et grec.

ANGELIQUE
C'est ce que je ne sais pas.

ARGAN
Et qui sera reçu médecin dans trois jours.

ANGELIQUE
Lui, mon père?

ARGAN
Oui. Est-ce qu'il ne te l'a pas dit?

ANGELIQUE
Non, vraiment. Qui vous l'a dit, à vous?

ARGAN
Monsieur Purgon.

ANGELIQUE
Est-ce que monsieur Purgon le connaît?

ARGAN
La belle demande! Il faut bien qu'il le connaisse puisque c'est son neveu.

ANGELIQUE
Cléante, neveu de monsieur Purgon?

ARGAN
Quel Cléante? Nous parlons de celui pour qui l'on t'a demandée en mariage.

ANGELIQUE
Eh! oui.


ARGAN
Eh bien, c'est le neveu de monsieur Purgon, qui est le fils de son beau-frère le médecin, monsieur Diafoirus; et ce fils s'appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, monsieur Purgon, monsieur Fleurant et moi; et demain ce gendre prétendu doit m'être amené par son père. Qu'est-ce? Vous voilà tout ébaubie!

ANGELIQUE
C'est, mon père, que je connais que vous avez parlé d'une personne, et que j'ai entendu une autre.

TOINETTE
Quoi! monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque? Et, avec tout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin?

ARGAN
Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente que tu es?

TOINETTE
Mon Dieu! tout doux. Vous allez d'abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter. Là, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s'il vous plaît, pour un tel mariage?

ARGAN
Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je le suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m'appuyer de bons secours contre ma maladie, d'avoir dans ma famille les sources des remèdes qui me sont nécessaires, et d'être à même des consultations et des ordonnances.

TOINETTE
Eh bien, voilà dire une raison, et il y a du plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, monsieur, mettez la main à la conscience; est-ce que vous êtes malade?

ARGAN
Comment, coquine! si je suis malade! Si je suis malade, impudente!

TOINETTE
Eh bien, oui, monsieur, vous êtes malade; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vous êtes fort malade, j'en demeure d'accord, et plus malade que vous ne pensez: voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle; et, n'étant point malade, il n'est pas nécessaire de lui donner un médecin.

ARGAN
C'est pour moi que je lui donne ce médecin, et une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la santé de son père.

TOINETTE
Ma foi, monsieur, voulez-vous qu'en amie je vous donne un conseil?

ARGAN
Quel est-il, ce conseil?

TOINETTE
De ne point songer à ce mariage-là.

ARGAN
Et la raison?

TOINETTE
La raison, c'est que votre fille n'y consentira point.

ARGAN
Elle n'y consentira point?

TOINETTE
Non.

ARGAN
Ma fille?

TOINETTE
Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de monsieur Diafoirus, de son fils Thomas Diafoirus, ni de tous les Diafoirus du monde.

ARGAN
J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus avantageux qu'on ne pense. Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier; et, de plus, monsieur Purgon qui n'a ni femme ni enfants, lui donne tout son bien en faveur de ce mariage; et monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.

TOINETTE
Il faut qu'il ait tué bien des gens pour s'être fait si riche.

 

Les deux mouvements de la scène - Ce que la scène révèle des personnages-Problématique : En quoi le projet de mariage est-il révélateur des personnages et du comique de la scène?

Lecture analytique I, 5

Analyse du comique d’un texte : extrait de la scène 5, Acte I, entre Argan, Angélique, Toinette.

Du début de la scène jusqu’à « Il faut qu’il ait tué bien des gens pour s’être fait si riche. » Le Malade imaginaire, Molière

Exemple d’analyse des ressorts comiques d’une scène.

 

Dans cette scène I, 5 Argan est mis en scène dans le but de forcer sa fille Angélique à épouser un jeune médecin. Hypocondriaque tyrannique, le personnage par l'annonce du projet de mariage déclenche l'intrigue de la pièce. Le comique farcesque est mis au service d'une satire sociale.

Problématique : En quoi le projet de mariage est-il révélateur des personnages et du comique de la scène ?

 

I Les deux mouvements de la scène

1 Premier mouvement : le quiproquo comique

-Le quiproquo : un comique de situation classique

-Le public victime comme Angélique. Il découvre la vérité avec elle.

-Le jeu sur les désignations ambiguës des personnages (« on », « la personne », « ils », « grand jeune homme »..), puis le doute quand les désignations deviennent précises, et que les noms apparaissent ( « le latin et le grec », « médecin dans trois jours », « Monsieur Purgon », « Cléante, neveu de Monsieur Purgon ? ») Importance des noms propres.

-Le rythme de la scène : accélération, répliques courtes,  jusqu’à « Qui parle bien grec et latin », puis ralentissement jusqu’à l’explication complète et longue d’Argan : « Hé bien, c’est le neveu de M. Purgon… ».

-Définition du quiproquo par Angélique qui perd alors son angélisme : « C’est, mon père, que je connais que vous avez parlé d’une personne, et que j’en ai entendu une autre. » Elle se tait ensuite, vaincue.

2 L’affrontement entre la servante et son maître

-Toinette prend le relai d’Angélique. Agressivité de la servante qui questionne sans cesse le maître : Argan se justifie.

-Inversion des rôles : un ressort comique efficace. C’est Toinette qui maîtrise la parole.

-Accélération de la scène : répliques de plus en plus courtes, signe que l’affrontement devient plus vif.

II Ce que la scène révèle des personnages

1 Argan : un maître ridicule

-Il a le pouvoir légal (c’est le père) et économique (l’argent), une chaise qui lui sert de « trône ». Il  dit « je », et entend imposer sa volonté.

-Un mâle satisfait qui se moque, avec condescendance, de la naïveté féminine (« Il n’y a rien de plus drôle pour les jeunes filles ».)

-Cette démonstration de puissance fonctionne avec les faibles (Angélique) mais Argan devient ridicule quand l’opposition est devient plus forte (Toinette). C’est alors un roi détrôné, un personnage carnavalesque dont on peut se moquer.

-Critique sociale de Molière ? La tyrannie des pères de l’époque ? Le pouvoir royal est-il visé ?

-Le personnage avoue ingénument son égoïsme, ses motivations profondes (et immorales) : « C’est pour moi que je lui donne ce médecin… ». Importance de ce « moi » qui fait souffrir ceux qui l’entourent. La comédie fait rire avec du tragique.

2 Angélique : une fille effacée

-Elle joue la soumission quand elle croit triompher (« mon père », « vos bontés »).

-Mais elle n’ose affronter Argan dès qu’elle apprend le nom de celui avec qui elle doit se marier. Aucun courage.

-Les enfants dans le théâtre de Molière sont inconsistants, incapables de s’opposer. Voir Les Fourberies de Scapin.

3 Toinette : la servante combative

-Le rôle habituel de la servante des comédies : vive, avec de la répartie, elle ne craint pas d’affronter son maître (questions, interrogatoire…). Vocabulaire agressif  (« ce dessein burlesque »). Elle prend le contrôle de la situation de communication : « Là, parlons de sang froid. Quelle est votre raison, s’il vous plaît, pour un tel mariage ? »

-Elle va jusqu’à prendre la place, symboliquement, de la fille « Votre fille vous dira qu’elle n’a que faire… » Elle parle, en bon avocat, pour son client. Plus tard elle prendra la place d’Argan en disant « Et moi, je lui défends absolument d’en faire rien. » (p. 37). Ne se comporte-t-elle pas comme la femme que devrait avoir Argan ?

-Elle fait les plaisanteries habituelles sur les médecins : « Il faut qu’il ait tué bien des gens pour s’être fait si riche. » Et puis Toinette est assez conformiste : elle montre à Argan ce qu’il y de ridicule, avec son bien, de marier sa fille à un médecin. C’est une mésalliance. Un bourgeois fortuné comme Argan n’a que faire de cette alliance avec des gens dont elle souligne le ridicule.

- Elle incarne une sorte de bon sens, face à Argan, le « fou », qui se croit malade. Une opposition classique, dans la comédie, entre un personnage un peu étrange et un personnage sensé. Une opposition comique qui se double d’une autre opposition : celle d’un homme et d’une femme.

Le comique de cette scène repose d’abord sur les situations (un quiproquo, une inversion des rôles), mais aussi sur des accélérations rapides, des emballements. Le comique a besoin de rythme. 

Est comique aussi le dévoilement progressif de ce que  sont les personnages. Ils révèlent peu à peu, au cours de la scène, leur « caractère » : Argan montre son impuissance et sa « folie », Angélique, sa difficulté à exister, et Toinette, son autorité et sa maîtrise de la situation. 

Il est toujours comique de découvrir à quel point un personnage est différent de ce qu’il prétend être (l’être et le paraître). Argan n’est pas vraiment un maître et Toinette n’est pas vraiment une servante. Jeu de rôles.

 

l'analyse linéaire de l'acte I scène 5 du Malade imaginaire

Du commentaire littéraire à l'analyse linéaire de l'acte I scène 5 du Malade imaginaire

Support : Scène 5 dans son intégralité

Pour une lecture linéaire de ce passage, la scène 5 de l'acte I dans son intégralité, vous pouvez faire un découpage en deux parties, exploiter les idées de l'analyse littéraire et dans une première partie mettre en avant le quiproquo comique autour du futur époux dont parlent Argan et Angélique ( du début à « entendu une autre »), puis, dans une seconde partie (« quoi monsieur »... la fin de la scène), vous pourrez analyser le comique autour de la résistance de la servante Toinette face à cette décision de mariage prise par Argan

Plan pour une analyse linéaire

I, 5

I – le quiproquo comique autour du futur époux dont parlent Argan et Angélique (du début à « entendu une autre »)

1- Réaction autoritaire du père, Argan qui choisit le futur époux de sa fille Angélique (du début à « ma parole donnée »)

2- Analyse du quiproquo comique farcesque propre à la comédie (de «Ah ! Mon père, que je vous suis obligée » …. « qui vous l'a dit, à vous ? ».

3 – La jeune fille naïve comprend que son futur mari n'est pas Cléante mais reste dans la soumission et refuse la confrontation avec son père ( de « Monsieur Purgon ».... «j'ai entendu une autre »)

II – Confrontation comique entre Toinette, la servante et Argan autour de la question du mariage forcé («Quoi ! Monsieur, vous aurez fait ce dessein » à la fin)

1- L'argumentation mise en place par Toinette pour convaincre Argan de renoncer à ce mariage d'intérêt (de « Quoi ! Monsieur, vous aurez fait ce dessein »... « à ce que vous dites »)

2 – Argan joue de sa position sociale et devient menaçant, le mariage ou le couvent (de « On dira ce qu'on voudra ».... «Je lui défends absolument d'en rien faire »).

3 – Argan, personnage excessif et autoritaire menace de frapper sa servante – Farce, comique de situation et de gestes - ( de «Où est-ce donc que nous sommes » … à la fin )

Comment répondre à la question de grammaire en 2 minutes ? Episode théâtre : 3 questions sur 3 énoncés de Marivaux, Molière et Lagarce.

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Date de dernière mise à jour : 26/11/2022

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