Explication linéaire : La ville de Emile Verhaeren- Parcours associé, "Alcools" / parcours : Modernité poétique ? programme du bac de français 2021

Emile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées - Comment la poésie rend-elle compte de la modernité à travers le thème de la ville? Nouveau langage, nouvelles thématiques, la ville, modernité poétique.

Emile verhaeren

 

Guillaume Apollinaire et Alcools

 

Alcools, Apollinaire
[poèmes : 1898-1913 (Troisième édition) 

  • Sur le Blog de Gallica
    "Apollinaire et la presse", Les écrivains et la presse, 19 mars 2018, Laurent Arzel.
  • Sur le Blog Lecteurs de la BnF
    Connaissez-vous Apollinaire ?, Catégorie "Choix du bibliothécaire"
    Une collection de liens raisonnés pour se promener dans les ressources de la BnF et (re)faire connaissance avec Apollinaire.

 

La notion de modernité

 

 

 

Explication linéaire : La ville de Emile Verhaeren

 

La ville
Tous les chemins vont vers la ville.

Du fond des brumes,
Avec tous ses étages en voyage
Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
Comme d'un rêve, elle s'exhume.

Là-bas,
Ce sont des ponts musclés de fer,
Lancés, par bonds, à travers l'air ;
Ce sont des blocs et des colonnes
Que décorent Sphinx et Gorgones ;
Ce sont des tours sur des faubourgs ;
Ce sont des millions de toits
Dressant au ciel leurs angles droits :
C'est la ville tentaculaire,
Debout,
Au bout des plaines et des domaines.

Des clartés rouges
Qui bougent
Sur des poteaux et des grands mâts,
Même à midi, brûlent encor
Comme des oeufs de pourpre et d'or ;
Le haut soleil ne se voit pas :
Bouche de lumière, fermée
Par le charbon et la fumée.

Un fleuve de naphte et de poix
Bat les môles de pierre et les pontons de bois ;
Les sifflets crus des navires qui passent
Hurlent de peur dans le brouillard ;
Un fanal vert est leur regard
Vers l'océan et les espaces.

Des quais sonnent aux chocs de lourds fourgons ;
Des tombereaux grincent comme des gonds ;
Des balances de fer font choir des cubes d'ombre
Et les glissent soudain en des sous-sols de feu ;
Des ponts s'ouvrant par le milieu,
Entre les mâts touffus dressent des gibets sombres
Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,
Immensément, par à travers
Les toits, les corniches et les murailles,
Face à face, comme en bataille.

Et tout là-bas, passent chevaux et roues,
Filent les trains, vole l'effort,
Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues
Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.
Des rails ramifiés y descendent sous terre
Comme en des puits et des cratères
Pour reparaître au loin en réseaux clairs d'éclairs
Dans le vacarme et la poussière.
C'est la ville tentaculaire.

Emile Verhaeren, Les Campagnes hallucinées

comment Verhaeren fait-il la description d’une ville moderne à travers une vision apocalyptique? caractère gigantesque de la ville, sa monstruosité, sa déshumanisation.

Introduction :

Emile Verhaeren est un poète Belge de la fin du 19è siècle. Ce poète s’est beaucoup intéressé au monde moderne, il en a fait un sujet poétique. En effet, il publie en 1893 son recueil “campagnes hallucinées” dans lequel il montre à la fois sa nostalgie de la campagne du passé avant que les villes soient industrielles. Le premier poème “La ville” annonce dès thèmes se rapportant aux villes tentaculaires. On pourrait donc se demander comment Verhaeren fait-il la description d’une ville moderne à travers une vision apocalyptique. Afin de répondre à cette problématique nous allons tout d’abord mettre en évidence le caractère gigantesque de la ville, la monstruosité de cette dernière et enfin sa déshumanisation.

 

  1. Une ville gigantesque (V 1 à 17)

→ V 1, monostiche : permet de mettre en valeur la ville avec l'utilisation du pronom indéfini “tout” qui marque aussi le présent de vérité générale + le poète souligne le choix multiple des chemins, il montre que la ville est incontournable, cette première strophe met en avant le caractère vertical

→ Champ lexical de la verticalité + l'amplification des dimensions avec le pluriel : “tous ses étages”, “ses grands escaliers”, “jusques au ciel”, “hauts étages”, “s'exhume” (strophe 2) + donne une impression que la ville n’a pas de frontières et qu’elle est immense.

 l’enjambement des vers 4 à 5 renforce la verticalité en mettant en valeur le mot “ciel”

→ anaphore de “là-bas” vers 3 et 7, adverbe de lieu qui montre l’immensité de la ville + la profondeur de la ville

→ Répétition anaphorique du présentatif pluriel “ce sont” qui renforce l’énumération (strophe 2) : ensemble hétéroclite qui la compose, constitution architecturale de la ville, il ne met aucune transition, il juxtapose → ville immense et fascinante + montre le progrès industriel

→ V 15 : adjectif “tentaculaire” mis en valeur souligne le caractère animal de la ville qui est comparée à une pieuvre

→ “debout” V16 : mise en valeur de la verticalité par l’adverbe “debout” qui constitue un vers, tout seul + personnification de la ville

→ CCL V17 : insistant sur la verticalité de la ville, la ville s’étale à l’infini

  1. Ville monstre (V 18 à 32)

→ V.18 pluriel indéfini + V.19 allitération en (g) “rouges” “bougent” + animation objets “bougent” “brûlent” : sensations visuelles dominent la ville qui devient monstrueuse

→ activité industrielle : “poteaux” “charbon et fumée” + double négation “ne se voit pas bouché” “fermée” : ville obscure notamment par le contraste de couleur + absence de lumière + connotation négative → côté diabolique à la ville

→ V.26 : “un fleuve de naphte et de poix” désigne le pétrole, c’est une hyperbole décrivant la ville portuaire sombre et obscure

→ V.30 et V.31 : série de compléments du nom qui évoquent différentes matières : “naphte” “poix” “pierre” “bois” : les navires semblent annoncer quelque chose de terrible qui s’étend vers l’océan et les espaces : la ville occupe tout cet espace

→ Sentiment : “sifflets crus” “hurlent la peur” “leur regard” : personnification à tonalité fantastique

→ La couleur noire persiste “le brouillard” “la peur” une seule couleur est présente : “un fanal vert” : seul point de repère

  1. Déshumanisation de la ville (V 33 à la fin)

→ phrases contenant des sujets indéfinis et non animés (Strophe 6) : “des quais sonnent” “des tombereaux grincent” “des balances” “des sous-sols” “des ponts” : cela montre la déshumanisation de la ville, ville de plus en plus inquiétante où l’humain n'a plus sa place

→ sensations auditives : “sonnent” “grincent” “choir” “glissent” : à travers le pluriel et le présent de de description à valeur d’inaccompli : multiplication d’activités

→ V.40 : “des sous sols de feu” : métaphore de l’enfer à quoi on associe le lexique qui est fort et violent, le réel est transfiguré, la ville prend une dimension fantastique par la vision de l’enfer

→ “les toits, les corniches et les murailles” : accumulation

→ V 48 : CCL + inversion du sujet et gradation : activités incessantes aériennes et sous terre + images des trains qui circulent

→ allitération en r + hyperbole : accent mis sur le nombre et l’activité intense

→ V 55 : comparaison à connotation négative

→ Jeu sonorités : assonances + allitération en “er” son allongé

→ Le dernier vers montre une ville monstre/ une pieuvre monstrueuse qui ne laisse aucune place à l’humain.

 

Conclusion : Ainsi Emile Verhaeren effectue un transfiguration de l’espace urbain en passant de la description d’une ville moderne à une vision apocalyptique, infernale de cette ville grâce à la description d’une ville immense, monstrueuse, déshumanisée. Les thèmes évoqués dans ce poème furent aussi source d’inspiration pour le titre de son recueil “les villes tentaculaires” publié en 1895.



 

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Date de dernière mise à jour : 03/04/2021

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