Commentaire littéraire et linéaire Montaigne, Des Cannibales, I, 31"Or je trouve pour en revenir .." Dénonciation du préjugé ethnocentrique européen

Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre. Séries générales et technologiques, EAF 2021-La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

Montaigne

Quiz ton bac

  • Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

    Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie      Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.     Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.      Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat. Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments Prolongèrent leur vie. Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.      Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • Quiz 20 questions sur l'étude EAF Des Coches III,6 Montaigne

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, III,6 Des Coches Support : "notre monde vient d'en trouver un autre... en habileté" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) non moins grand, plein et fourni de membres que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettre, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni céréales, ni vignes. Il était encore tout nu dans le giron de sa mère nourricière et ne vivait que par les moyens qu'elle lui fournissait. Si nous concluons bien quand nous disons que nous sommes à la fin de notre monde, et si ce poète fait de même au sujet de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu'entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L'univers tombera en paralysie ; l'un des deux membres sera perclus, l'autre en pleine vigueur. Nous aurons très fortement hâté, je le crains, son déclin et sa ruine par notre contagion et nous lui aurons fait payer bien cher nos idées et nos techniques. C'était un monde enfant ; pourtant nous ne l'avons pas fouetté et soumis à notre enseignement en nous servant de l'avantage de notre valeur et de nos forces naturelles ; nous ne l'avons pas non plus séduit par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et pertinence. La merveilleuse magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en un jardin, étaient excellemment façonnés en or, comme, dans son cabinet, tous les animaux qui naissaient dans son État et dans ses mers ; et la beauté de leurs ouvrages en pierreries, en plume, en coton, dans la peinture, montrent qu'ils ne nous étaient pas non plus inférieurs en habileté.

  • Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle." Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.    

Quiz

Objet d'étude : La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle

 Montaigne, "Essais", "Des Cannibales", I, 31 / parcours : Notre monde vient d'en trouver un autre.

Littérature d'idées séries générales et technologiques 2021

 

Comment répondre en 2 minutes à la question de grammaire ? Episode Littérature d'idées.

3 questions de grammaire sur 3 énoncés de Montaigne, Montesquieu et La Fontaine.

Comprendre le contexte historique et culturel de MONTAIGNE.

En quoi les événements historiques et culturels se retrouvent-ils dans Les Essais ?

La portée du titre de l'oeuvre de MONTAIGNE

Découvrez comment exploiter à l'oral et à l'écrit le titre "Les Essais".

PARCOURS MONTAIGNE

Découvrez dans cet épisode ce que vous devez retenir du parcours "Notre monde vient d'en rencontrer un autre".

 

 

Vous pouvez aussi consulter 

EAF 2021, Montaigne, les Essais, Des cannibales, I, 31, "Trois d'entre eux...hauts-de-chausses!"

commentaire littéraire et questionnaires

Spécial bac oral de l'EAF 2021

Commentaire linéaire Montaigne, les Essais, Cannibales I, 31 "Trois d'entre eux...hauts-de-chausses!" et questions de grammaire pour l'oral de français 
 

À l’oral, l’épreuve reste en deux parties

Le commentaire devient linéaire complété par une question de grammaire

À l'issue de son temps de préparation :

1. Le candidat propose d'abord une lecture à voix haute juste, pertinente et expressive du texte choisi par l'examinateur, après l'avoir situé brièvement dans l'œuvre ou le parcours associé. Cette partie est notée sur 2 points ;

2. Le candidat propose une explication linéaire d'un passage d'une vingtaine de lignes, sélectionné par l'examinateur dans le texte, quand celui-ci excède cette longueur. Cette partie est notée sur 8 points.

3. Le candidat répond à la question de grammaire posée par l'examinateur au moment du tirage. Cette partie est notée sur 2 points. La question porte uniquement sur le texte : elle vise l'analyse syntaxique d'une courte phrase ou d'une partie de phrase.

3) Seconde partie de l'épreuve : présentation de l'œuvre choisie par le candidat parmi celles qui ont été étudiées en classe ou proposées par l'enseignant au titre des lectures cursives obligatoires, et entretien avec l'examinateur.

Durée : 8 minutes

Cette partie de l'épreuve, notée sur 8 points, évalue l'expression orale, en réclamant du candidat une implication personnelle dans sa  manière de rendre compte et de faire partager une réflexion sur ses expériences de lecture.

Coefficients

Baccalauréat général : 5

 
 

Dénonciation du préjugé ethnocentrique

 

Montaigne, Des Cannibales, I, 31 

 

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son
usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite
religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire,
a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives
et vigoureuses, les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les
avons accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres16, en divers fruits de ces contrées-là, sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par
nos inventions, que nous l’avons du tout17 étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. [...]
Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir ; elle n’a autre fondement parmi eux, que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat18 de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté19 naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine, de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au delà est superflu pour eux.
Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge, frères ; enfants, ceux qui sont au dessous ; et les vieillards sont pères à tous les autres. Ceux-ci laissent à leurs héritiers en commun, cette pleine possession de biens par indivis20, sans autre titre que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde.
Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, Chapitre 31
 

14.mire : modèle, moyen de juger de.
15.si : adverbe de renforcement, il faut comprendre : « et en effet ».
16.à l’envi des nôtres : si on les confronte aux nôtres.
17.du tout : totalement.
18.débat : querelle.
19.uberté : abondance.
20.indivis : sans division de propriété, en collectivité.
 

 

Comment Montaigne défend t'-il les sauvages en remettant en cause les fondements de la société dans laquelle il vit?

Montaigne, Des Cannibales, I, 31, livre I, les Essais

Lecture analytique 

 

Vous pouvez aussi consulter 

Explication linéaire, Léry Notre monde vient d'en trouver un autre, ch 8Explication linéaire, Léry Notre monde vient d'en trouver un autre, ch 8 (269.38 Ko)

Explication linéaire Léry extrait chap 8Explication linéaire Léry extrait chap 8 (323.75 Ko)

chapitre 15, Léry, explication linéairechapitre 15, Léry, explication linéaire (247.12 Ko)

Trois extraits de montaigne pour les eafTrois extraits de montaigne pour les eaf (85.67 Ko)

Explication montaigne des cannibales n 1 serie techno et gleExplication montaigne des cannibales n 1 serie techno et gle (240.49 Ko)

Montaigne des cannibales explication guerreMontaigne des cannibales explication guerre (168.51 Ko)

Montaigne des coches explication serie gleMontaigne des coches explication serie gle (254.95 Ko)

 

 

Introduction

  • Montaigne est un humaniste du 16e

  • Les Essais = son œuvre principale

  • Dans ce chapitre, Montaigne évoque la découverte du Nouveau Monde avec les Indiens sauvages et dénonce le regard des Européens. Il remet en cause les idées reçues.

 

Problématiques possibles

Montrez que ce texte est une dénonciation de la civilisation

Quelle est la stratégie argumentative de Montaigne?

Comment Montaigne défend t'-il les sauvages en remettant en cause les fondements de la société dans laquelle il vit?

 

Annonce du plan

Dans le but de répondre à notre question «Comment Montaigne défend t'-il les sauvages en remettant en cause les fondements de la société dans laquelle il vit?», nous verrons dans un premier temps

I – La critique de la civilisation Européenne

II – La vision positive des sauvages

 

Développement

I – La critique de la civilisation Européenne

1 – les reproches de Montaigne

Thèse de Montaigne = «Il n'y a rien de barbare et de sauvage dans cette nation»

Montaigne reproche aux Européens de juger les hommes du Nouveau Monde comme des barbares et leur société d'après leur modèle de société et de civilisation. «Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage»

Les Européens estiment leur société meilleure = vision ethnocentrique

2 – Une critique violente

Par son vocabulaire «abâtardies»

L'Européen transforme de façon criminelle la nature = «Détourné, altéré, étouffé»

Les Européens sont corrompus

Montaigne donne une leçon de morale «ce sont encore des lois». Usage du présent de vérité générale.

Allitérations en «V», «R» = violence et barbarie

3 – Humour pour critiquer

1ère personne du pluriel

Montaigne s'assimile aux Européens = autodérision

Insistance sur le terme «parfaits»

Il y a du vocabulaire mélioratif et péjoratif pour souligner l'ethnocentrisme.

Ironie de Montaigne qui reproche aux Européens de juger la société des Indiens du Nouveau Monde par rapport à leur société sans prendre de recul.

II – La vision positive des sauvages = Eloge des sauvages

= PORTEE HUMANISTE DU TEXTE

1 – Renversement des termes barbares et sauvages

Refus du sens péjoratif du terme «sauvage» des Européens

Les Indiens sont des sauvages. Montaigne critique ce point de vue en jouant sur le sens polysémique du mot sauvage = Argumentation efficace construite sur le sens positif de «sauvage», l'auteur fait l'éloge des cannibales.

DU FRUIT SAUVAGE A L'HOMME SAUVAGE

Homme civilisé + Fruit cultivé s'opposent à l'homme sauvage + fruit sauvage

MAIS IL Y A SUPERIORITE DU FRUIT SAUVAGE SUR LE FRUIT CULTIVE

Antithèses:

Nature/ Culture + Vie sauvage/ Civilisation

«vertus» + «propriétés», «nature» s'opposent à «abâtardies», «notre goût corrompu», «nos artifices».

Anaphores:

«Pas de.... pas de «

La notion de barbarie est subjective, relative

«Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage»

2 – Valorisation de la nature

- L'éloge des sauvages est un éloge de la nature.

La civilisation est rabaissée et la nature valorisée comme le suggère le champ lexical «vertus», «utiles», «véritable», »grande et puissante mère nature», «richesses».

Les cannibales sont proches de la nature, ils vivent à l'état de nature, sans artifices. Ils sont purs, authentiques, tandis que l'homme civilisé est «abâtardi» et «corrompu».

La nature est supérieure à la culture ainsi «l'art ne produit que des choses imparfaites», la nature est pure.

C'est une critique sous-jacente du progrès qui est contre-nature. Le progrès éloigne l'homme de l'état de nature.

3 – Portée humaniste du texte

Montaigne invite l'homme à vivre dans le respect et la loi naturelle. Son ouverture d'esprit, sa remise en cause des préjugés Européens, son appel à la tolérance, son acceptation des différences entre les sauvages et les Européens sont autant de caractéristiques humanistes.

Il cherche à partager sa vision avec le lecteur

Il propose une vision originale car les Européens sont en en fait les vrais sauvages. Les civilisés sont des sauvages incapables de vivre en accord avec la nature.

Conclusion

Ainsi cet extrait des Cannibales est un renversement des préjugés ethnocentriques Européens et l'éloge des sauvages traduit la portée humaniste du texte.

La thèse de Montaigne valorise l’homme à l’état de nature , ce qui n’est pas sans nous familiariser avec l’origine du mythe du bon sauvage , proche de la réflexion rousseauiste.

 

Etude linéaire du même extrait 

 

Ressources Gallica

Les EssaisDes CannibalesDes Coches
Les Essais, exemplaire de Bordeaux
Illustrations des Essais par Gustave Doré
Les vidéos pour la télévision scolaire parlant de Montaigne (Réseau Canopé)
Une vidéo Gallica sur la numérisation des "Essais" de Montaigne
Billet du blog Gallica "Comment Montaigne écrivait ses Essais : l’Exemplaire de Bordeaux"

 

 

Identifier et reformuler une thèse exercice d'application Sujet : Identifiez et reformulez la thèse de l’auteur : Montaigne et la thèse de l’homme sauvage

Sujet : Identifiez et reformulez la thèse de l’auteur : Montaigne et la thèse de l’homme sauvage


Texte

Montaigne, Les Essais, chapitre 31
« des cannibales », 1580-1592


Montaigne s’interroge sur l’épithète « sauvage » par laquelle on désigne les peuples nouvellement découverts en Amérique au XVIème siècle.


Or, je trouve pour revenir à mon propos qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion,la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils ont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits; là où, à la vérité, ce sont eux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.

Analyse :

La thèse

Dans l’extrait du chapitre 31 des Essais, intitulé «des cannibales », Montaigne formule très explicitement sa thèse: il refuse de considérer les indiens cannibales comme des barbares et des sauvages. Mais le jugement qui dénonce la barbarie de l’autre n’est que la projection des opinions et de la culture dans laquelle nous vivons. L’appellation « barbare » ne dit rien d’autrui. Elle ne fait que traduire notre intolérance. Il annonce une démarche argumentative personnelle; « je trouve mon propos » et les arguments qui tentent de convaincre fondent une réflexion sur l’emploi des mots, « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Ailleurs il nous précise « ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ». Le penseur dénonce l’ethnocentrisme,la croyance que le peuple dont nous faisons partie possède la vérité. Montaigne vide ensuite le terme « sauvage » de sa signification négative pour lui désigner positivement une proximité avec la nature. Les fruits sauvages sont riches de vertus que les fruits cultivés ont perdues; par analogie on peut supposer que les vertus des peuples sauvages sont restés intacts. La civilisation apparaît comme un processus de dégénérescence, comme un éloignement par rapport aux vertus naturelles. Ainsi, l’exemple du fruit débouche sur une généralisation, nous avons ici une supériorité de la nature sur la culture. La légitimité de la culture est donc remise en question. La barbarie devient le signe d’une plus grande proximité de l’homme avec la nature;Les barbares sont moins corrompus que nous.

Les enjeux de la thèse

Les enjeux du texte dépassent donc la thèse initiale. Il ne s’agit pas ici d’une apologie des indiens cannibales mais d’une réflexion sur les cultures. Montaigne à partir d’une réflexion sur le langage proclame la relativité des mœurs et le culte de la nature; il déstabilise ainsi les certitudes européennes par l’ironie, « parfaite religion » et le paradoxe, nous avons une réhabilitation du mot sauvage dans un raisonnement par analogie. Nous sommes aux origines du mythe de l’homme naturellement bon, du bon sauvage.
 

 
 

Analyse syntaxique d'une phrase, Des Coches III, 6 et des Cannibales I, 31

 

 Questions de grammaire sur Des coches 

Relevez une proposition consécutive - A quoi fait-elle référence? 

 proposition consécutive « qu’on lui apprend encore son abc » - Elle fait référence à l’univers de la petite enfance

Relevez une proposition conjonctive de temps qui confirme l'idée d'une relation fraternelle et insiste sur la décadence de l'Ancien monde 

 Certaines symétries viennent confirmer cette idée d’une relation fraternelle - C’est le cas de la conjonctive de temps introduite par « quand », « cet autre monde ne fera qu’entrer dans lumière quand le nôtre en sortira »et du parallélisme « l’un des deux membres sera perdu, l’autre en pleine vigueur » qui insiste sur la décadence de l’Ancien Monde.

Questions de grammaire sur Des cannibales I, 31, "trois d'entre eux... hauts-de-chausses!"

Combien de propositions la première phrase comporte t'-elle ?

La première phrase de l'extrait comporte 5 propositions. Nous avons 5 subordonnées incises. L'effet recherché est d'interpeller le lecteur, de l'alerter et de mettre en avant le sens prémonitoire de Montaigne sur le danger à venir.

Quel est l’intérêt grammatical pour Montaigne d'utiliser des hyperbates ***1 dans celle-ci ?

L'intérêt pour Montaigne est de relancer la phrase, et par conséquent laisser sa pensée se développer. Montaigne se sert alors de certains procédés grammaticaux afin de préciser sa pensée.

*** 1 - L'hyperbate (substantif féminin), du grec huper (« au-delà, au-dessus ») et bainein (« aller ») soit huperbatos (« inversion »), est une figure de style qui consiste à prolonger une phrase que l'on pouvait penser terminée par ajout d'un élément qui se trouve ainsi déplacé.

 

Questions de grammaires possibles à l'oral du bac de français 2021- CLXI, Lettres Persanes, Montesquieu, Roxane à Usbek - Trois questions - Analyse syntaxique d'une phrase

Des cannibales

Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales

Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle."

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt.

Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.

 

 

  • 1/ "Or je trouve, pour revenir à mon propos": L’auteur pose un jugement subjectif qu’il va rendre objectif par l’argumentation

    "Or je trouve, pour revenir à mon propos": L’auteur pose un jugement subjectif qu’il va rendre objectif par l’argumentation


  • 2/ « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation »: le présentatif "il y a" pose la thèse

    « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation »: le présentatif "il y a" pose la thèse


  • 3/ « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation » : On a dans cette phrase les deux adjectifs, mots clés du texte

    « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation » : On a dans cette phrase les deux adjectifs, mots clés du texte


  • 4/ "A ce qu’on m’en a rapporté" est une proposition proposition incidente, également appelée "incise"

    "A ce qu’on m’en a rapporté" est une proposition proposition incidente, également appelée "incise"


  • 5/ "Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage comme de vrai, il semble": l'argumentation est-elle dogmatique?

    "Chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son usage comme de vrai, il semble": l'argumentation est-elle dogmatique?


  • 6/ Montaigne redéfinit donc le concept de barbare : l'étrangeté et le jugement de valeur, « chacun appelle (barbarie ce qui n'est pas de son usage) » montre que la barbarie est une attribution

    Montaigne redéfinit donc le concept de barbare : l'étrangeté et le jugement de valeur, « chacun appelle (barbarie ce qui n'est pas de son usage) » montre que la barbarie est une attribution


  • 7/ "Nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes": que signifie la métaphore de la « mire?

    "Nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes": que signifie la métaphore de la « mire?


  • 8/ Montaigne redéfinit le terme de sauvage à l'aide d'une proposition « de même que nous appelons sauvage les fruits »

    Montaigne redéfinit le terme de sauvage à l'aide d'une proposition « de même que nous appelons sauvage les fruits »


  • 9/ "Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ": Montaigne joue t'-il sur le sens polysémique de "sauvage", a t'-il ainsi renversé le rapport de force?

    "Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits ": Montaigne joue t'-il sur le sens polysémique de "sauvage", a t'-il ainsi renversé le rapport de force?


  • 10/ « vives et vigoureuses/les vraie et plus utiles/et plus natures/vertus et propriétés ». Quel est l'effet recherché par les couples binaires et l'allitération en "V"

    « vives et vigoureuses/les vraie et plus utiles/et plus natures/vertus et propriétés ». Quel est l'effet recherché par les couples binaires et l'allitération en "V"


  • 11/ « Et si pourtant la saveur et délicatesse se trouve à notre goût excellente » : cette phrase signifie

    « Et si pourtant la saveur et délicatesse se trouve à notre goût excellente » : cette phrase signifie


  • 12/ "Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature". Dans cette phrase, Montaigne

    "Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature". Dans cette phrase, Montaigne


  • 13/ « le nid du moindre oiselet », « la tissure de la chétive araignée", ces exemples montrent

    « le nid du moindre oiselet », « la tissure de la chétive araignée", ces exemples montrent


  • 14/ Platon fait figure d'autorité pour

    Platon fait figure d'autorité pour


  • 15/ « par la nature, par la fortune, ou par l’art », cette pensée de Platon signifie

    « par la nature, par la fortune, ou par l’art », cette pensée de Platon signifie


  • 16/ Que traduit la conjonction de coordination « donc »?

    Que traduit la conjonction de coordination « donc »?


  • 17/ « cette nation » au début du texte devient « ces nations » à la fin du texte, pourquoi?

    « cette nation » au début du texte devient « ces nations » à la fin du texte, pourquoi?


  • 18/ A la fin du texte, l’adjectif « barbare » est ici redéfini

    A la fin du texte, l’adjectif « barbare » est ici redéfini


  • 19/ « ces nations » sont proches de leur « naïveté originelle » signifie :

    « ces nations » sont proches de leur « naïveté originelle » signifie :


  • 20/ La meilleure problématique possible pour ce texte est

    La meilleure problématique possible pour ce texte est


Résultat du quiz

__score__

__message_range__

__message_content__

 
 

Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

Ajouter un commentaire