Montaigne Le Bien et le Mal dépendent de l’idée que nous nous en faisons. Etude linéaire-Combattre l'opinion, la doxa. Humanisme et culture stoïcienne

Littérature d'idées, bac 2021 - Le Bien et le Mal dépendent surtout de l’idée que nous nous en faisons. Que signifie, « philosopher c'est apprendre à mourir » ?

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  • Quiz 25 questions. Montaigne Des cannibales I,31, anthropophagie

    Quiz de 25 questions sur  Montaigne, les Essais, Des cannibales I,31, anthropophagie      Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C’est chose émerveillable que la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de routes et d’effroi, ils ne savent que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient, éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée.     Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c’est pour représenter une extrême vengeance. Et qu’il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s’étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d’une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusqu’à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens-ci de l’autre monde, comme ceux qui avaient semé la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu’eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu’elle devait être plus aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.      Je ne suis pas marri que nous remarquons l’horreur barbaresque qu’il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par géhennes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens,et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de rôtir et manger après qu’il est trépassé. Chrysippe et Zénon, chefs de la secte stoïque, ont bien pensé qu’il n’y avait aucun mal de se servir de notre charogne à quoi que ce fût pour notre besoin, et d’en tirer de la nourriture; comme nos ancêtres, étant assiégés par César en la ville de Alésia, se résolurent de soutenir la faim de ce siège par les corps des vieillards, des femmes et autres personnes inutiles au combat. Les Gascons, dit-on, en se servant de tels aliments Prolongèrent leur vie. Et les médecins ne craignent pas de s’en servir à toute sorte d’usage pour notre santé, soit pour l’appliquer au-dedans ou au-dehors, mais il ne se trouva jamais aucune opinion si déréglée qui excusât la trahison, la déloyauté, la tyrannie, la cruauté qui sont nos fautes ordinaires.      Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie humaine en peut recevoir; elle n’a autre fondement parmi eux que la seule jalousie de la vertu. Ils ne sont pas en débat de la conquête de nouvelles terres, car ils jouissent encore de cette uberté naturelle qui les fournit sans travail et sans peine de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point de ne désirer qu’autant que leurs nécessités naturelles leur ordonnent; tout ce qui est au-delà est superflu pour eux.  

  • Quiz 20 questions sur l'étude EAF Des Coches III,6 Montaigne

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, III,6 Des Coches Support : "notre monde vient d'en trouver un autre... en habileté" Notre monde vient d'en trouver un autre (et qui nous garantit que c'est le dernier de ses frères, puisque les Démons, les Sibylles et nous, avons ignoré celui-ci jusqu'à cette heure ?) non moins grand, plein et fourni de membres que lui, toutefois si nouveau et si enfant qu'on lui apprend encore son a, b, c ; il n'y a pas cinquante ans qu'il ne savait ni lettre, ni poids, ni mesure, ni vêtements, ni céréales, ni vignes. Il était encore tout nu dans le giron de sa mère nourricière et ne vivait que par les moyens qu'elle lui fournissait. Si nous concluons bien quand nous disons que nous sommes à la fin de notre monde, et si ce poète fait de même au sujet de la jeunesse de son siècle, cet autre monde ne fera qu'entrer dans la lumière quand le nôtre en sortira. L'univers tombera en paralysie ; l'un des deux membres sera perclus, l'autre en pleine vigueur. Nous aurons très fortement hâté, je le crains, son déclin et sa ruine par notre contagion et nous lui aurons fait payer bien cher nos idées et nos techniques. C'était un monde enfant ; pourtant nous ne l'avons pas fouetté et soumis à notre enseignement en nous servant de l'avantage de notre valeur et de nos forces naturelles ; nous ne l'avons pas non plus séduit par notre justice et notre bonté, ni subjugué par notre magnanimité. La plupart de leurs réponses et des négociations faites avec eux témoignent qu'ils ne nous devaient rien en clarté d'esprit naturelle et pertinence. La merveilleuse magnificence des villes de Cuzco et de Mexico, et, entre plusieurs choses pareilles, le jardin de ce roi, où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en un jardin, étaient excellemment façonnés en or, comme, dans son cabinet, tous les animaux qui naissaient dans son État et dans ses mers ; et la beauté de leurs ouvrages en pierreries, en plume, en coton, dans la peinture, montrent qu'ils ne nous étaient pas non plus inférieurs en habileté.

  • Quiz Montaigne Cannibales "Or je trouve pour en revenir à mon propos"

    Quiz sur l'étude linéaire Montaigne, les Essais, I,31 Des Cannibales Support : "Or je trouve pour en revenir à mon propos...naïveté originelle." Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté ; sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. Comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et l’idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police , parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de notre goût corrompu . Et si pourtant , la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût excellente, à l’envi des nôtres , en divers fruits de ces contrées-là sans culture. Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l’avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises, Et veniunt ederae sponte sua melius, Surgit et in solis formosior arbutus antris, Et volucres nulla dulcius arte canunt. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l’utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée. Toutes choses, dit Platon, sont produites par la nature, ou par la fortune, ou par l’art ; les plus grandes et plus belles, par l’une ou l’autre des deux premières ; les moindres et imparfaites, par la dernière. Ces nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l’esprit humain, et être encore fort voisines de leur naïveté originelle.    

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Regard humaniste sur le Nouveau Monde

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe

Michel Eyquem de Montaigne. Oeuvre intégrale, les Essais 1595

 

Version moderne
Le Bien et le Mal dépendent surtout de l’idée que nous nous en faisons.

Les hommes, dit une ancienne sentence grecque, sont tourmentés par les opinions qu’ils ont sur les choses, non par les choses elles-mêmes. Ce serait un grand pas de fait pour le soulagement de notre misérable condition humaine si l’on pouvait établir la vérité de cette opinion dans tous les cas. Car si c’est notre jugement seul qui permet aux maux d’entrer en nous, il semble que nous puissions alors les mépriser ou les tourner en bien. Si les choses se rendent à notre merci, pourquoi ne pas les traiter en maître ou les accommoder à notre avantage ? Si ce que nous appelons mal et tourment n’est ni mal ni tourment en soi mais que c’est notre imagination qui lui attribue ce caractère, il est en notre pouvoir de le changer. Et puisque nous avons le choix, il est parfaitement idiot de nous accrocher au parti qui est le plus ennuyeux pour nous, et de donner aux maladies, à l’indigence et au mépris un goût aigre et mauvais, alors que nous pouvons leur en donner un bon, et que, le destin nous fournissant simplement la matière, c’est à nous que revient de lui donner forme.

Ce que nous appelons « mal » ne l’est donc peut-être pas en soi, ou du moins, et quel qu’il soit en réalité, peut-être dépend-il de nous de lui donner une autre saveur, ou – ce qui revient au même – un autre visage. Voyons si c’est là une idée que l’on peut soutenir.

 

Dans les premiers essais, Montaigne s’enthousiasme, comme beaucoup d’humanistes de son époque, pour le stoïcisme (celui des Lettres à Lucilius de Sénèque en particulier) : la raison bien préparée est toute puissante et la volonté suffit à supporter tous les malheurs. En 1572 il écrit un essai pour prouver « que le goût des biens et des maux dépend de l’opinion que nous en avons (I, 14) ». Dans l’essai Que philosopher c’est apprendre à mourir (I, 20) de même tonalité, il emprunte la fin à Lucrèce (De la nature des choses) et à l’épicurisme. Mais dès qu’il commence à s’étudier lui-même et qu’il découvre ses vrais besoins et sa nature, il sent que les remèdes de Sénèque sont trop violents pour lui et il va s’en éloigner peu à peu

 

L'arme de Montaigne n'est pas le savoir mais la raison. Il veut combattre les superstitions, les opinions-doxa-, les fausses idées par la raison. Détruire le préjugé tout comme Socrate tentait par la maieutique d'accoucher les esprits. Tout comme Socrate, Montaigne combat l'opinion, la doxa-

« Notre opinion donne prix aux choses », I, 14.

« Que le goût des biens et des maux dépend en bonne partie de l'opinion que nous en avons » = Montaigne interroge une tradition stoicienne qui voudrait que les hommes soient tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes .

Vocabulaire à connaître :

Le stoïcisme : c'est une philosophie qui contrôle les passions. Un courant philosophique ayant pour finalité le bonheur de l'existence humaine obtenu grâce à une acceptation rationnelle de l'ordre du monde et de son évolution. Il y a d'un côté les choses qui dépendent de nous et sur lesquelles nous devons concentrer nos efforts et de l'autre, les choses qui ne dépendent pas de nous contre lesquelles il est vain de lutter et que nous devons supporter et accepter. C'est le principe du détachement.

L'épicurisme est un courant de philosophie ayant pour objectif principal l'atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs naturels nécessaires.

Les stoiciens partent du principe que « ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses mais les opinions qu'ils en ont ». C'est une phrase d'Epictète que Montaigne avait gravé sur l'une des poutres de son plafond dans la tour de son château.

Ainsi pour nous concentrer sur ce qui dépend de nous, de notre pouvoir, le stoïcisme exhorte à la pratique d'exercices pour nous préparer aux difficultés, de travail sur nos représentations erronées, nos désirs et nos aversions conduisant à vivre et agir en accord avec la nature par la raison.

Objectif = atteindre l'ataraxie = l'absence de trouble

Terme d'origine grecque qui désigne "l'absence de trouble" de l'âme que des écoles philosophiques antiques (stoïcisme, épicurisme, cynisme notamment) définissent comme étant l'idéal à atteindre dans l'existence. Cette "tranquillité de l'âme" est atteinte par le sage qui grâce à l'usage de sa raison, à la philosophie, est parvenu à vaincre les causes des malheurs et des souffrances qui assaillent les autres hommes (ces derniers sont souvent qualifiés d'insensés parce qu'ils vivent leur vie sans y penser, sans la penser, sans souci éthique). On peut cependant relever que le bonheur atteint dans l'ataraxie est un bonheur essentiellement négatif, en ce qu'il consiste en l'absence des causes de souffrance et non en l'expérience positive d'un plaisir ou d'une satisfaction.

Cette philosophie stoïcienne est résumée par Epictète « Supporte et abstiens-toi ».

Reconnaître la subjectivité c'est admette que l'homme peut agir sur ses tourments, sa douleur pour se les approprier en changeant ses perceptions et devenir maître de lui-même.

Dans un premier temps, le texte pose le problème et tente ensuite de le démonter par des exemples empruntés à la culture antique.

Problématique :

En quoi cet extrait révèle t'-il l'humanisme de Montaigne, sa culture stoïcienne ?

Etude linéaire

Phrase 1 = Montaigne dialogue avec l'Antiquité- « Les hommes, dit une ancienne sentence grecque, sont tourmentés par les opinions qu’ils ont sur les choses, non par les choses elles-mêmes. «  La citation est d'Epictète. Le problème à éclaircir est poser. C'est une thèse, hypothèse stoïcienne. Le système hypothétique de Montaigne à la valeur de potentiel. Cela donne au texte une syntaxe particulière adaptée aux interrogations du penseur.

Phrase 2 = Dès la phrase 2, il s'agit « d'établir la vérité de cette opinion absolument dans tous les cas ». Montaigne tente d'élever ce projet au rang d'une vérité universelle, d'un axiome stoïcien, d'une philosophie de vie à adopter. L'attitude est philosophique, il s'agit de remettre en question l'héritage du passé, procéder à un nouveau questionnement sur la base de ce projet. La philosophie n'offre aucune certitude, il faut tout redémontrer.

Phrase 3 = Cette phrase s'ouvre sur une conjonction de coordination « car ». « Car si c’est notre jugement seul qui permet aux maux d’entrer en nous, il semble que nous puissions alors les mépriser ou les tourner en bien. » - Un nouveau rapport au monde s'ouvrirait à nous, nous pourrions exercer notre influence et décider des valeurs.

Phrase 4 = « Si les choses se rendent à notre merci, pourquoi ne pas les traiter en maître ou les accommoder à notre avantage ? « Il suggère de nous approprier les choses, d'en devenir maître. C'est un système hypothétique à la valeur de potentiel grâce à l'utilisation du présent et futur de l'indicatif (système hypothétique = construction d'une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle d'hypothèse ) dont il tente de tirer les implications, on peut supposer que l'esprit puisse contrôler la perception du corps.

Phrase 5 = « Si ce que nous appelons mal et tourment n’est ni mal ni tourment en soi mais que c’est notre imagination qui lui attribue ce caractère, il est en notre pouvoir de le changer. » Montaigne donne l'exemple du mal et du tourment, il s'interroge et se demande s'il s'agit d'une donnée objective ou subjective. Si elle est objective = on ne peut pas ne pas avoir mal. Si elle est subjective = On peut agir sur son mal ou son tourment et se persuader que l'on n'a pas mal = technique de suggestion.

Nouveau système hypothétique « si ». On peut relever la métaphore de la domination « maître », « pouvoir ». Tout n'aurait qu'une valeur subjective, « si ce que nous appelons mal et tourment n'est ni mal ni tourment en soi ». Notons l'antithèse, « en soi » et « notre imagination ».

Phrase 6 = « Et puisque nous avons le choix, il est parfaitement idiot de nous accrocher au parti qui est le plus ennuyeux pour nous, et de donner aux maladies, à l’indigence et au mépris un goût aigre et mauvais, alors que nous pouvons leur en donner un bon, et que, le destin nous fournissant simplement la matière, c’est à nous que revient de lui donner forme. » Un nouveau système hypothétique se met en place. Ayant le choix, pourquoi puisque nul ne nous force, accorder tant d'importance à ce qui nous cause souffrance et déplaisir ?

Trois exemples sont mis en avant dans le texte :

les maladies, l'indigence et le mépris. Le premier exemple est d'ordre physique, le deuxième se situe au niveau économique et le dernier au niveau social. L'homme doit réécrire l'histoire de ses perceptions et ne plus subir le hasard dans la plus grande impuissance. Rien n'est écrit d'avance si l'homme peut en réinventant et en domestiquant ses perceptions échapper à son destin pour ne plus le subir. Notons l'antithèse, « matière » et « forme ».

Phrase 7 = Montaigne se propose de penser le réel, de comparer cette théorie à la pratique. Métaphores « une autre saveur », « un autre visage ».

Conclusion

Ce texte est révélateur de l'humanisme, de la culture stoïcienne de Montaigne.

Reconnaître la subjectivité c'est admette que l'homme peut agir sur ses tourments, son mal, sa douleur pour se les approprier en changeant ses perceptions, ne plus les subir et devenir maître de lui-même. La reconnaissance de la subjectivité change notre rapport au monde. Les hommes doivent cesser d'être tourmentés par les opinions qu'ils ont des choses plus que par les choses elles-mêmes.

Ouverture : Mais l'homme peut-il sortir de sa subjectivité, doit-il seulement accepter sa nature ?

Si l'homme ne peut sortir de sa subjectivité = Il est impossible de rendre la morale stoïcienne cohérente.

L'homme doit accepter sa nature. Ce constat philosophique illustre l'épicurisme de Montaigne à la fin de sa vie. Il faut vivre dans l'instant « quand je danse, je danse », De l'expérience, III,13.

Mort de socrate

 

La Mort de Socrate est un tableau, réalisé par le peintre français Jacques-Louis David, en 1787. Il représente la mort du philosophe grec Socrate, condamné par les Athéniens à boire la ciguë pour avoir perverti la jeunesse. Alors que ses amis lui conseillent de s'enfuir, Socrate préfère la mort, pour faire la preuve que, même dans ces circonstances extrêmes où il est frappé par l'injustice, il reste fidèle aux lois de sa cité, comme il l'a toujours été.
à la face arriere, file basse, cinquième de gauche

Le tableau avait été commandé à David par Charles-Michel Trudaine de la Sablière

Il était presenté la première fois au Salon de peinture et de sculpture de l' année 1787.

Il est actuellement conservé au Metropolitan Museum of Art, à New York. David exécuta plusieurs études préparatoires à la pierre noire, qu'on peut voir à Bayonne, Dijon, Tours, New York. Une étude, provenant d'une collection particulière, a été exposée à l'exposition David organisée à Paris à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française.

Philosopher c'est apprendre à mourir:

Philosopher c'est apprendre à mourir:

Platon et Montaigne:
Platon: Phédon: "Socrate -C’est donc un fait, Simmias, reprit Socrate, que les vrais philosophes s’exercent à mourir et qu’ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort. Réfléchis à ceci. Si en effet, ils sont de toute façon brouillés avec leur corps et désirent que leur âme soit seule avec elle-même, et, si d’autre part, ils ont peur et se révoltent quand ce moment arrive, n’est-ce pas une inconséquence grossière de leur part, de ne point aller volontiers en un endroit où ils ont l’espoir d’obtenir dès leur arrivée ce dont ils ont été épris toute leur vie, et ils étaient épris de la sagesse, et d’être délivrés d’un compagnon avec lequel ils étaient brouillés? Hé quoi, on a vu beaucoup d’hommes qui, pour avoir perdu un mignon, une femme, un fils, se sont résolus d’eux-mêmes à les suivre dans l’Hadès, conduits par l’espoir d’y revoir ceux qu’ils regrettaient et de rester avec eux, et, quand il s’agit de la sagesse, l’homme qui en est réellement épris et qui a, lui aussi, la ferme conviction qu’il ne trouvera nulle part ailleurs que dans l’Hadès une sagesse qui vaille la peine qu’on en parle, se révoltera contre la mort et n’ira pas volontiers dans l’autre monde*! Il faut bien croire que si, camarade, s’il est réellement philosophe, car il aura la ferme conviction qu’il ne rencontrera nulle part la sagesse pure, sinon là-bas. Mais, s’il en est ainsi, ne serait-ce pas, comme je le disais tout à l’heure, une grossière , qu’un tel homme eût peur de la mort?"

Que signifie, « philosopher c'est apprendre à mourir » ?

Pourquoi craindre la mort = c'est un préjugé du vulgaire(une doxa) car  la mort met fin à la vie et donc à la conscience que nous avons de sa valeur.  la mort peut être apprivoisée par l’exercice de la philosophie et le travail de la pensée

« Cicéron dit que philosopher n’est autre chose que de se préparer à la mort. C’est qu’en effet, l’étude et la contemplation tirent en quelque sorte notre âme en dehors de nous, et l’occupent indépendamment de notre corps, ce qui constitue une sorte d’apprentissage de la mort et offre une certaine ressemblance avec elle. C’est aussi que toute la sagesse et le raisonnement du monde se concentrent en ce point : nous apprendre à ne pas craindre de mourir. « 

Nous troublons la vie par le souci de la mort, et la mort par le souci de la vie. L'une nous cause du regret, l'autre nous effraie. Ce n'est pas contre la mort que nous nous préparons, c'est une chose trop momentanée : un quart d'heure de souffrance passive sans conséquence, sans dommage, ne mérite pas des préceptes particuliers. À dire vrai, nous nous préparons contre les préparations à la mort.
(Montaigne, 
Essais, Livre III, Chapitre XII)
La philosophie nous ordonne d'avoir la mort toujours présente devant les yeux, de la prévoir et de la considérer avant le temps où elle viendra, et elle nous donne ensuite les règles et les précautions pour pouvoir pourvoir à ce que cette prévoyance et cette pensée ne nous blessent pas. Ainsi font les médecins qui nous jettent dans les maladies afin qu'ils aient des sujets sur lesquels ils puissent employer leurs drogues et exercer leur art. Si nous n'avons pas su vivre, c'est une injustice de nous apprendre à mourir et de donner à la fin une forme différente de son tout. Si nous avons su vivre avec constance et tranquillité, nous saurons mourir de même. Les philosophes se vanteront à ce sujet tant qu'il leur plaira, mais il me semble que la mort est bien le bout, non pas pour autant le but de la vie. C'est sa fin, son extrémité, non pas pour autant son objet.
(Montaigne, 
Essais, Livre III, Chapitre XII)

C'est grâce à la philosophie que nous pouvons effectuer cette réflexion sur la mort, et donc nous affranchir de l'angoisse qu'elle pourrait susciter en nous.

C'est parce que le philosophe s'exerce tout au long de sa vie à détacher son âme du corps que l'on peut parler de préparation à la mort. La philosophie est un exercice, philosopher est se préparer à la mort :

toute la sagesse et tous les raisonnements du monde ont ce point d'aboutissement : nous apprendre à ne point craindre de mourir.

Date de dernière mise à jour : 21/04/2021

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