Sujets du bac de français 2003, séries technologiques, métropole, session septembre

BAC

 

 
 

Les sujets de la session septembre, métropole, EAF 2003, séries technologiques. Objet d'étude, convaincre, persuader, délibérer

Les sujets du bac de français 2003

Métropole session de septembre séries technologiques 

 

 

Objet d'étude : Convaincre, persuader et délibérer.
 

Corpus de textes
 Jean de La Fontaine : «Le Lion s'en allant à la guerre» (Fables, Livre V, fable XIX, 1668)
 Jean de La Bruyère : «Du Souverain» (Les Caractères, fragment XXIX1688)
 Jean Anouilh, Antigone, extrait (1944).

           Annexe 1 : Sergueï, Le Monde, «Dossiers et documents littéraires», 1993.
           Annexe 2 : Fénelon, Les Aventures de Télémaque, livre V, extrait, (1694-1696).

 

En 2003, les séries technologiques ont travaillé sur un corpus de trois poésies à la session de juin.  En 2002, le corpus de textes de la session de juin était consacré au théâtre avec Hugo, Ionesco et Feydeau
 

Jean de La Fontaine : «Le Lion s'en allant à la guerre» (Fables, Livre V, fable XIX, 1668)

Le Lion dans sa tête avait une entreprise1 : 
Il tint conseil de guerre, envoya ses Prévôts2
        Fit avertir les animaux : 
Tous furent du dessein3, chacun selon sa guise :
       L'Eléphant devait sur son dos 
       Porter l'attirail nécessaire
       Et combattre à son ordinaire,
L'Ours s'apprêter pour les assauts; 
Le Renard ménager de secrètes pratiques,
Et le Singe amuser l'ennemi par ses tours. 
« Renvoyez, dit quelqu'un, les Ânes qui sont lourds, 
Et les Lièvres sujets à des terreurs paniques. 
- Point du tout, dit le Roi, je les veux employer.
Notre troupe sans eux ne serait pas complète. 
L'Âne effraiera les gens, nous servant de trompette4
Et le Lièvre pourra nous servir de courrier.»
       Le monarque prudent et sage 
       De ses moindres sujets sait tirer quelque usage, 
       Et connaît les divers talents.
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens5.

1. Une entreprise : le projet d'une action.
2. Prévôts : officiers et magistrats.
3. Dessein : projet.
4. Trompette : désigne celui qui joue de la trompette.
5. De sens  : de bon sens.

Jean de La Bruyère : «Du Souverain» (Les Caractères, fragment XXIX1688)

  Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau qui, répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît1 tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit, il les change de pâturage; si elles se dispersent, il les rassemble; si un loup avide paraît, il lâche son chien, qui le met en fuite; il les nourrit, il les défend; l'aurore le trouve déjà en pleine campagne, d'où il ne se retire qu'avec le soleil : quels soins ! quelle vigilance ! quelle servitude ! Quelle condition vous paraît la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis ? Le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau ? Image naïve des peuples et du Prince qui les gouverne, s'il est bon Prince.
  Le faste et le luxe dans un souverain, c'est le berger habillé d'or et de pierreries, la houlette2 d'or entre ses mains; son chien a un collier d'or, il est attaché avec une laisse d'or et de soie : que sert3 tant d'or à son troupeau ou contre les loups ?

1. du verbe paître : manger.
2. bâton de berger.
3. A quoi sert.

 Jean Anouilh, Antigone, extrait (1944).

[Créon, roi de Thèbes, va devoir mettre à mort sa nièce Antigone parce qu'elle veut enfreindre la loi en enterrant son frère Polynice, traître à l'État. Créon, après avoir tenté de la dissuader, lui justifie sa décision par les contraintes du métier de roi.]

CRÉON, sourdement. - Eh bien, oui, j'ai peur d'être obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais pas.
ANTIGONE - Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas! Vous n'auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l'auriez pas voulu ?
CRÉON - Je te lai dit.
ANTIGONE - Et vous lavez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c'est cela, être roi !
CRÉON - Oui, c'est cela !
ANTIGONE - Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
CRÉON - Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c'est assez payé pour que l'ordre règne dans Thèbes. Mon fils t'aime. Ne m'oblige pas à payer avec toi encore. J'ai assez payé.
ANTIGONE - Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !
CRÉON, la secoue soudain, hors de lui. - Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu'il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce quelles ne pensent qu'à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu'on a le temps de faire le raffiné, de savoir s'il faut dire « oui » ou « non », de se demander s'il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d'eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s'avance. Dans le tas ! Cela n'a pas de nom. C'est comme la vague qui vient de s'abattre sur le pont devant vous; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe devant le groupe n'a pas de nom. C'était peut-être celui qui t'avait donné du feu en souriant la veille. Il n'a plus de nom. Et toi non plus tu n'as plus de nom, cramponné à la barre. Il n'y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ? 

 

Annexe 1 : Sergueï, Le Monde, «Dossiers et documents littéraires», 1993.
Ce dessin de presse de Sergueï illustre un groupe d'articles du Monde rassemblés sous le titre : «La parole, instrument de domination».

Serguei

Annexe 2 : Fénelon, Les Aventures de Télémaque, livre V, extrait, (1694-1696).
(Exemple d'argumentation directe)

[Le jeune Télémaque qui est destiné à devenir roi interroge son éducateur, Mentor. Celui-ci lui présente les devoirs d'un roi.]

  Je lui demandai en quoi consistait l'autorité du roi; et il me répondit : « Il peut tout sur les peuples; mais les lois peuvent tout sur lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien, et les mains liées dès qu'il veut faire le mal. Les lois lui confient les peuples comme le plus précieux de tous les dépôts, à condition qu'il sera le père de ses sujets. Elles veulent qu'un seul homme serve, par sa sagesse et par sa modération, à la félicité de tant d'hommes; et non pas que tant d'hommes servent, par leur misère et par leur servitude lâche, à flatter l'orgueil et la mollesse d'un seul homme. Le roi ne doit rien avoir au-dessus des autres, excepté ce qui est nécessaire ou pour le soulager dans ses pénibles fonctions, ou pour imprimer aux peuples le respect de celui qui doit soutenir les lois. D'ailleurs, le roi doit être plus sobre, plus ennemi de la mollesse, plus exempt de faste et de hauteur qu'aucun autre. Il ne doit point avoir plus de richesses et de plaisirs, mais plus de sagesse, de vertu et de gloire que le reste des hommes. Il doit être au-dehors le défenseur de la patrie, en commandant les armées, et, au-dedans, le juge des peuples, pour les rendre bons, sages et heureux. Ce n'est point pour lui-même que les dieux l'ont fait roi; il ne l'est que pour être l'homme des peuples : c'est aux peuples qu'il doit tout son temps, tous ses soins, toute son affection, et il n'est digne de la royauté qu'autant qu'il s'oublie lui-même pour se sacrifier au bien public. [...]»

 

I - Vous répondrez aux questions suivantes : (6 points)

  1. Quelle conception du pouvoir est exprimée dans chacun des textes A, B, C ? (3 points).
    La réponse à cette question doit être rédigée mais brève, de l'ordre d'une demi page à une page maximum
  2. Par quelles images sont représentées les relations entre gouvernants et gouvernés dans chacun des trois textes A, B, C ? La réponse à cette question doit être rédigée mais brève, de l'ordre d'une demi page à une page maximum. (3 points).

 

II -  Vous traiterez ensuite un des trois sujets suivants au choix : (14 points)

Commentaire :
Vous commenterez, dans l'extrait d'Antigone de Jean Anouilh, la tirade de Créon , à partir du parcours de lecture suivant :
a) L'évocation imagée de l'État : comment est-elle exprimée ? quel effet Créon cherche-t-il à produire ainsi sur Antigone ?
b) Le désir de Créon de persuader Antigone : comment est-il rendu sensible aux spectateurs ?

Dissertation :
L'apologue, petit récit à visée morale, est une forme d'argumentation indirecte* dont le but est de faire passer un message. Quel est, selon vous, l'intérêt d'argumenter à l'aide de récits imagés plutôt que de manière directe ?
Pour répondre à cette question, vous prendrez appui sur les textes du corpus et sur les textes à visée argumentative que vous avez lus ou étudiés, tout particulièrement les apologues (fables, contes, paraboles, récits utopiques...).
* en annexe 2 vous est proposée une argumentation directe sur le thème du pouvoir.

Écriture d’invention :
Vous choisirez un contexte précis et, à la manière imagée des textes du corpus, vous rédigerez un récit en prose illustrant ce que vous pensez du pouvoir et se terminant par une moralité.
Le document iconographique (annexe 1) peut, si vous le souhaitez, vous suggérer des pistes

 
 
 
 

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Date de dernière mise à jour : 27/10/2019