Pensez-vous que les poèmes des Contemplations de Victor Hugo ne servent à rien? Dissertation sur une oeuvre au programme

Théophile Gautier "Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ;tout ce qui est utile est laid, car c'est l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants"

Victor hugo

Sujet sur une oeuvre au programme

Les Contemplations de Victor Hugo 

 

Théophile Gautier a écrit : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. »

Pensez-vous que les poèmes des Contemplations de Victor Hugo ne servent à rien ?

ANALYSE DU SUJET

La première partie de la citation fonctionne comme une maxime écrite au présent de vérité générale. Elle tourne autour de deux couples qui s’opposent, avec tout d’abord « beau »/« ne […] servir à rien » et « utile »/« laid ». De plus, Théophile Gautier amplifie l’impact de sa maxime avec l’adverbe « vraiment » qui sépare le beau en deux catégories : le vrai beau et le beau faux. D’autre part, le pronom « tout », lui, comprend tout ce qui peut être vu comme « utile ». L’utile est synonyme de laideur.

Dans la seconde partie de la phrase, Gautier justifie son propos grâce à la conjonction « car » qui introduit la notion de cause. L’argumentation de Gautier est simple. L’utile provient d’un besoin, or les besoins de l’homme sont laids donc l’utile est laid. Enfin, il finit par une comparaison où il décrit la nature faible de l’homme comme ignoble et dégoutante, tels les besoins de l’homme. Cette phrase exprime donc une vision pessimiste de l’utile dans l’art. Ici Théophile cherche à faire un éloge de l’inutile et de sa beauté. Nous pouvons donc nous poser la question suivante : cette citation peut-elle s’appliquer aux Contemplations de Victor Hugo ? (Henri Provost)

I/ HUGO PARTAGE-T-IL LA VISION DE GAUTIER ? FACE A LA MISERE DE L’HOMME, RECHERCHE-T-IL UNE BEAUTE PURE ? 1/ Hugo développe comme Gautier une vision pessimiste de l’homme

ANNONCE DU PLAN

I/ HUGO PARTAGE-T-IL LA VISION DE GAUTIER ? FACE A LA MISERE DE L’HOMME, RECHERCHE-T-IL UNE BEAUTE PURE ?

1/ Hugo développe comme Gautier une vision pessimiste de l’homme

- L’homme est mortel. XI. « On vit, on parle… »

- La société est injuste. XI.  

- Le monde est plein de laideur. XXII. « La clarté du dehors… »

2/ Un ressort de la poésie pourrait être de se réfugier dans ce que l’on appelle « l’art pour l’art »

- Hugo réfléchit à son art. VIII. Suite

- Ses poèmes sont souvent méta-poétiques. XX. Insomnie

3/ Cependant, la réflexion poétique et la pratique poétique d’Hugo sont ancrées dans le réel

- Hugo manifeste un rapport aux êtres réels : des figures inspirantes dans la littérature ou hors de la littérature. V. À André Chénier

- Hugo manifeste un rapport au temps réel : le temps autobiographique, l’Histoire, l’histoire de la littérature. XXIX. La nature / III. Trois ans après

Hugo manifeste un rapport à l’espace réel : les lieux du paradis perdu, les lieux de l’exil, l’ici et l’ailleurs. XIX. Vieille chanson du jeune temps

- Certains de ses poèmes pourraient se rapprocher de l’esthétique parnassienne. XXII. « Aimons toujours ! aimons encore »

II/ POUR HUGO, LA POESIE N’EST PAS INUTILE, GRATUITE, ELLE A DES FONCTIONS 1/ La poésie est l’expression d’un moi 2/ Le poète est au service de la société

II/ POUR HUGO, LA POESIE N’EST PAS INUTILE, GRATUITE, ELLE A DES FONCTIONS

1/ La poésie est l’expression d’un moi

- Hugo est l’opposé de la « disparition élocutoire du poète » (Mallarmé). Le poème est proféré par l’« ego-Hugo ». XII. À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt

- Ce moi est le point de départ d’un rapport sensible, politique et philosophique au monde. I. Écrit sur un exemplaire de la « Divina Commedia »

- Ce moi se met en scène par différentes stratégies d’écriture. XII. À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt

2/ Le poète est au service de la société

- Il proclame des valeurs. VI. La source

- Il s’engage pour des causes. XXIX. La nature

- Il veut faire avancer l’Histoire. XXIX. La nature

3/ Cependant, dans les Contemplations à la différence d’autres de ses œuvres, il semble se replier sur lui-même, la poésie aurait ici une utilité beaucoup plus personnelle

- Elle permet de se souvenir de ce qui a disparu. XIV. « Demain, dès l’aube… »

- Elle permet de cultiver une forme de résilience, de faire catharsis.

- Elle permet d’interroger Dieu afin de répondre aux grandes questions existentielles. XV. Épitaphe

III/ HUGO PROPOSE DANS LES CONTEMPLATIONS UNE VISION ORIGINALE ET MELEE DU BEAU : LA VIE INSPIRE LA POESIE, OR LA VIE EST MELEE, DONC LA POESIE EST MELEE. 1/ Le beau est mêlé dans ses sources d’inspi

III/ HUGO PROPOSE DANS LES CONTEMPLATIONS UNE VISION ORIGINALE ET MELEE DU BEAU : LA VIE INSPIRE LA POESIE, OR LA VIE EST MELEE, DONC LA POESIE EST MELEE.

1/ Le beau est mêlé dans ses sources d’inspiration

- Le beau et le laid peuvent inspirer également le poème. XVII. À M. Froment-Meurice / VII. Réponse à un acte d’accusation

- L’heureux et le malheureux peuvent inspirer le poème. XIV. Billet du matin / XIV. « Demain, dès l’aube… »

- Le particulier et le général se rejoignent dans le poème.

2/ Le beau est mêlé dans ses formes d’expression

- On remarque plusieurs tonalités différentes dans le recueil : le bucolique (Virgile), le satirique (Rabelais), l’épico-visionnaire (Dante). Hugo s’inscrit à la fois dans la tradition et se présente comme un révolutionnaire de l’esthétique. V. À André Chénier

- Un même poème peut être travaillé par cette tension entre sublime et grotesque. V. À André Chénier

- Hugo invente au sein même de la forme versifiée, de l’alexandrin, du choix des mots, cette tension entre poésie et prosaïsme. XIV. Billet du matin

3/ Le beau tend moins à la qualité des matériaux qu’à la construction elle-même

- Les Contemplations sont un recueil extrêmement construit, un mirage du moi, une fiction. XV. À Villequier

- Le recueil se pense lui-même comme une construction, un mausolée autour d’un vide.

- La construction du recueil accomplit une sorte de transsubstantiation qui dépersonnalise le je en nous et fait apparaître un Livre.

Date de dernière mise à jour : 29/08/2021

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