Parcours bac EAF 2023, "la célébration du monde", Colette Sido. Célébration de la nature, des êtres aimés et du bonheur de l'enfance retrouvée

La célébration du monde 

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Colette

Quiz parcours bac "célébration du monde" Colette Sido

Colette Les Vrilles de la vigne. Parcours bac 2023. La célébration du monde Exercices pour la classe de 1ère

« La célébration du monde » : vers une problématisation de l’intitulé du parcours

Afin de dégager les différents enjeux du parcours, il est nécessaire d’explorer les différentes acceptions du verbe célébrer

Célébrer, synonyme de faire l’éloge de = cela permet de mettre en évidence les connotations positives du terme

Célébrer une fête des souvenirs et une fête des sens = Dans cette acception du verbe "célébrer", on peut lire les deux ouvrages, Sido et les Vrilles de la vigne comme une véritable fête.

Célébrer, diviniser : le(s) mystère(s) du monde = une entrée en lecture possible

Quel monde à célébrer ? 

Reste sans doute aussi à définir ce qu’est « le monde » pour Colette. Il semble s'agir de la Nature perçue comme un ensemble, un tout. 

 « Mon imagination, mon orgueil enfantins situaient notre maison au centre d’une rose de jardins, de vents, de rayons, dont aucun secteur n’échappait tout à fait à l’influence de ma mère » Sido. On devine par cette citation que le thème du jardin qui entoure la maison de son enfance a son importance et fait écho au monde à célébrer tout en étant lié à la figure maternelle et aux souvenirs d'enfance

Le clin d'oeil aux souvenirs nous amène à penser que le monde est aussi celui du passé, aux souvenirs d'enfance que l'écriture tente de faire renaître comme un paradis perdu « J’appartiens à un pays que j’ai quitté » « Jour Gris ». 

La célébration du monde est liée aux pouvoirs d'une écriture capable de rendre beau ce monde, apte à sublimer et à esthétiser. 

La célébration de la nature et des mystères du monde 

La magie de l’aurore et l’éveil d’une sensibilité

Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense. J'obtenais qu'elle m'éveillât à trois heures et demis, et je m'en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraise, les cassis et les groseilles barbues. À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d'abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps... J'allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C'est sur ce chemin, c'est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d'un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion... Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-en-or » ; elle regardait courir et décroître sur la pente son œuvre, - « chef-d’œuvre », disait-elle. J'étais peut être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillé sur les autres enfants endormis.

Sido, partie I

  • Enjeux littéraires :
  • • Problématique possible : L’écriture permet-elle d’exprimer cet « état de grâce indicible » de l’aurore ?
  • • Envisager l’aurore comme la naissance d’un monde mais aussi l’occasion d’une sacralisation de la petite Colette par sa mère qui la surnomme -baptise ?- à ce moment-là « Joyau-tout-en-or ».
  • • Percevoir la manière dont Colette, adulte, rend compte du regard émerveillé de l’enfant sur l’aurore.
  • ressource_colette_corpus2.pdf (76.6 Ko)

 

La forêt de Crécy comme une cathédrale

[…] Nous arrivons pourtant à la forêt de Crécy, massive, colossale et majestueuse, imprévue dans ce pays banalement frais, comme une cathédrale au milieu d’une basse-cour… A la première haleine de la forêt ; mon cœur se gonfle. Un ancien moi-même se dresse, tressaille d’une triste allégresse, pointe les oreilles, avec des narines ouvertes pour boire le parfum. Le vent se meurt sous les allées couvertes, où l’air se balance à peine, lourd, musqué… Une vague molle de parfum guide les pas vers la fraise sauvage, ronde comme une perle, qui mûrit ici en secret, noircit, tremble et tombe, dissoute lentement en suave pourriture framboisée dont l’arôme enivre, mêlé à celui d’un chèvrefeuille verdâtre, poissé de miel, à celui d’une ronde de champignons blancs… Ils sont nés de cette nuit, et soulèvent de leurs têtes le tapis craquant de feuilles et de brindilles… Ils sont d’un blanc fragile et mat de gant neuf, emperlés, moites comme un nez d’agneau ; ils embaument la truffe fraîche et la tubéreuse… Sous la futaie centenaire, la verte obscurité solennelle ignore le soleil et les oiseaux. L’ombre impérieuse des chênes et des frênes a banni du sol l’herbe, la fleur, la mousse et jusqu’à l’insecte. Un écho nous suit, inquiétant, qui double le rythme de nos pas… On regrette le ramier, la mésange ; on désire le bond roux d’un écureuil ou le lumineux petit derrière des lapins… Ici la forêt, ennemie de l’homme, l’écrase. Tout près de ma joue, collé au tronc de l’orme où je m’adosse, dort un beau papillon crépusculaire dont je sais le nom : lychénée… Clos, allongé en forme de feuille, il attend son heure. Ce soir, au soleil couché, demain, à l’aube trempée, il ouvrira ses lourdes ailes bigarrées de fauve, de gris et de noir. Il s’épanouira comme une danseuse tournoyante, montrant deux autres ailes plus courtes, éclatantes, d’un rouge de cerise mûre, barrées de velours noir ; - dessous voyants, juponnage de fête et de nuit qu’un manteau neutre, durant le jour, dissimule… « En marge d’une plage blanche II »

- forêt de Crécy, Les Vrilles de la vigne

  • Enjeux littéraires :
  • • percevoir la célébration du monde et de l’être-au-monde à partir du jeu des images.
  • ressource_colette_corpus2.pdf (76.6 Ko)

 

Observer le monde est, chez Colette, un préalable à sa célébration. Le monde devient sous la plume de Colette, un spectacle 

- Chut !… Regarde… Un merle noir, oxydé de vert et de violet, piquait les cerises, buvait le jus, déchiquetait la chair rosée…

- Qu’il est beau !… chuchotait ma mère. Et tu vois comme il se sert de sa patte ? Et tu vois les mouvements de sa tête et cette arrogance ? Et ce tour de bec pour vider le noyau ? Et remarque bien qu’il n’attrape que les plus mûres…

- Mais, maman, l’épouvantail…

- Chut !… L’épouvantail ne le gêne pas…

- Mais, maman, les cerises !… Ma mère ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie :

- Les cerises ?… Ah ! Oui, les cerises…

Dans ses yeux passa une sorte de frénésie riante, un universel mépris, un dédain dansant qui me foulait avec tout le reste, allégrement… Ce ne fut qu’un moment, - non pas un moment unique. Maintenant que je la connaissais mieux, j’interprète ces éclairs de son visage. Il me semble qu’un besoin d’échapper à tout et à tous, un bond vers le haut, vers une loi écrite par elle seule, les allumait. Si je me trompe, laissez-moi errer. Sous le cerisier, elle retomba encore une fois parmi nous, lestée de soucis, d’amour, d’enfants et de mari suspendus, elle redevint bonne, ronde, humble devant l’ordinaire de sa vie :

- C’est vrai, les cerises…

Le merle était parti, gavé, et l’épouvantail hochait au vent son gibus vide.

Sido, partie I

  • Enjeux littéraires :
  • une invitation à observer
  • • Souligner le glissement de l’injonction de Sido à observer la saynète du merle dévorant les cerises au déchiffrement de la figure maternelle par Colette, la célébration du monde est en effet, dans Sido, intimement liée à la mère
  • ressource_colette_corpus1.pdf (85.87 Ko)

 

  • Le lyrisme au service de la célébration du monde 
  • Une prose poétique où s’exprime le lyrisme. 
  • « Plus mauves... non, plus bleues... [...] la palpitation de vos petits visages innombrables m’enivre... » (Colette, Les Vrilles de la vigne, 1908, « Le dernier feu » ; Le Livre de Poche no 373, p. 115.)
  • Le lyrisme : un moment de beauté et d’extase musicale.
  • « Amour !... [...] broyé en éclats. » (Colette, Les Vrilles de la vigne, 1908, « La dame qui chante » ;
  •  Une vision enchantée du monde.
  • Lire le document 

Célébration des êtres aimés et du bonheur de l'enfance retrouvée

 Écrire pour revivifier les souvenirs d’enfance

Il y avait dans ce temps-là de grands hivers, de brûlants étés. J'ai connu, depuis, des étés dont la couleur, si je ferme les yeux, est celle de la terre ocreuse, fendillée entre les tiges du blé et sous la géante ombelle du panais sauvage, celle de la mer grise ou bleue. Mais aucun été, sauf ceux de mon enfance, ne commémore le géranium écarlate et la hampe enflammée des digitales. Aucun hiver n'est plus d'un blanc pur à la base d'un ciel bourré de nues ardoisées, qui présageaient une tempête de flocons plus épais, puis un dégel illuminé de mille gouttes d'eau et de bourgeons lancéolés... Ce ciel pesait sur le toit chargé de neige des greniers à fourrages, le noyer nu, la girouette, et pliait les oreilles des chattes... La calme et verticale chute de neige devenait oblique, un faible ronflement de mer lointaines se levait sur ma tête encapuchonnée, tandis que j'arpentais le jardin, happant la neige volante... Avertie par ses antennes, ma mère s'avançait sur la terrasse, goûtait le temps, me jetait un cri :

- La bourrasque d'Ouest ! Cours ! Ferme les lucarnes du grenier !... La porte de la remise aux voitures !... Et la fenêtre de la chambre du fond !

Mousse exalté du navire natal, je m'élançais, claquant des sabots, enthousiasmée si, du fond de la mêlée blanche et bleu noir, sifflante, un vif éclair, un bref roulement de foudre, enfants d'Ouest et de Février, comblaient tous les deux un des abîmes du ciel... Je tâchais de trembler, de croire à la fin du monde.

Mais dans le pire du fracas ma mère, l’œil sur une grosse loupe cerclée de cuivre, s'émerveillait, comptant les cristaux ramifiés d'une poignée de neige qu'elle venait de cueillir aux mains mêmes de l'Ouest rué sur notre jardin…

Sido, partie I

  • Enjeux littéraires :
  • • Articuler souvenirs, nature, enfance.
  • • Voir comment Colette retranscrit l’imaginaire enfantin : comparaison au « mousse exalté du navire natal » sur le mode du « on dirait que... ». • S’interroger sur les images de Sido, véritable mère-insecte « avertie par ses antennes »
  • ressource_colette_corpus3.pdf (67.86 Ko)

 

La « gorgée imaginaire » du souvenir

[…] Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée « Beauté, Joyau-tout-enor » ; elle regardait courir et décroître - sur la pente son œuvre - « chef-d’œuvre », disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir mangé mon saoul, pas avant d'avoir, dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources perdues, que je révérais. L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L'autre source, presque invisible, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète au centre d'un pré où des narcisses, fleuris en ronde, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire…

Sido, partie I

  • Enjeux littéraires :
  • • Percevoir que la parole de Colette est ici quasi performative et qu’elle a quelque chose de divin : « Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire... »
  • • Montrer que l’évocation des souvenirs se fait célébration dans la mesure où elle rend tangible la réalité disparue.
  • ressource_colette_corpus3.pdf (67.86 Ko)

 

« Ô violettes de mon enfance ! »

Et les violettes elles-mêmes, écloses par magie dans l’herbe, cette nuit, les reconnais-tu ? Tu te penches, et comme moi tu t’étonnes ; ne sont-elles pas, ce printemps-ci, plus bleues ? Non, non, tu te trompes, l’an dernier je les ai vues moins obscures, d’un mauve azuré, ne te souviens-tu pas ?… Tu protestes, tu hoches la tête avec ton rire grave, le vert de l’herbe neuve décolore l’eau mordorée de ton regard… Plus mauves… non, plus bleues… Cesse cette taquinerie ! Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes et regarde, en respirant le philtre qui abolit les années, regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps de ton enfance…

Plus mauves… non, plus bleues… Je revois des prés, des bois profonds que la première poussée des bourgeons embrume d’un vert insaisissable, – des ruisseaux froids, des sources perdues, bues par le sable aussitôt que nées, des primevères de Pâques, des jeannettes jaunes au cœur safrané, et des violettes, des violettes, des violettes… Je revois une enfant silencieuse que le printemps enchantait déjà d’un bonheur sauvage, d’une triste et mystérieuse joie… Une enfant prisonnière, le jour, dans une école, et qui échangeait des jouets, des images, contre les premiers bouquets de violettes des bois, noués d’un fil de coton rouge, rapportés par les petites bergères des fermes environnantes… Violettes à courte tige, violettes blanches et violettes bleues, et violettes de coucou anémiques et larges, qui haussent sur de longues tiges leurs pâles corolles inodores… Violettes de février, fleuries sous la neige, déchiquetées, roussies de gel, laideronnes, pauvresses parfumées… Ô violettes de mon enfance ! Vous montez devant moi, toutes, vous treillagez le ciel laiteux d’avril, et la palpitation de vos petits visages innombrables m’enivre…

« Le Dernier feu », Les Vrilles de la vigne

  • Enjeux littéraires :
  • • Voir que l’écriture permet ici de ressusciter le passé. La prose poétique permet alors de redonner une voix à l’enfance.
  • ressource_colette_corpus3.pdf (67.86 Ko)

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