Corrigé du sujet de français – Brevet 2026 Métropole (26 juin)

Corrige du sujet de francais brevet 2026

 

Découvre ici les corrigés complets du brevet de français 2026 pour la Métropole, épreuve du 26 juin

 

 

Les épreuves du brevet de français viennent de se terminer !
Tu peux désormais retrouver ici un corrigé complet du sujet de Métropole du 26 juin 2026 afin de vérifier tes réponses, comparer ton brouillon avec une proposition de correction détaillée et mieux comprendre ce qui était attendu par les correcteurs.

Attention : il ne s’agit pas d’un « corrigé unique », mais d’une proposition rédigée selon les critères officiels du brevet. Certaines réponses peuvent être formulées différemment tout en restant justes si elles sont correctement justifiées.

Dans ce corrigé, tu trouveras :

  • les réponses aux questions de compréhension et de grammaire ;
  • des explications détaillées pour comprendre les attentes ;
  • une proposition de rédaction entièrement rédigée ;

 

L’objectif est de t’aider à évaluer ton travail, repérer tes réussites et identifier ce qui pouvait être amélioré avant les résultats officiels.

Bonne lecture — et surtout, ne t’inquiète pas si ton brouillon ne ressemble pas exactement à la correction : au brevet, plusieurs formulations peuvent être acceptées.

 

 

Epreuve : DNB Général

Matière : Français parties 1 et 2

Centre : Métropole

Date : 26 juin 2026

Durée : 3h

 

 

Épreuve écrite de français 2026

 

Durée de l'épreuve : 3 heures

 

Sujet du DNB 2026 

PDF : 

 

A. Texte littéraire : Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé, « Dans le silence de la nuit », 1945.

Blaise Cendrars raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé. Une nuit il part en éclaireur, seul, pour repérer l’emplacement des tranchées allemandes.

Tout à coup je saisis mon fusil, prêt à tirer. J’avais l’impression qu’un homme avait bougé, là, en face de moi.

Étais-je victime d’une illusion des sens ? Je ne voyais rien, mais j’étais sûr qu’un homme était là.

Je bandais toutes mes facultés (1). J’aurais crié de frayeur. Je ne voyais rien, je n’entendais rien, je ne percevais rien.

J’attendis longtemps.

Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cour battre. La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë.

J’étais sûr qu’il était là.

Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates.

Il était si proche qu’il devait m’entendre respirer puisque je m’entendais respirer, moi. Comme moi, il devait être saisi.

Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre.

Rien.

Toujours rien.

Rien.

Au bout d’un long moment, j’osai bouger. Je collai mon oreille au sol. Rien. Attention. Rien. Mais si... J’entends comme un bruit d’herbe froissée... On s’approche en rampant... Ils doivent être deux ou trois... Alors, je pousse un soupir de soulagement. S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir avec cet ennemi invisible dont j’ai cru deviner la présence, là, en face de moi, si près, si près que je craignais qu’il ne perçoive mon souffle. Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer.. et c’est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c’est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que je prenais pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette (2) à qui le tremblement nerveux de la main, transmis par la longueur de mon fusil, faisait décrire un va-et-vient d’une certaine amplitude parmi les herbes folles où cette pointe était engagée.

- Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse (3) !

Et à l’instant même me partit en plein visage un coup de feu qui, si j’avais porté barbe ou moustache, m’eût roussi le poil. Et ce fut une galopade (4) de bottes. Je tirai deux coups de fusil en direction de cette galopade et lançai quelques grenades, dont une grosse à manche, dans le petit bois.

...Et la belle nuit sereine reprit son cours...

1. Je bandais toutes mes facultés : j’étais en alerte.

2. Baïonnette : sorte de petite épée fixée au bout d’un fusil.

3. Frousse : peur

4. Galopade : course précipitée

B. Image : Photogramme du film Les Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick, 1957.

Photogramme du film les sentiers de la gloire stanley kubrick 1957

I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

1. Donnez un titre à chacune des quatre parties du texte

lignes 1 à 17;

- lignes 18 à 32;

- lignes 33 à 36;

- ligne 37. (4 points)

2. Lignes 1 à 17:

Quel sentiment ou quelle émotion éprouve le narrateur dans cette première partie du texte ? Justifiez votre réponse par deux citations du texte. (4 points)

3. Lignes 14 à 20 : de « Je m’attendais à recevoir [...] » à « [...] lls doivent être deux ou trois... »

Comment le narrateur rend-il compte de son inquiétude ? Deux éléments de réponse sont attendus. Chacun d’eux s’appuiera sur l’identification précise et l’analyse d’un procédé d’écriture. (6 points)

4. Lignes 20 à 32: de « Alors, je pousse un soupir de soulagement. [...] » à « [...] tu as eu une sacrée frousse !.. »

Que fait le narrateur pour se rassurer ? Deux éléments de réponse sont attendus, justifiés chacun par une citation du texte. (4 points)

5. Comment le narrateur, tout au long du texte, parvient-il à entretenir le doute sur la présence d’un ennemi ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur trois éléments, justifiés chacun par une citation du texte. (6 points)

6. Texte et image

Dans quelle mesure ce photogramme du film Les Sentiers de la gloire peut-il illustrer le texte ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur deux arguments au moins. Chacun devra être justifié en vous référant au texte et à l’image. (8 points)

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

7. « Mais si.. J’entends comme un bruit d’herbe froissée... On s’approche en rampant.. » (1. 19-20)

a) Recopiez les verbes conjugués. Indiquez le mode et le temps de ces verbes. (2 points)

 

b) Dans ces phrases, quelle est la valeur de ce temps ? (1 point)

8. « Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer... » (1. 24)

a) Quelle est la classe (ou nature) grammaticale du mot souligné ? (1 point)

b) Quelle est sa fonction grammaticale ? (1 point)

9. « cet ennemi invisible » (1. 22)

a) identifiez et nommez les trois éléments qui composent le mot invisible. (1,5point)

b) Expliquez son sens et donnez un mot de la même famille. (1,5 point)

10. Réécrivez le passage suivant en remplaçant « je » par « nous ». Faites toutes les modifications nécessaires. (10 points)

« je les attends, prêt à tirer... et c’est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c’est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que je prenais pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette » (lignes 24 à 28).

Sujet d’imagination

« Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :

- Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrive ?»

Le narrateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque.

  • Vous raconterez cette scène.
  • Votre récit pourra comporter des dialogues.
  • Votre rédaction comportera 35 lignes au moins.

 

Sujet de réflexion

Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque?

  • Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l’aide d’exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée, ...). Vous pouvez vous appuyer également sur le texte de Blaise Cendrars.
  • Votre texte comportera 30 lignes au moins.

 

 

Le corrigé du brevet 2026

 

Question 1 (4 points)

Voici une proposition de titres pertinents pour chaque partie du texte :

Lignes 1 à 17 : L'angoisse de l'attente / Une présence invisible dans la nuit.

Lignes 18 à 32 : La fausse alerte / L'illusion de la baïonnette.

Lignes 33 à 36 : L'attaque soudaine / Le sursaut de la réalité.

Ligne 37 : Le retour au calme / Le silence retrouvé.

Question 2 (4 points)

Dans cette première partie, le narrateur éprouve un sentiment d'angoisse profonde, de terreur et d'alerte maximale face à une menace invisible.

Citation 1 : L'angoisse se traduit physiquement : « J’aurais crié de frayeur. » ou « Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates. »

Citation 2 : L'état d'alerte psychologique et sensorielle : « Je bandais toutes mes facultés. » ou « La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë. »

Question 3 (6 points)

Le narrateur rend compte de son inquiétude grandissante à travers plusieurs procédés d'écriture :

La ponctuation forte et l'ellipse textuelle (phrases nominales) : L'accumulation des termes « Rien. / Toujours rien. / Rien. » (l. 15-17). Ce rythme haché et la répétition du mot « rien » miment le vide oppressant de la nuit, le ralentissement du temps et l'obsession du soldat qui guette le moindre signe.

L'hyperbole et la focalisation interne (sensations physiques) : Le narrateur écrit « Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre. » (l. 14). L'expression temporelle montre que l'imminence de la mort est vécue de manière exacerbée, créant un suspense insoutenable pour le lecteur plongé dans ses pensées.

Question 4 (4 points)

Pour se rassurer, le narrateur met en place deux stratégies :

Il cherche à rationaliser le danger et à briser sa solitude face à l'inconnu : Il se dit que si les ennemis font du bruit, ils sont repérables et donc moins menaçants : « S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir » (l. 21-23).

Il prend conscience que sa peur a créé une illusion d'optique/auditive : Il réalise que le bruit suspect vient de sa propre arme et se parle à lui-même sur un ton familier pour désamorcer la crise : « — Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse ! » (l. 31-32).

Question 5 (6 points)

Le narrateur entretient habilement le doute sur la présence réelle de l'ennemi grâce à trois éléments clés :

L'opposition constante entre certitude intime et absence de preuves sensorielles : Le narrateur affirme « J'étais sûr qu'il était là » (l. 8) alors même qu'il répète « Je ne voyais rien, je n’entendais rien » (l. 4).

L'utilisation de verbes de perception et de modalisation : Le doute s'installe par des tournures hypothétiques ou des verbes d'impression : « J’avais l’impression qu’un homme avait bougé » (l. 2) ou « Étais-je victime d’une illusion des sens ? » (l. 3).

Le retournement final (le contre-pied) : Alors qu'il vient de prouver scientifiquement que le bruit provenait de sa baïonnette (« ce bruit d'herbe foulée [...] était causé par la pointe de ma baïonnette », l. 25-28) et qu'il se croit en sécurité, l'ennemi surgit réellement de manière foudroyante : « Et à l’instant même me partit en plein visage un coup de feu » (l. 33).

Question 6 : Texte et image (8 points)

Le photogramme tiré du film Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (image_c9cde0.jpg) illustre parfaitement le texte de Cendrars à travers deux arguments principaux :

La posture de l'éclaireur et l'extrême tension dramatique : Sur l'image, le soldat incarné par Kirk Douglas est couché, rampant contre un talus de terre protecteur, une main crispée à proximité de son arme. Cette position fait écho à celle du narrateur qui rampe dans la nuit et s'attend au pire : « Je collai mon oreille au sol » (l. 18) ou « concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette » (l. 24-25).

L'expression de la peur et l'affût sensoriel : Le gros plan sur le visage du soldat dans le photogramme montre des yeux écarquillés, un regard fixe orienté vers un danger invisible situé hors-champ, et des traits figés par l'angoisse. Cette image traduit visuellement ce que Cendrars exprime par les mots : « Je bandais toutes mes facultés » (l. 4) et « La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë » (l. 6-7). Le spectateur, tout comme le lecteur du texte, partage la détresse psychologique du soldat isolé dans sa peur.

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

Question 7 (3 points)

« Mais si.. J’entends comme un bruit d’herbe froissée... On s’approche en rampant.. »

a) Verbes conjugués, mode et temps (2 points) :

entends (verbe entendre) : mode Indicatif, temps Présent.

s'approche (verbe s'approcher) : mode Indicatif, temps Présent.(Note : "rampant" est au participe présent, il ne s'agit pas d'un verbe conjugué à un temps personnel).

b) Valeur du temps (1 point) : Il s'agit d'un présent d'actualité (ou de narration). Il permet de rendre l'action vivante, soudaine et d'immerger le lecteur directement dans le flux des perceptions immédiates du narrateur.

Question 8 (2 points)

« Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer... »

a) Classe grammaticale (1 point) : Adjectif qualificatif.

b) Fonction grammaticale (1 point) : Apposé (ou épithète détachée) au pronom sujet « je ».

Question 9 (3 points)

« cet ennemi invisible »

a) Composition du mot (1,5 point) :

in- : préfixe privatif (qui signifie "le contraire de" ou "ne pas").

vis- : radical (issu du latin visus, lié à la vue).

-ible : suffixe adjectival (qui indique la possibilité).

b) Sens et mot de la même famille (1,5 point) :

Sens : Qu'on ne peut pas voir, qui échappe à la vue.

Mot de la même famille : Visuel, visible, vision, réviser, prévisible.

Question 10 : Réécriture (10 points)

Consigne : Remplacer « je » par « nous ».

« nous les attendons, prêts à tirer... et c’est alors que concentrant toute notre attention sur notre index placé sur la gâchette, c’est alors que nous nous rendons compte que notre main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que nous prenions pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers nous, était causé par la pointe de notre baïonnette »

 

Sujet d’imagination

« Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :

- Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrive ?»

Le narrateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque.

  • Vous raconterez cette scène.
  • Votre récit pourra comporter des dialogues.
  • Votre rédaction comportera 35 lignes au moins.

 

« Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent : — Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »

Je laissai tomber mon paquetage au sol avec une lenteur calculée, feignant une fatigue de titan plutôt que le tremblement qui agitait encore mes genoux. Autour du brasero agonisant, les visages terreux de mes hommes se tournaient vers moi, creusés par l'inquiétude et le manque de sommeil. Je plantai mon regard dans le leur, esquissant un sourire las mais conquérant, le sourire de celui qui revient des portes de l'enfer.

— Une belle peur ? Allons, messieurs, vous devriez savoir que le danger m'évite plus que je ne le cherche, lançai-je d'une voix que je m'efforçai de rendre ferme et chaleureuse.

En vérité, mon cœur battait encore la chamade. Cette nuit-là, perdu dans le no man's land sous une pluie d'obus imprévue, j'avais passé trois heures terré dans un trou de boue, recroquevillé comme un enfant, priant pour que la prochaine lueur aveuglante ne soit pas la dernière. J'avais eu cruellement, lamentablement peur du noir et de la mort. Mais un caporal ne tremble pas devant ses subordonnés ; il inspire.

— Installez-vous, repris-je en m'asseyant sur une caisse de munitions vide. La nuit a été... animée. Le commandement m'avait confié une mission de reconnaissance près des lignes ennemies. À peine avais-je franchi nos barbelés que le ciel s'est embrasé.

— On a entendu le vacarme, caporal ! On vous croyait déchiqueté, coupa le jeune lorgnon, les yeux écarquillés.

— Il en faut plus pour m'abattre, mon petit. Les obus pleuvaient, c'est vrai, mais j'ai analysé la trajectoire des tirs en un éclair. Au lieu de battre en retraite comme l'aurait fait un novice, j'ai progressé en rampant dans les boyaux boueux. C’est là que je suis tombé nez à nez avec une patrouille adverse. Deux hommes, armés jusqu'aux dents.

Un silence de plomb s'installa dans la tranchée. Même les plus anciens suspendirent leur geste. J'en rajoutai une louche, savourant mon effet.

— Ils ne m'avaient pas vu. Le premier s'est avancé. Mon fusil était bloqué par la vase. Qu'à cela ne tienne, j'ai bondi hors de mon abri, fondant sur lui au corps à corps. Un coup de crosse bien placé, et le voilà hors de combat. Le second a paniqué, il a tiré au hasard — c'est la détonation que vous avez entendue — avant de s'enfuir comme un lièvre dans la nuit.

Je montrai ma manche déchirée par une ronce — que je présentai habilement comme l'impact frôlé d'une balle.

— J'ai récupéré leurs cartes d'état-major avant de rebrousser chemin sous les projecteurs qui balayaient la plaine. J'ai dû ruser avec l'ombre, jouer les caméléons pendant des heures pour vous rapporter ces précieuses informations. Voilà pourquoi j'ai tardé.

— Sacré caporal, murmura un des vétérans en me tendant un quart de jus de chicorée chaud. Vous avez de la moelle.

Je saisis le gobelet en étain. Mes doigts ne tremblaient plus. À force de raconter ce mensonge héroïque, j’introduisais une distance avec ma propre terreur. J'avais sauvé les apparences, et surtout, j'avais rallumé une étincelle de courage dans les yeux de mes hommes pour la journée qui levait.

 

Sujet de réflexion

Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque?

  • Vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé. Vous illustrerez votre propos à l’aide d’exemples issus de vos lectures et de votre culture artistique personnelle (cinéma, peinture, bande dessinée, ...). Vous pouvez vous appuyer également sur le texte de Blaise Cendrars.
  • Votre texte comportera 30 lignes au moins.

 

Depuis les origines de la littérature et des arts, le voyage dans le temps fascine. Qu'il s'agisse de se plonger dans l'Antiquité romaine, le Moyen Âge ou la fureur de la Première Guerre mondiale, les œuvres d'art nous projettent régulièrement dans des époques que nous n'avons pas connues. Dès lors, on peut se demander ce qu'apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d'œuvres se déroulant dans le passé. Nous verrons dans un premier temps que ce détour historique permet de s'évader et de s'instruire, puis, dans un second temps, qu'il constitue un puissant miroir pour comprendre notre propre présent et cultiver notre empathie.

 

En premier lieu, la découverte d'une œuvre historique offre un dépaysement total, une évasion loin du quotidien. Le lecteur devient un voyageur temporel qui découvre des mœurs, des costumes et des décors disparus. Par exemple, la bande dessinée Alix de Jacques Martin permet une immersion visuelle et documentaire extraordinaire dans la Rome antique. De même, la peinture d'histoire du XIXe siècle, comme les toiles de Delacroix, offre un spectacle grandiose qui stimule l'imagination.

Au-delà du simple plaisir esthétique, ces œuvres ont une valeur pédagogique et mémorielle essentielle. Elles nous instruisent sur la réalité matérielle et psychologique des anciens. Le texte de Blaise Cendrars dans La Main coupée, par exemple, plonge le lecteur dans le quotidien crasseux, terrifiant mais aussi fraternel des tranchées de 1914. Pour un jeune spectateur ou lecteur d'aujourd'hui, cette confrontation directe avec la rudesse du passé fait prendre conscience de la chance de vivre dans une époque de paix relative. C'est une transmission culturelle qui donne du sens à l'Histoire académique.

 

En second lieu, s'intéresser à une autre époque n'est pas un refus du présent, mais souvent le meilleur moyen de le comprendre. Les grands auteurs utilisent le passé comme un miroir décalé pour critiquer leur propre société sans subir la censure. C'est le cas au cinéma avec le film La Reine Margot de Patrice Chéreau : en dépeignant la violence des guerres de Religion au XVIe siècle, le réalisateur fait indirectement écho aux fanatismes contemporains. L'Histoire se répète, et observer les erreurs d'autrefois nous aide à ne pas les reproduire.

Enfin, ces œuvres développent notre empathie universelle. En lisant les tirades tragiques d'une pièce de Jean Racine se déroulant dans la Grèce antique (Phèdre), le spectateur moderne réalise que les passions humaines — l'amour, la jalousie, l'ambition — restent inchangées à travers les siècles. Malgré la distance du temps et des costumes, nous nous reconnaissons dans ces personnages. Cela prouve que l'identité humaine dépasse les frontières temporelles.

 

En somme, la découverte d'œuvres situées à une autre époque apporte une double richesse. Elle comble notre besoin d'esthétisme, de savoir et de mémoire par le voyage historique qu'elle propose. Mais surtout, elle nous grandit sur le plan humaniste, en nous tendant un miroir philosophique qui éclaire notre présent. L'art historique ne regarde pas en arrière pour fuir le monde ; il prend de l'élan dans le passé pour nous donner les clés de notre avenir.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 26/06/2026

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